Perspectives électorales: le scepticisme des acteurs politiques

Quatre mois après le démarrage de ses actions, la Transition peine à convaincre des acteurs politiques avec des ‘’perspectives floues’’ pour beaucoup. Ainsi, la méfiance et le doute s’installent au sein de certains états-majors politiques qui soupçonnent la junte d’avoir un autre agenda qui n’est pas l’organisation des élections crédibles.

 

La Transition politique en cours depuis des mois pour gérer l’après IBK dont le mandat a été écourté par le coup d’État du 18 août est à pied d’œuvre, nous indique un membre du gouvernement sans se prononcer sur les réalisations de ladite Transition. Contrairement à ce dernier, selon des responsables politiques, les quatre mois de la Transition ne sont pas flatteurs. Les résultats que le peuple attend d’elle se font encore attendre. Ainsi, des acteurs responsables politiques, à l’image de Housseini Amion GUINDO, sont sceptiques sur l’avenir et l’approche des autorités de la Transition. Pour le Président de la CODEM et responsable de la Plateforme politique Jiguiya Kura, les quatre mois de la Transition ont été difficiles avec des « perspectives floues ».
Plus en détail, l’ancien ministre précise qu’à ce stade, il est impossible de faire une lecture claire de la démarche de la Transition sur l’organisation des élections, la lutte contre l’insécurité et la négociation avec les groupes terroristes conformément aux recommandations du Dialogue national inclusif (DNI) tenu en décembre 2019.
Sur les actions de négociations avec les islamistes et sur les conflits intercommunautaires qui font des centaines de victimes par an, selon plusieurs rapports indépendants, Housseini Amion GUINDO affirme qu’il y a un problème de lisibilité. « On ne sait pas à ce jour sur quoi et avec qui l’Etat va négocier », a indiqué Poulo qui pense que la Transition a le même problème avec les conflits entre communautés dans le centre du pays.

Également, il affirme s’inquiéter par rapport aux réformes nécessaires pour améliorer le processus électoral de notre pays. A cet effet, la convocation de plus 200 partis politiques à un cadre de concertation ne dénote pas le sérieux des discussions pointe-t-il du doigt. Sans être dans une démarche d’exclusion, le Président de la CODEM soutient que sur les 219 partis politiques, seulement une cinquantaine de formations politiques participent aux élections et qui bénéficient du financement public.
Aussi, il est perplexe par rapport aux décisions qui seront prises par le Conseil national de Transition dont la mise en place a été controversée par la classe politique qui a dénoncé, à l’époque, une démarche sélective et non inclusive. « Nous avons un CNT contesté qui aura à légiférer sur ces réformes électorales demeure une équation à plusieurs inconnues. Légiférer sans avoir le statut d’un député peut être un précédent inédit », a-t-il alerté. Au lieu de permettre au CNT de prendre des lois, Poulo préfère que le Président de la Transition légifère par ordonnance après avis consultatif du CNT sur proposition du Gouvernement.
A l’instar de Housseini Amion GUINDO, l’avenir est sombre également pour le secrétaire général du PARENA Djiguiba KEITA dit PPR. Les quatre mois de la Transition, a-t-il déclaré, ne sont pas rassurants. Jusque-là, selon lui, la Transition s’est illustrée par un pilotage à vue, des arrestations arbitraires, des démarches non inclusives. L’une des conséquences de ces actes auxquels le pays assiste est le recul de la démocratie arrachée pourtant, rappelle-t-il, au prix de sacrifices ultimes. « Plus que de l’immobilisme, on a reculé sur tous les plans », a dénoncé PPR en ce laps de temps de la Transition.
Quant aux perspectives, elles ne sont non plus pas prometteuses. Le responsable politique du PARENA redoute une trahison des militaires dont la présence massive sur la scène politique est palpable. « On craint bien que la Junte n’ait pas un autre agenda. Sa marque de fabrique étant le refus du débat pour aboutir à des solutions de consensus, les perspectives ne sont pas rassurantes », soutient-il.
La preuve, rapporte Djiguiba KEITA, l’administration vient de convier les partis politiques à une rencontre sans que les TDR ne soient soumis aux acteurs au préalable. Or, lors des rencontres précédentes avec le ministère de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation, les partis politiques ont décrié cette méthode de ‘’fait accompli’’. Comme si ces observations sont sans objet, il remet ça.
Sur les élections, il faut retenir que la position de la classe politique est claire : la création d’un Organe unique et Indépendant de gestion des élections. Toutefois, la junte encouragée par la CENI, ne veut pas la création de cette structure qui palliera à des difficultés d’organisation des élections et contribuera à promouvoir la transparence des scrutins.

De son côté, le Président du Parti PS Yelen Kura, Amadou GOITA, pense qu’il urge pour les autorités de la Transition de créer les conditions inclusives pour les réformes institutionnelles et de bien préparer les prochaines élections. Pour ce faire, à l’image des autres pays, il est indispensable de créer un organe unique et consensuel pour organiser les élections.
Par ailleurs, il a invité les nouvelles autorités à encadrer et à limiter leurs ambitions. « La Transition ne pourra pas faire toutes les réformes annoncées. Sa tâche doit consister à œuvrer pour une réforme constitutionnelle et préparer les élections présidentielles et législatives. Le pouvoir issu de ce processus aura la charge de planifier les réformes », a suggéré l’ancien ministre de l’Emploi et de la formation professionnelle.

Cependant, l’Alliance pour une transition intelligente et réussie ATIR dirigée par le Pr Younouss Hamèye DICKO, dans son rapport d’analyse des quatre mois de la Transition, présente un bilan moins controversé. Dans ce document, il regrette la lenteur dans la mise en place des organes de la Transition. ‘’Cela reste compréhensible dans le but d’impulser une nouvelle dynamique, mais l’Alliance rappelle à la Transition, qu’elle doit surtout acheminer la Nation vers des élections libres d’influences et démocratiques et jeter les bases d’un nouvel envol de la Patrie’’, justifie le document d’analyse de l’ATIR.
Et si d’autres partis voient d’un mauvais œil la «Kakisation» des différentes institutions, l’ATIR considère cela comme un gage de réussite contre l’insécurité et invite les patriotes maliens, militaires comme civils, à œuvrer pour le bien de notre patrie.
Quant au changement dans les postes administratifs et sécuritaires aux niveaux central et régional, il correspond à une volonté de mise en place d’une équipe portant la Transition, mais rappelle que l’absence de changement et le retard pris dans une nouvelle dynamique pourraient être interprétés comme une main mise sur tous les appareils étatiques de la part des initiateurs des mouvements du 18 août 2020.

Par Sikou BAH

Source : INFO-MATIN

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