Pacte de stabilité sociale: les 12 recettes de l’apaisement

Avec un Accord pour la paix et la réconciliation nationale déjà difficile à mettre en œuvre, une insécurité grandissante, des syndicats qui montent les enchères, des conflits inter et intracommunautaires vivaces avec leur corollaire de personnes déplacées, le dialogue avec les djihadistes rejeté par l’ex-puissance coloniale (France), partenaire dans la lutte contre le terrorisme, quelles sont les chances du Premier ministre, Moctar OUANE, de relever le défi de l’adoption d’un ‘’Pacte de stabilité sociale’’ ? Autant dire que les priorités de cet axe seront à l’image des 12 travaux d’Hercule pour M. OUANE.

 

Parmi les 6 axes du Plan d’action du Gouvernement de Transition, décliné devant le Conseil national de Transition, vendredi dernier, figure en bonne place ‘’le Pacte de stabilité sociale’’. Cet axe s’articule autour de 4 priorités, à savoir : organiser une conférence sociale et engager le débat sur les questions de société comme le rôle des autorités coutumières et religieuses, la question de la pratique de l’esclavage ainsi que le statut de la femme ; relancer le dialogue avec les groupes radicaux maliens ; engager le dialogue entre les communautés et acteurs locaux en conflit ; créer les conditions favorisant le retour des déplacés et réfugiés. L’objectif étant d’aboutir à une dynamique sociale apaisée dans les relations de travail et de production. En somme, il ne s’agit pas seulement de négocier une trêve, mais également d’instaurer une culture du dialogue.

La nécessité d’une nouvelle dynamique
Même si la sécurité constitue aujourd’hui la priorité des priorités pour le pays, il n’en demeure pas moins que l’apaisement du climat social est une sérieuse préoccupation dans notre pays. Et cela, au regard du contexte marqué par une cohésion nationale ébranlée du fait de nombreuses crises sociales qui fragilisent la quiétude nationale.
Et c’est à juste titre que les autorités de la transition, conscient de la nécessité de la création d’une nouvelle dynamique sociale ont décidé d’adopter un ‘’Pacte de stabilité sociale’’ en 5 priorités.
Dans son document, le Premier ministre a fait savoir que l’ambition de l’adoption d’un Pacte de stabilité sociale est d’aboutir à une dynamique sociale apaisée dans les relations de travail et de production. «Nous voulons engager tous les acteurs dans une dynamique durable et structurante. Il ne s’agit pas seulement de négocier une trêve, mais également d’instaurer une culture du dialogue. La Transition tend la main à tous pour créer un pacte de stabilité sociale, gage d’une croissance partagée », a-t-il déclaré.
Pour lui, il s’agit aussi de fermer la fracture entre communautés qui ont vécu dans la paix et l’harmonie depuis des temps immémoriaux et qui s’entre-déchirent sans que l’on comprenne les racines d’une violence que rien ne justifie. «Il faut immédiatement recoudre le tissu déchiré de la cohésion sociale et de promouvoir la réconciliation nationale autour de valeurs que l’on croyait à jamais acquises tant ce qui unissait nos communautés était puissant », a-t-il insisté.
Cela passe par l’indemnisation de toutes les victimes des crises successives. «C’est à ce prix que l’on peut gagner la paix des cœurs et des esprits et être en phase avec le respect et la promotion des droits humains», a-t-il soutenu.

Priorité 1 : conférence sociale et débat sur les questions de société
Pour le Premier ministre Moctar OUANE, le préalable à un pacte de stabilité sociale est une solution aux nombreuses grèves qui agitent le front social depuis quelques années. Elles perturbent notre économie, nos projets de société et nos relations entre partenaires sociaux. La Transition est engagée à trouver un mécanisme pérenne de dialogue avec le monde du travail pour prévenir, gérer et régler l’ébullition qui agite régulièrement le front social.
Conformément à l’esprit de la Feuille de route de la Transition, le gouvernement travaille à l’organisation d’une conférence sociale qui se tiendra au cours des prochaines semaines.
De même, il est prévu l’organisation d’un atelier sur la place et le rôle des légitimités traditionnelles coutumières et des communicateurs traditionnels dans la prévention et la gestion des conflits.
Dans la même veine, une Journées de concertations régionales/nationale sur le rôle des autorités traditionnelles coutumières et religieuses dans la gouvernance sera aussi organisée par les autorités de transition.
Autres actions prioritaires, l’organisation d’un colloque sur le statut des langues nationales et les modalités de leur officialisation.
Toujours dans le but de parvenir à une stabilité sociale, les autorités de transition préconisent l’organisation de dialogues sur les questions de survivance de pratiques esclavagistes et de l’exclusion sociale dans les régions où elles se perpétuent.
Par ailleurs, il s’agira également d’organiser un forum national sur la prévention des phénomènes de mendicité, d’abandon du mariage d’enfants, de divorces et de la délinquance juvénile.
A celles-ci s’ajoute l’organisation de 3 sessions de plaidoyer à l’endroit des autorités, des leaders religieux, communautaires et des membres du Conseil National de la Transition pour l’adoption et la dissémination d’une Loi sur les VBG.
Celle-ci devra poser les jalons du dialogue social refondateur. L’objectif du gouvernement en l’occurrence de créer un cadre serein d’échanges et de discussions sur le présent et l’avenir du travail dans notre pays

