Nomination des autorités intérimaires : Quand la forme est sujette à caution

Pour avoir fait l’objet d’un Conseil des ministres extraordinaire qui s’est tenu à la même date qu’une réunion dite de haut niveau portant sur le processus de DDR, la nomination des autorités intérimaires prévue par l’accord d’Alger n’est pas exempte de toute critique.

palais présidentiel koulouba

Son timing peut être considéré sous certains cieux comme un véritable vice de forme susceptible de porter préjudice au fond que constituent les projets de décrets portant nomination des membres de l’Autorité intérimaire des Régions de Tombouctou, Gao et Kidal et du Collège transitoire des Régions de Taoudénit et de Ménaka.

Le jeu de ce chronogramme a priori pas fortuit n’en valait pas la chandelle quand on sait que l’échec d’une des clauses de l’accord de paix et de réconciliation ne tient qu’à une corde. Ce, de par la fragilité dont fait montre la CMA ces derniers temps avec les incompréhensions qui y règnent et la naissance d’autres mouvements se réclamant aussi de l’Azawad.

En effet, le conseil des ministres qui a donné corps aux autorités intérimaires, se tenait dans la matinée du  vendredi dernier tandis que, quelques heures plus tard, toutes les parties signataires de l’accord étaient conviées dans l’après-midi pour une réunion portant sur l’opérationnalisation du processus de cantonnement-DDR-intégration et sur la réinsertion socio-économique. Simple hasard de calendrier, pourrait-on argumenter du côté des organisateurs de ces deux grands rendez-vous pour justifier leur quasi similitude chronologique.  Cependant, ce timing peut voiler une intention d’anticiper sur  un quelconque mal  vu de loin.

Si d’aucuns expliqueraient l’aspect extraordinaire du Conseil des ministres adoptant les décrets de nomination des autorités intérimaires par le témoignage d’une volonté de Bamako à aller plus vite dans la mise en œuvre de l’accord de paix, d’autres pourraient l’assimiler à une velléité visant à prendre de cours les ex-groupes armés du nord étant donné que l’actuelle donne dans ce camp est de nature à faire capoter le processus de paix en cours au plan national.

Dans l’un comme dans l’autre cas, toujours est-il que l’essence même de la nomination des autorités intérimaires, qui est de satisfaire l’une des exigences de la CMA, se trouve déjà altérée par la non adhésion aux fameux décrets de tous les mouvements membres de la coalition.  Mohamed Ousmane Ag Mohamedoun, de la Coordination des Peuples de l’Azawad, ne nous démentira pas, lui qui déclarait sur RFI qu’ « Aucune action venant de ces autorités, choisies dans ces conditions exclusives, ne nous engagera.

Ni dans le processus de DDR, ni dans le cantonnement »; car, toujours selon Mohamed Ousmane Ag Mohamedoun, ces décisions unilatérales proviennent d’une seule et même Région. Sans ambages, il laissé entendre: «D’une seule et même Région et d’un seul et même mouvement sinon deux : le MNLA et le HCUA, et à Kidal. Cela n’engage pas les autres Régions ! ». N’est-ce pas là la naissance d’un autre nœud gordien dans cet épineux processus vers la paix au Mali ? Le bout du tunnel n’est, en tous les cas, pas pour demain.

Katito WADADA 

Source: Le Combat

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