Pressé de remplacer le président IBK : Moussa Mara en campagne permanente

Depuis leur départ du pouvoir, les anciens présidents Alpha Oumar Konaré et Dioncounda Traoré se font très discrets. Il en va de même de l’ancien Premier Ministre Oumar Tatam Ly qui, pourtant, en sait long sur certaines affaires de l’ère IBK. Mais Mara, c’est une autre histoire! Après son départ prématuré de la primature, le président du parti « Yelema », refuse de s’asseoir et de taire.Il multiplie les sorties médiatiques ainsi que les voyages à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Et il parle, parle, parle…

Nommé à la primature le 5 avril 2014, Moussa Mara a quitté ses fonctions dix mois plus tard, le 8 janvier 2015. Depuis, le président du parti « Yelema » refuse de s’asseoir et de se taire.Il multiplie les sorties médiatiques ainsi que les voyages à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Et il parle, parle, parle…

ibrahim boubacar president malien excellence IBK belgique moussa mara premier ministre

Le nouveau croisé anti-corruption

Juste un mois après ce qui ressemble à sa « libération » de la primature, Mara se rend, le 21 février 2015, à Dakar pour prendre part au Forum des Opérateurs pour la Garantie de l’Emergence en Afrique. Il préside les travaux du Forum, prononce un brillant discours qui, toutefois, ne dit pas pourquoi, en dix mois de pouvoir, le discoureur n’a pas jeté les bases de l’émergence du Mali.

Lors d’une autre conférence portant sur « le rôle des médias dans la lutte contre la corruption », Mara était l’invité de la Friedrich Ebert Stiftung, en partenariat avec l’ONG Transparency International. Dans l’exposé qu’il a fait – sous le thème: « Transparence, bonne gouvernance et lutte contre la corruption » -, Mara a estimé que « la transparence est un élément substantiel de la bonne gouvernance. ». Avant d’ajouter qu’au Mali, « la corruption est beaucoup plus grave que le problème du Nord; si on ne s’y attaque pas véritablement, on n’aura pas un Etat qui puisse régler les problèmes régaliens ». On s’étonne que Mara ait attendu son renvoi de la primature pour se forger ces merveilleuses convictions ! Pourquoi, alors qu’il dirigeait le gouvernement, n’a-t-il pas utilisé ses pouvoirs pour décrier la corruption et poursuivre les personnes impliquées dans les affaires de Boeing et d’armements ? Au contraire, c’est lui-même qu’on a entendu chanter partout, y compris devant les députés, que l’achat du Boeing était nécessaire car l’ancien, hérité d’ATT, n’aurait pas de « papiers »!

 

Le chantre de l’accord d’Alger

Le 9 mai 2015, lors d’une conférence de son parti tenue au CICB de Bamako, Mara disserte sur l’accord d’Alger. A ses dires, « même si le Mali doit signer seul l’accord, il faudra le faire car il s’agit de la refondation de notre État. Même s’il n’y avait pas de crise au nord, l’État malien aurait besoin d’être refondé. Ce n’est pas moi, qui ai écrit deux livres sur l’État pour demander ça depuis des années, qui vais me plaindre de cela ! Cet accord contient des réformes indispensables. C’est pourquoi je pense qu’il faut qu’on le signe. Viendra qui voudra venir. Ceux qui ne voudront pas venir apparaîtront devant la communauté nationale et internationale comme des fauteurs de troubles qui méritent d’être traités comme tels. Trop c’est trop, il faut avancer ». Entre les lignes, on sent Mara plein de morgue envers les groupes armés qui le lui rendent bien: ne l’ont-ils pas chassé à coups de canon de Kidal le 17 mai 2014 ?

 

Le chef de Centre de réflexions

Intarissable et friand de lumière, Mara abandonne de temps à autre sa casquette de chef de parti pour celle de membre de la société civile. Toujours pour parler davantage. Ainsi, sur la recrudescence de l’insécurité, il donne son point de vue en marge du lancement du Centre d’études et de Réflexions au Mali (CERM), un machin qu’il préside.Selon l’ex-Premier Ministre, beaucoup d’acteurs de la crise du nord ont intérêt qu’elle perdure car ils vivent de l’insécurité, des pillages, des brigandages et des séjours qu’on leur offre dans les capitales occidentales, dans les grands hôtels. D’autres ne veulent pas de la fin de crise car ils craignent le retour de l’Etat au nord. Mara invite donc les Maliens à ignorer les« tentatives de sabotage » de l’accord d’Alger, à « penser à nos compatriotes qui vivent le martyre tous les jours » pour qu’à partir du 15 mai 2015, il y ait une réduction significative de la belligérance et des hommes en armes au nord. Mara, pour tromper ceux qui le disent pressé de remplacer IBK, profite de la tribune du CERM pour tirer à boulets rouges sur l’opposition à laquelle il reproche d’avoir boudé le lancement de son Centre. Ce qu’il « oublie » de préciser, c’est que le PARENA, membre de l’opposition, avait conditionné sa participation à la réponse que Mara fournirait aux quatre questions suivantes:

1- Quel rôle Mara a-t-il joué des premières heures du coup d’Etat de 2012 à la fin de la Transition ?

