MODIBO SIDIBE, PRESIDENT DES FARE « Mes convictions «

Modibo Sidibé parle ! Ses interview sont très rares et nécessitent beaucoup de patiences pour les obtenir. Mais, au fil du temps, la mutation de l’homme de fait sentir : il développe de plus en plus une assurance, voire une passion pour les sujet, baisse plus facilement la garde, mais, conserve ce regard perçant et indéchiffrable.

modibo sidibe fare president koulouba candidat presidentielle malienne 2013Avec lui, nous avons fait le tour des questions de l’heure : les affaires, les élections, mais, surtout les visions des Forces alternatives pour le renouveau et l’émergence (FARE), son parti politique.

Entretien

Les Echos : Merci de nous recevoir. Ce n’est pas tous les jours qu’on vous a ! Vous comprendrez donc que ce serait une interview fleuve ! Puis-je parler de Jimmy le flic ou c’est un autre Modibo Sidibé que j’ai en face ?

Modibo Sidibé : Je ne vais pas accepter ce sobriquet dont certains de vos confrères m’ont affublé !

Je voudrais commencer par rappeler que nous vivons des moments très difficiles suite au drame de Mina. Ce drame concerne toute la nation malienne, au-delà des appartenances religieuses. Nous sommes tous concernés. Nous prions pour toutes les victimes. Nous prions pour que ceux qui sont catégorisés disparus puissent nous revenir. Nous saluons tous ceux qui se sont mobilisé d’une manière ou d’une autre pour soutenir les familles. Nous espérons que les enquêtes promises par les autorités saoudiennes aboutiront, et qu’au Mali, on prendra le temps de faire le point pour voir ce qu’il faut corriger dans le pèlerinage.

Nous exprimons aux familles toute notre sympathie. Puisse Dieu les accueillir dans son paradis.

J’ai envie de vous demander si vous avez l’impression d’être devant un flic(policier). Vous avez juste devant vous Modibo Sidibé avec toutes ses facettes. Je me réjouis et je me félicite d’avoir appartenu à ce corps. J’ai accompli un parcours, je suis à la retraite. Je suis fier d’avoir servi dans ce corps ou j’ai vécu des moments remarquables et j’en remercie tous mes compagnons y compris ceux des forces armées. C’est un corps d’élite qui est aujourd’hui sous les feux de la rampe, mais un corps auquel il faut prêter toutes les attentions. Je rappelle que la police a été longtemps militarisée.

Après ça vous êtes libre d’avoir Modibo le policier, le technocrate, le politique ou tout autre qualificatif que vous voudrez !

 

Les Echos : Justement, de technocrate à homme politique, la transition n’a pas été trop difficile ?

M.S : Y a-t-il une transition entre les fonctions ministérielles au sein d’un gouvernement et la politique ? C’est vrai, je n’ai pas milité dans un parti politique, mais, mon parcours syndical est là. Nous avons milité ici et en France, dans la fédération des étudiants d’Afrique noire, en France et à l’AESMF. L’autre jour tout prêt, un ancien camarade, à l’Adéma me rappelait nos luttes syndicales. Un moment où les gens avaient des convictions !

Donc, passer du technique à la politique, après avoir managé les questions politiques, n’est pas une transition difficile, surtout si l’on sait ce qu’on veut aller y faire et comment le faire. Ayant longtemps discuté avec les politiques, et n’étant jamais loin du monde politique, notre ambition est de vraiment faire   la politique autrement et de participer à son renouveau.

Aujourd’hui, il y a un délitement des liens entre les politiques et les citoyens. Il faut que les partis politiques fassent leur introspection. Il faut ramener la politique à ce qu’elle devrait être. Une acticité noble, au service de sa communauté et de ses concitoyens Le maitre-mot, c’est république et démocratie et donc les partis politiques sont indispensables. Nous avons eu la république et la démocratie, mais, les citoyens n’étaient pas au rendez-vous. Il faut que la classe politique se redresse pour aider le pays à se redresser. Il y a une bataille pour une vrai citoyenneté à mener.

 

Les Echos : On vous attendait à l’Adéma, et vous voilà avec votre propre parti politique, les Fare, pourquoi ?

M.S : J’étais vraiment attendu à l’Adéma ? Je sais que ce bruit a couru, jusqu’à provoquer des réactions parfois déplacées de certains responsables de l’Adéma !

Non, beaucoup ont pensé qu’ayant appartenu pendant 10 ans aux gouvernements successifs de l’Adéma à des postes de responsabilité ministériels, que j’étais à l’ADEMA. Je rends hommage au président Konaré d’avoir été parmi ses choix et d’avoir eu la possibilité de cheminer pendant dix ans à ses côtés. Ce furent des moments de progrès, de difficultés aussi, mais d’espérance sur le chemin de construction de notre pays, de notre démocratie.

Ce parcours, je l’ai en partage avec l’Adema. Même si je n’ai pas milité à l’Adema, je ne m’y sens pas étranger.

Les Fare sont dans une démarche qui les rapproche véritablement de l’Adema. Nous leur avons dit que beaucoup d’entre nous ont des complicités avec bien de ceux qui ont fait le   le mouvement démocratique. Malheureusement, ce mouvement s’est un peu étiolé. Mais, une grande masse de ce mouvement démocratique se trouve encore à l’Adema. L’Adema doit faire son bilan. Il est un grand parti. Au congrès de l’Adema, nous avons dit qu’il nous faut travailler ensemble à construire une alternative politique crédible. C’est en raison de tous ces   liens   et des valeurs que nous partageons que nous voulons travailler avec l’Adema.

