Présidentielle du 29 juillet 2018 : IBK en pole position

Le réveil risque d’être brutal pour nombre d’observateurs et d’acteurs politiques

Dans exactement 77 jours, les Maliennes et les Maliens retourneront dans les bureaux de vote pour élire le nouveau président de la République. Le président sortant, Ibrahim Boubacar Kéïta, candidat à sa propre succession, croisera le fer avec une pléiade de candidatures (grosses, moyennes et petites pointures). Son challenger de la présidentielle du 28 juillet 2013, non moins candidat  du parti de la poignée de mains (URD), l’honorable Soumaïla Cissé, a annoncé la couleur, lors de son investiture, le samedi 12 mai dernier au Stade du 26 Mars. Sur fond de menace, il se dit prêt à en découdre avec lui au milieu d’une foule compacte de supporters réchauffés en blanc par des discours va-t-en guerre du candidat lui-même et le célèbre activiste rastaman, Youssouf Mohamed Bathily dit Ras Bath. La plateforme qui porte sa candidature : « Ensemble restaurons l’espoir » est décidée à arracher le pouvoir par quelque manière que ce soit, même s’il le faut dans le sang des Maliens. En tout cas, c’est cette détermination qui ressort de la déclaration suivante de Ras Bath : « … Qu’on ne s’avise pas à tricher, sinon le sang qui en découlera sera l’œuvre des tricheurs… ». De quels tricheurs parlait-il ? En tout cas, l’honorable Soumaïla Cissé, qui a pris la parole à sa suite, ne s’est pas démarqué de cette position extrémiste, donc sa responsabilité peut être engagée en cas de violence poste-électorale.

Le lendemain dimanche 13 mai également, l’ancien Premier ministre, Modibo Sidibé, qui défendra les couleurs des FARE AN KA WILI et une autre plateforme, a été investi. A la différence du candidat de l’URD, l’ancien Premier ministre a un ton modéré dans sa conquête de Koulouba.

Quelques jours plus tôt, c’était l’ancien ministre de la Réforme de l’Etat, Daba Diawara, non moins président du PIDS, de se faire investir candidat de son parti à la magistrature suprême du Mali. Tout comme lui, l’ancien Premier ministre de la Transition, Soumana Sacko, a lui aussi été investi candidat de son parti, CNAS-FASO HERE, à l’élection du 29 juillet prochain. Comme en 2013, le candidat qui se veut proche du peuple a, à nouveau, choisi le terrain Siaba Sangaré de Lafiabougou pour servir de cadre pour son investiture. En 2013, c’était sur le terrain de football de Niamakoro, un autre quartier populaire. D’autres candidatures sont annoncées, notamment celle de l’ancien Premier ministre Moussa Mara, président du parti YELEMA et l’ancien ministre Mountaga Tall, du CNID-FYT, l’honorable Oumar Mariko de la SADI et l’homme d’affaires Aliou Badra Diallo, porté par son parti ADP-MALIBA, etc.

Le week-end dernier aussi a été riche en évènements politiques. C’est l’ancien candidat de l’ADEMA/Pasj à la présidentielle du 28 juillet 2013, Dramane Dembélé, qui s’est fait investir candidat par une franche de son parti favorable à une candidature interne. C’était le 25 mai dernier au Mémorial Modibo Kéïta. Dramane Dembélé, rame à contre-courant de sa formation politique, qui a jeté son dévolu sur le président sortant, Ibrahim Boubacar Kéïta. Le lendemain, samedi, à l’hôtel Maeva Palace, les présidents des partis membres de la majorité présidentielle ont eux aussi apposé leurs signatures sur une convention de soutien à la candidature d’IBK, candidat à sa propre succession. Au même moment, les PUR, une autre plateforme électorale, travaillaient à investir leur candidat, qui n’est autre que l’ancien ministre des Sports et de l’Education Nationale et président de la CODEM, Housseyni Amion Guindo.  Le même samedi, Ousmane N’diaye, secrétaire général de la Convention pour la Renaissance (CR Faso Gnètaga) annonçait sa candidature à l’issue du premier congrès national de son parti à la Bibliothèque nationale.  La boucle a été bouclée au Palais de la Culture où le PARENA tenait sa conférence nationale, qui décida de soutenir la candidature de l’honorable Soumaïla Cissé.

