Observatoire national de l’emploi et centre national de certification : Un jackpot dans la lutte contre le chômage ?

Professeur Principal en service à la Direction Nationale de l’Emploi, M. Moussa  SIBY met en exergue les enjeux que représentent ces deux structures aussi bien dans le processus de déconcentration et de décentralisation des services de pôle emploi que dans le dispositif d’urgence de lutte contre le chômage. 

 

Pour lui, l’hypothèse se veut ici comme une “perche” tendue pour amortir le poids du chômage sur le pays.

Tout d’abord, focalisons-nous sur cette remarque apparemment banale ; mais qui mérite une attention particulière :

 

 

Nombre de gens ne cessent d’utiliser les mots “observatoire ” et “Certification” cependant, rares sont à présent ceux qui en savent préciser les champs conceptuels !

J’aurais voulu emprunter le canal de l’audiovisuel (précisément l’émission télévisée de l’ANCD “Un jour/ Un mot” pour décortiquer ces mots exaltants à l’intention du grand public (genre “porte ouverte” au plan conceptuel) ; mais comment oser le faire en si peu de temps ?

 

 

Ce serait fascinant peut-être ; c’est aussi sans doute, les banaliser et, pire, amener une frange importante du public à rester sur sa faim.

 

 

En outre comme disent les latins : “Scripta manent, verba volant” (La parole s’envole ; l’écriture reste !) Voilà pourquoi j’ai choisi plutôt les colonnes de journal.

En fait, le mot “certification” reste très usité en milieu intellectuel certes ; mais là aussi, son usage accru semble chancelant.

 

 

Nul doute que l’Observatoire National de l’Emploi et de la Formation ainsi que le Centre National de Certification apparaissent vraisemblablement comme laissés pour compte alors qu’en réalité, il s’agit bien là de deux maillons essentiels et incontournables dans le dispositif de lutte contre le chômage.

Dans le dessein de démontrer le bien-fondé de leur renforcement et de leur mise en valeur effective et efficiente, j’ose engager et conduire les réflexions autour du questionnement dont les réponses justes et respectives en précisent l’architecture :

 

 

Qu’est-ce que le chômage/l’emploi ?

Le mot chômage peut avoir une acception large ; mais nous retenons ce qui suit :

–          situation de manque de travail (dans une entreprise ou un secteur d’activité) ;

–          cessation forcée, partielle ou totale de l’activité professionnelle (d’une personne).

Dans tous les cas, le BIT (Bureau International du Travail) retient trois critères à savoir : être sans travail, être disponible pour travailler, avoir fait des démarches en vue de trouver un emploi au cours de la période de référence.

 

 

En revanche, l’emploi (son pendant logique) veut dire “lieu assigné pour le travail” ; autrement dit, un “poste rémunéré” dans une entreprise ou une administration.

 

 

Que faut-il entendre par le terme d’Observatoire de l’emploi ?

Le terme “Observatoire” est d’origine astronomique : Il désigne un bâtiment équipé d’un matériel (Exemples : Radar géant, Télescope, Satellite, etc.) permettant à des scientifiques de se livrer à des études astronomiques ou météorologiques.

 

 

C’est aussi un endroit d’où il est aisé de scruter (une région, un lieu, etc).

C’est enfin un institut dont la fonction consiste à rassembler et à analyser des informations sur une situation (sociale, politique ou économique).

 

 

Ex : Observatoire des Droits Humains (Human Rights Watch) ; Observatoire du Développement Humain Durable ; Observatoire des Inégalités…

 

 

Quant au groupe de mot “Observatoire de l’emploi et de la formation”, il ne désigne rien d’autre ici qu’un institut dont la fonction consiste à rassembler et à analyser des informations sur la situation de l’emploi/formation au triple point de vue socio-économico politique.

 

 

Le Département de l’Emploi et de la Formation Professionnelle doit avoir comme point de mire, l’Observatoire National de l’Emploi et de la Formation. Véritable laboratoire d’idées, cet Observatoire permet au Département, d’avoir une vision panoramique (un aperçu général) sur tout ce qu’il fait et d’entrer en contact avec l’extérieur.

 

L’Observatoire se veut :

_ une banque de données et d’informations sur la situation socioéconomique du Pays, en lien direct avec les centres de ressources.

 

_ un centre d’études et de veille sur le territoire.

 

_ un outil de suivi et d’évaluation interne du Département.

 

Les attentes à combler sont entre autres :

 

_informer les décideurs, les acteurs du développement et la société civile sur la situation et les perspectives socioéconomiques du territoire.

 

_  mesurer l’action du Département à travers la mise en place d’indicateurs de suivi d’activité.

L’activité de l’Observatoire est de :

 

_  recenser, compiler, analyser et vulgariser des données socioéconomiques produites par différents organismes présents sur le territoire (Exemples : INSTAT, CPS toutes structures de l’administration publique ; Bureaux d’études ; etc.).

 

_ réaliser des études ad-hoc en s’appuyant sur l’information produite pour le Département.

_ répondre à des demandes éventuelles.

 

_ communiquer ses travaux.

 

Que faut-il entendre par Centre National de Certification ?

Le Centre National de Certification quant à lui, renvoie à une structure également stratégique (de relance), habilité à délivrer au regard du droit, des certificats, c’est-à-dire, la garantie par écrit à ceux qui capitalisent une certaine somme de connaissances ou de compétences supérieure ou égale à la moyenne.

 

 

La délivrance de diplômes, de certificats ou d’attestations à ceux qui le méritent ne doit souffrir d’aucune lourdeur administrative au risque de freiner, ou à la rigueur, ralentir la fréquence des embauches ; et, du coup, contribuer inversement à grossir le lot de chômage.