Priorité 2 : relance du dialogue avec les groupes radicaux
En campant le décor, le Premier ministre Moctar OUANE a rappelé que depuis 2017, de plus en plus de voix au Mali s’élèvent pour appeler au dialogue avec nos frères qui ont rejoint les groupes radicaux. Il s’agit d’une demande maintes fois exprimée, à l’occasion de la Conférence d’entente nationale (2017), du Dialogue National Inclusif (2019) et plus récemment lors des Journées de concertations nationales (2020).
Si un consensus s’est dessiné autour de la nécessité d’engager le dialogue avec les groupes radicaux maliens, il est important que ce processus soit appréhendé également comme une opportunité d’engager de vastes discussions avec nos populations, urbaines et rurales, pour redéfinir de façon collective les contours nouveaux de la gouvernance.
Pour Moctar OUANE, il ne s’agit pas d’évaluer le succès de ce dialogue uniquement à l’aune d’un accord signé avec les chefs de ces groupes, mais aussi à sa capacité à “démobiliser” une partie de leurs éléments et à jeter les bases d’un nouveau contrat social. Toutefois, il a insisté sur le fait que le dialogue n’est pas une solution exclusive, mais plutôt un moyen supplémentaire de ramener dans le giron de la République, ceux qui l’ont quitté, souvent pour des raisons existentielles éloignées d’un quelconque fanatisme.
Pour ce faire, le Gouvernement de la Transition procèdera à la désignation des groupes et appui au processus de dialogue à travers la Direction de la Sécurité Militaire.
Ceci avec l’implication du Secrétariat Permanent, la CELLERAD et des leaders religieux pour faire adopter des bonnes pratiques.
Ainsi, le Gouvernement procédera à l’organisation de missions de bons offices ; ainsi que l’élaboration d’une stratégie de dialogue et de déradicalisation.
Seul bémol, l’idée de ce dialogue n’est pas toujours partagée par tous les acteurs dont certains estiment que l’issue est incertaine en raison du fait que certaines revendications de ces groupes armés terroristes sont de nature à porter atteinte aux fondamentaux de la République que sont la laïcité et le caractère républicain de l’Etat.
Au-delà de ces acteurs nationaux, il y a la position très tranchée de la France, partenaire stratégique du Mali et des pays du Sahel qui rejette tout dialogue avec les leaders radicaux qu’elle accuse de crime de guerre et de crime contre l’humanité.

Priorité 3 : le dialogue entre communautés et acteurs
locaux en conflit
Le Gouvernement de la Transition inscrit la Réconciliation nationale comme une action prioritaire de son programme. Il reste convaincu que sans la cohésion sociale et la consolidation de l’unité nationale, l’avenir du pays sera compromis.
«Nous avons conscience que les efforts doivent être poursuivis afin de réconcilier les communautés et d’instaurer une paix durable», a dit Moctar OUANE.
En plus des actions identifiées par le gouvernement, le processus de réconciliation nationale va également porter sur la résolution des nombreux conflits fonciers, d’ordre politique, social et parfois religieux. «Il nous faut, sur l’ensemble du territoire national, développer des initiatives pour dégager des solutions garantissant la paix sociale. Tous les Maliens doivent se mobiliser pour la réconciliation nationale afin que son aboutissement soit une œuvre collective », a préconisée Moctar OUANE.
Pour atteindre ce résultat, le gouvernement procèdera à la création d’un cadre cohérent et performant de prévention, de gestion et de résolution des conflits ; l’institution de la semaine de la réconciliation nationale. De même, il est attendu l’organisation de 5 rencontres inter et intracommunautaires ; la Mise en place de 20 nouveaux Comités Communaux de Réconciliation ; la réalisation de 6 micro-projets fédérateurs.
Par ailleurs, le Gouvernement a annoncé la production et diffusion de 2 documentaires sur la prévention des conflits ; la production et diffusion d’œuvres artistiques et culturelles sur la prévention des conflits ; ainsi que l’organisation de débats, production et diffusion de magazines et microprogrammes sur la demande sociale.
Dans les régions de Ségou et de Mopti, il est attendu la mise en place des conseils de pêche et d’aquaculture ; l’élaboration de conventions locales de pêche et d’aquaculture.