2- Moussa Mara avait soutenu, en 2012, que notre armée pouvait, seule, libérer le Nord occupé par les rebelles: le croyait-il sincèrement ou était-ce pour faire plaisir à la junte de Kati qui était opposée à toute intervention internationale ? Avec le recul, a-t-il revu son jugement ?

3- Par deux fois (en mai et juin 2014), devant les députés, il avait soutenu que le premier avion présidentiel n’avait pas de papiers et que le second en avait. Avec le recul, que dirait-il aujourd’hui ?

4- Près d’un an après sa visite catastrophique à Kidal, quelle évaluation fait Mara de sa responsabilité dans cette bérézina qui a coûté tant à la nation en termes d’honneur, de dignité et de souveraineté et qui marquera d’une empreinte indélébile l’avenir du pays ?

C’est pour n’avoir pas répondu à ces questions que Mara a vu son invitation refusée par l’opposition car le PARENA lui avait, d’avance, annoncé sa conviction qu’on ne pouvait ni renforcer la démocratie, ni restaurer et consolider la paix sur les malentendus.

 

Le pieux visiteur 

IBK ayant gagné l’élection présidentielle de 2013 avec pour tout programme « Inch Allah », Mara compte bien l’imiter en 2018. En tout cas, le président de « Yelema » a, du 23 au 26 avril 2015, bouclé un séjour en terre sainte de La Mecque où il effectué la Oumrah (petit pèlerinage). Il l’a personnellement  fait savoir par tweet et par facebook, tout en soulignant qu’il avait été invité à Djeddah par la communauté malienne de cette ville pour parler du Mali et de la paix. Comme quoi, politique et religion ne sont pas antagoniques en terre malienne !

Ne quittant jamais son chapelet, notre courageux talibé rencontre, le 11 mai 2015, les femmes musulmanes qui, à l’occasion, lui décernent une médaille. Le 16 mai, il rend visite à l’imamat de commune 6 de Bamako pour discuter de l’accord d’Alger. Pas de doute: à la présidentielle 2018, Mara obtiendra l’investiture des imams et assimilés, surtout depuis la brouille intervenue entre IBK et son mentor, le Chérif de Nioro et les accusations publiques récemment portées contre  IBK par les amis du Chérif: Mahmoud Dicko, président du Haut Conseil Islamique, et Boubacar Bah,  président de l’association  islamo-politique « Sabati 2012″.

 

L’infatigable voyageur

Au moment où IBK s’envole de capitale asiatique en capitale européenne, Moussa Mara, l’oeil rivé sur le fauteuil présidentiel, parcourt inlassablement l’intérieur du Mali. Ainsi, du 24 au 25 février 2015, il a effectué une tournée riche en potentiels suffrages à travers les villes de Ségou, Bla, San et Mopti. Le 5 avril, il revenait présider une course hippique à Ségou. Le 26 février 2015, il se trouvait à Bankass puis à Koro pour participer  aux activités de « Ginna Dogon », une association de promotion de la culture Dogon. S’il parvient à capter les voix du pays Dogon, il aura toutes chances de couper l’herbe sous le pied de Housseini Guindo, président de la CODEM et ministrre des Sports, qui, en 2012, avait été préféré à Mara pour porter à la présidentielle les couleurs du regroupement politique dénopmme« PUR ».

 

L’ami des élèves

Le pays Dogon et le monde musulman vont de pair, en poids électoral, avec le monde scolaire. Mara le sait. C’est pourquoi il fait une cour assidue aux élèves et étudiants. Le 12 mars 2015, il parraine la finale de la coupe des élèves de l’Institut de Formation des Maîtres de Bamako.

Le 4 avril, il prend part, à Torokorobougou, à la pose la première pierre d’un projet de construction de deux « médersas » (écoles coraniques), de deux centres de santé, de quatre forages avec pompe solaire dans certains quartiers de Bamako. Le 9 avril 2015, Mara anime, sur invitation de l’association des anciens élèves du Lycée Mamadou Bodj de Sébénikoro, une conférence sur le rôle des élèves et étudiants dans le processus de paix et de réconciliation nationale.

En somme, l’ex-Premier Ministre anime une campagne politique permanente qui ne dit pas son nom. Quelle sanction la loi électorale prévoit-elle pour un candidat futur qui se lance dans la campagne 3 ans avant son ouverture officielle ?

 

Abdoulaye Guindo et Tiékorobani

source :  Procès Verbal

Vous aimez nos articles, suivez-nous

Articles similaires.