Ce qui permet de dire que le Centre de certification est aussi une structure de régulation.

 

 

Quel intérêt un pays comme le nôtre peut-il réellement tirer du bon fonctionnement de ces structures ?

Personnellement, j’ose croire que les retombées de ces deux structures pour le pays sont inépuisables (même valeur que les énergies nouvelles et renouvelables !) Car en plus de l’allure de “perche” tendue à l’endroit du peuple et de ses décideurs afin de maîtriser et transcender la délicate et complexe situation générale du marché de l’emploi (notamment ses fluctuations, la diversité de ses aspects…) ; ce sont également deux leviers majeurs dans le système de freinage du chômage.

Donc, pour un emploi durable gage de villes durables, les nations doivent mettre le prix : c’est-à-dire des structures adaptées au nouveau rythme du monde, des matériels de travail performants, des hommes et des femmes hautement qualifiés et motivés.

 

 

La mobilité des personnes et des biens et services est une donnée constante depuis la nuit des temps. Et, c’est à juste titre que les vieux bamanan ont su incarner et tirer toutes les conséquences qui découlent de ce dont on n’a pas le contrôle.

 

 

D’où la belle formule : « I den min, ni i tésé ka’a bali tounkala ta’a la, i ka’o dèmè ni douwawou yé ! » (Ton enfant dont tu ne peux empêcher l’émigration, mieux vaut l’aider avec des bénédictions) !

Ainsi, fort de ce principe inébranlable, un Etat suffisamment conscient et responsable se doit de bien “armer”, je veux dire bien outiller ses fils et ses filles en leur délivrant les précieux sésames (notamment des certificats, des attestations, diplômes ; et plus encore, la diligence dans la validation des acquis de l’expérience) en vue de les mettre au diapason (c’est-à-dire sur la même ligne de départ) que les chercheurs d’emplois d’autres horizons. C’est à ce prix qu’ils pourraient décrocher des emplois, des jobs où qu’ils se trouvent.

 

 

Car dans l’arène de l’emploi, les compétitions sont très rudes ; et, ce sont justement “les plus armés”, “les mieux outillés” ou “les mieux préparés” qui finissent toujours par l’empoter en raflant toutes les offres sur leur passage.

 

 

Seul un observatoire répondant aux exigences scientifiques et professionnelles (c’est-à-dire qui offre un cadre propice de travail et qui allie des ressources humaines de haut niveau et bien motivées) permet de zoomer et contrôler le mouvement général du marché de l’emploi et informer en temps réel (Par exemple : à l’instant “t”, quels sont les emplois pourvus ? Quels emplois restent à pourvoir ? Ces emplois correspondent à quels profils ? Quelles sont les entreprises leaders en matière de recrutement ? Quelles sont les entreprises en perte de vitesse ? Quels sont les bassins d’emplois ou les territoires concernés ? Quel lendemain, le marché de l’emploi augure-t-il à court, moyen et long terme ?

 

 

De même, seul un Centre de certification tout tranchant, est à mesure de combler les attentes (à savoir, délivrer le maximum de certificats en veillant à ce que les récipiendaires aient les niveaux et les compétences avérés.

 

 

Tout cela, évidemment ne peut se faire que s’il y’a effectivement une volonté politique soutenue.

 

D’ailleurs, il le faut bien car il y va non seulement de la modernisation du secteur informel ; mais aussi de l’amélioration substantielle de la prise de décision ; et donc, de la bonne gouvernance (ne serait-ce que dans le domaine de l’emploi).

 

 

Dans tous les cas, en cette ère de mondialisation, de globalisation et d’intégration, tout Etat qui ne prendrait pas au sérieux ces deux structures se pénaliserait soi-même ; et dans la foulée, tout Etat qui priverait ses fils et ses filles des précieux papiers (attestations, certificats…), les aura déclarés (implicitement ou explicitement) soit comme “non partants” sur le marché mondial de l’emploi ; soit comme partants d’office à la retraite avant même l’entrée en activité ! Ce qui, vraisemblablement, est inintelligible ; et donc, inadmissible !

 

 

Heureusement qu’au plan international, des officiels ont senti la nécessité de circonscrire la problématique du chômage/emploi dans tous ses contours.

 

 

D’où la déclaration solennelle de 2005 : « Nous sommes résolument en faveur d’une mondialisation équitable et décidons de faire du plein emploi et de la possibilité pour chacun, y compris les femmes et les jeunes, de trouver un travail décent et productif, les objectifs fondamentaux de nos politiques nationales et internationales en la matière et de nos stratégies nationales de développement, y compris celles  qui visent à réduire la pauvreté, dans le cadre de nos efforts pour atteindre les objectifs du millénaire pour le développement…..Nous décidons également de veiller au respect absolu des principes et droits fondamentaux relatifs au travail. »

 

 

Extrait du Document final du Sommet mondial adopté en Septembre2005 par 150 chefs d’État lors de l’Assemblée générale des Nations Unies à New-York sur le travail décent.

Ainsi, même s’il est vrai qu’il y a une prise de conscience chez les pouvoirs publics, il n’en demeure pas moins que les actions allant dans le sens d’un fonctionnement effectif et efficient sont très timides.

 

 

Qu’est-ce qu’il faut donc ?

 

Il faut réunir urgemment les conditions nécessaires au fonctionnement effectif et efficient de ces deux structures car là est la clé passepartout de la délicate et complexe problématique du chômage/emploi.

 

M. Moussa  SIBY Professeur Principal en service à la Direction Nationale de l’Emploi

Mobile : 78 61 76 01 et 62 15 16 30

Email : [email protected]

Bamako

République du Mali

SOURCE: Le 26 Mars

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