Priorité 4 : le retour des déplacés et des réfugiés
A ce niveau, le Premier ministre a rappelé que depuis 2012, les violences que le pays connaît ont eu des répercussions directes sur nos populations, en particulier celles vivant dans certaines localités du Nord et du Centre. Ainsi, des centaines de milliers de compatriotes ont été contraints de trouver refuge chez nos voisins et d’autres se sont déplacés à l’intérieur du pays. Cette problématique des déplacés internes et des réfugiés ainsi que celle des retours renvoient à de nombreux défis autant liés à la sécurité des localités, à la fourniture de certains services essentiels qu’à l’accès à la justice.
La problématique du retour des réfugiés met également en exergue les nombreuses difficultés d’ordre sécuritaire, logistique et humanitaire. Pour gouvernement, l’acte de retour, en plus de son caractère essentiel pour la reconstruction de la mosaïque, est un indicateur de confiance en l’État mais également dans le processus de paix.
Ce qui passe nécessairement par une amélioration de la situation sécuritaire. Pour ce faire, le Gouvernent de transition prévoit la mise en œuvre de deux opérations militaires dans ces zones, à savoir : l’opération Maliko et Tilekura.
Dans la perspective de favoriser un retour de nos concitoyens, le gouvernement mènera les actions suivantes, à savoir : la formation et installation des déplacés internes et des réfugiés dans les domaines de l’artisanat ; l’organisation de la Bourse de l’emploi et de la formation professionnelle au Centre pour l’insertion et l’installation des personnes déplacées ; la construction de 7 centres de Formation Professionnelle à Tombouctou, Ménaka, Kidal, Gao, Markala, Koulikoro et Sikasso ; l’élaboration et exécution d’un programme Haute intensité de main d’œuvre (HIMO) au Centre et au Nord du pays.
Mais avant, le Gouvernement procédera à l’Identification du nombre des déplacés et réfugiés afin d’établir des statistiques fiables.
De même, il Gouvernement prévoit de prendre en charge 50 000 déplacés internes, rapatriés, victimes des inondations et autres catastrophes (assistance alimentaire et non alimentaire) ; le développement des activités Génératrices de Revenus (AGR) au profit de 500 personnes vulnérables.
Au nombre des actions à amener, il y a également l’accompagnement du retour volontaire des réfugiés du Burkina, Niger, Mauritanie (aménagement sites d’accueil) ; la réalisation des infrastructures socio-économiques à Ségou et Mopti au profit des personnes déplacées. A ce niveau, le Gouvernement annone au moins la construction de 10 salles de classe, d’un centre de santé, de deux points d’eau, d’un centre multifonctionnel pour les femmes, ainsi qu’un marché. Sans oublier l’appui et suivi des femmes et des filles déplacées et réfugiées de retour à travers les AGR.

Priorité 5 : l’indemnisation des victimes depuis 1960
A ce niveau, le chef du Gouvernement de transition a rappelé que les différentes crises au Mali, depuis l’indépendance, et leur gestion ont souvent généré des frustrations renforçant le sentiment d’injustice de certains citoyens vis-à-vis de l’État. Dans un tel environnement, a expliqué le PM, les questions relatives à la justice, à la vérité et à la réconciliation sont complexes et d’une grande sensibilité.
Pour lui, les difficultés posées par la mise en œuvre effective de la justice, l’établissement de la vérité et le traitement des victimes méritent d’être remis en perspective à la lumière des réalités et des attentes exprimées par les populations.
De son avis, le dispositif de justice transitionnelle mis en place progressivement depuis 2013 ainsi que l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali donnent l’opportunité d’ouvrir la réflexion sur la réparation et le rétablissement de nos sœurs et de nos frères concernés dans leurs droits. C’est dans cette optique que le processus d’indemnisation des victimes, tel que voulu par les forces vives de la nation à l’occasion des journées de concertation nationale de septembre 2020, sera conduit par le gouvernement.
À cet effet, le gouvernement entend poursuivre l’identification des victimes des différentes crises ; la mobilisation des ressources financières en vue d’assurer l’indemnisation des victimes depuis 1960.
Il s’agit ensuite de procéder à l’indemnisation de toutes les victimes des différentes crises.
De même, un Plaidoyer sera fait auprès des partenaires pour aider au financement de l’indemnisation des victimes depuis 1960.
Enfin, le Gouvernement s’est engagé à procéder à l’identification et à l’indemnisation des opérateurs des secteurs de la culture, de l’artisanat et du tourisme dont les entreprises ont fait l’objet de dégradation, de destruction lors des séries de crises sécuritaires.

Par Abdoulaye OUATTARA

Source : INFO-MATIN

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