Le tableau ainsi présenté, qui n’est pas exhaustif, est assez renseigné. Sur le plan analytique et simplement physique, il est évident que chacun des candidats, ci-dessus annoncé peut caresser le rêve de devenir le futur président de la République du Mali, eu égard à leur parcours politique et professionnel. Mais, dans ces genres de compétition, il ne faut pas écarter la main invisible du sort. Celui-ci n’est pas forcément soumis aux critères de choix des humains. Les plus religieux diront que « le pouvoir appartient à Dieu et il le donne à qui il voudra ». Mais, il donne des indices aux humains d’entrevoir son choix : l’homme ou la femme qu’il aura choisi pour conduire son peuple vers son bonheur terrestre. En France, comme aux Etats-Unis, personne ne pouvait prédire l’installation du plus jeune président de l’histoire politique française, Emmanuel Macron, à l’Elysée et Donald Trump à la Maison Blanche. Les phénomènes Trump et Macron se sont imposés à la classe politique de leurs pays. Le même exemple s’était produit sur les rives du Djoliba, avec l’élection d’un certain Ibrahim Boubacar Kéïta à la présidence de la République du Mali en 2013. Or, un an plus tôt, même les militants de sa propre formation politique, ne croyaient pas en son immersion spontanée. Mais, il a fallu que le contexte change pour qu’il se retrouve en pole position par rapport à ses concurrents. Le slogan « IBK Solution », chanté par le jeune artiste rappeur Mylmo, raisonnait dans la tête de la foule galvanisée en bloc pour porter l’enfant de Koutiala à la tête du pays. Déjà trois mois avant les élections, la photo d’IBK s’était imposée sur le marché de vente des badges et autres gadgets de campagne. Comme on dit dans un proverbe bambara, « la nuit qui sera bonne s’annonce avant même la tombée du soleil ».

La même histoire risque de se répéter. Et pour cause, IBK reste toujours fortement présent dans le subconscient des Maliens en dépit de la « frustration » d’une frange importante de ses électeurs de la capitale et de certains centres urbains du pays. En tout cas, c’est un constat fait à travers différents points de regroupements, notamment le milieu des ouvriers, des petits commerçants, bref le peuple ignoré dans les grands états-majors politiques. Or, ils sont les plus nombreux. Quand on leur pose la question suivante : « Vous ne voulez pas d’IBK, mais en échange, qui voyez-vous pour le remplacer à Koulouba ? Dans la plupart des cas, la question reste sans réponse ». En analyse politique et sociologique, c’est un détail très important.

Elle traduit deux choses.  Primo, l’absence d’alternative potentielle. Celle-ci se construit au fil des années de mandat autour d’un leader charismatique, réunissant autour de sa personne, le maximum de consensus sur la base d’un certain nombre de valeurs. Dans de pareilles circonstances, soit un inconnu débarque pour coiffer au poteau toute la vielle garde politique, ou l’ancien profite du flottement pour rempiler. C’est le scénario qui s’est produit en France et aux USA.

En France, pour des raisons que seuls les services de renseignement peuvent expliquer, le candidat de la Droite, François Fillon, en pole position pour succéder à François Hollande à l’Elysée, a été impliqué dans plusieurs scandales politico-financiers, qui ont finalement eu raison de sa candidature. Son naufrage a profité au jeune Macron, qui surfa  sur l’émotion collective des Français pour se hisser à la tête du pays.

Aux Etats-Unis, d’abord pour ne pas se laisser gouverner par une femme et surtout ne pas donner trois mandats de suite à un parti politique, la société américaine (très conservatrice au fond) a préféré un Donald Trump à Hillary Clinton. En outre, le discours néoconservateur et iconoclaste de Trump a convaincu les Américains qui ont accepté de lui confier leur sort pour quatre (4) ans, probablement pour huit (8) ans en deux (2) mandats.

Secundo, elle traduit également le manque de vision des adversaires, qui n’ont pas su convaincre les électeurs de la pertinence du changement d’homme et de système. A défaut donc d’une alternative crédible, le plus souvent, le peuple choisit le moindre mal.

C’est dire que le réveil risque d’être brutal pour nombre d’observateurs et d’acteurs politiques. Car, IBK a de fortes chances de se succéder à lui-même au soir du 29 juillet prochain, comme ce fut le cas pour ATT en 2007. Mais, dans ces genres de confrontations, c’est le temps qui est le meilleur juge.

M. A. Diakité

 

Source: Tjikan

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