Les Echos : Excellence, il y a eu des affaires au début du mandat d’IBK ; avions, engrais, les contrats d’armement …. Vos compagnons, URD et Parena ont été plus audibles que vous sur ces questions. Question de pudeur ?

M.S : Vous reconnaissez au moins que nous avons été aussi audibles ! Les Fare, en tant que parti d’opposition de seconde génération, travaillent à construire une alternative politique crédible. C’est ça notre objectif. Ce faisant, nous nous faisons le devoir- cela fait partie de l’opposition- de dénoncer, les actions conduites par le gouvernement qui ne vont pas dans le sens de l’intérêt du Mali ou qui ne sont pas acceptables.

Nous avons demandé   au président de la République, concernant l’avion, concernant les contrats d’armement, d’entamer toutes les poursuites judiciaires et administratives nécessaires et de les faire connaître !

Fondamentalement, notre lecture aux Fare, c’est que, le pays devait entamer une véritable transition politique avec le président post-crise élu. Le pays a été ébranlé. Quand on a une crise de ce genre, c’est aussi des fenêtres d’opportunité pour se reconstruire.

Je suis désolé, contrairement à tout ce qui se dit, énormément de choses ont été faites les 20 dernières années. J’admets qu’il y a eu des insuffisances. Nous avons beaucoup travaillé sur ce sujet. Nous les Maliens, nous devrons admettre une chose : que ce soit les premières années de l’indépendance, les années du CMLN, de l’UDPM, les années de la démocratie, tous ces temps, sont les temps du Mali, avec leurs erreurs, leurs insuffisances leurs difficultés, leurs avancées. Tout cela, c’est la trajectoire du Mali. Il faut que nous les assumions dans leur juste compréhension, pour savoir où nous en sommes et tracer les nouvelles trajectoires.

Nous avons dit au président nouvellement élu que nous lui souhaitons de réussir les transitions politiques, économique, sociale pour refonder notre nation et remettre le Mali dans la perspective d’un devenir meilleur.

Nous avons frôlé le pire. Mais nous avons les ressources pour faire le meilleur. Aujourd’hui, la difficulté que nous avons, c’est que toute lecture que l’on fera de la mal gouvernance, de l’absence de perspective, nous ramène à cela : l’absence de perspective, à: l’absence de cap.

Rien que pour parler de l’avion, personne ne s’interroge sur l’autre avion qui est là en perdition !, qui aurait pu servir ou rapporter au trésor public ! Donc on ajoute un gâchis à un autre !

En septembre 2013, le président disait qu’il allait nommer une personnalité pour mettre à plat nos systèmes de contrôle. Mais, nous n’avons rien vu ! A la place, 2014 a été déclarée année de lutte contre la corruption, mais, il n’y a eu aucun dispositif de mise en œuvre. Malheureusement, 2014 a été l’année de tous les scandales. Il faut que des mesures administratives et judiciaires soient prises. Nous sommes demandeurs.

Nous estimons qu’il y a une construction à faire. Il y a eu les Etats généraux de la lutte contre la corruption. Le premier gouvernement a actualisé le plan. C’est tout cela qui doit être présenté dans une approche lisible.

Au 31 décembre 2010, le Végal avait produit 152 rapports. 46 avaient fait l’objet de saisine de la justice. Sur les 152 rapports, il y avait 1503 recommandations sur lesquelles 1069 avaient été appliquées. Il faut cesser de croire que les rapports du Végal ne sont pas exploités.

Il faut cesser de croire que le Malien ne connaît que la corruption et la délinquance financière. Il y a des milliers de Maliens qui font honnêtement leur travail. Soyons fermes et rigoureux.

La solidarité est une force de notre culture, une marque de fabrique de notre société. Elle est indispensable. Mais, nous devons prendre garde : tout homme politique qui se met à nommer ses proches ou les éléments de sa famille crée la division, décrédibilise et démobilise.

Il faut une séparation étanche entre les institutions de la nation et a nos multiples familiale et autres. J’avais dit à Kayes lors de la campagne que si j’étais l’homme de la transition, que nous ne serions l’homme d’aucun clan, d’aucune famille, d’aucun parti, que les compétences, d’où qu’elles viennent seraient les bienvenus que le mérite, l’effort recevront le soutien de l’Etat.

Aux Fare, nous avons notre culture de l’opposition. Nous voulons être une alternative politique crédible. Nous sommes dans l’opposition, mais, nous ne serons le partit godillot de personne. Nous sommes dans une approche critique, responsable, mais ferme ! Tout le monde nous a attendus sur le nord, la gouvernance, sur les élections…

 

Les Echos : Vous avez créé un parti, les Fare, un parti de plus, ou pensez-vous vraiment pouvoir faire autrement la politique ?

Ma conviction est la suivante : mes compagnons et moi, nous ne pouvons pas penser la politique, si elle n’est pas autrement, si elle ne devient pas le service de la cité, être redevable vis- à-vis de ces concitoyens. Nous devons travailler à l’émergence d’une citoyenneté engagée et active. Nous pensons que sans une certaine éthique, sans une certaine morale la politique ne serait que caricature.

Si les Maliennes et les Maliens continuent à désespérer de la République et de la démocratie, la jeunesse sur laquelle on peut compter n’aura pas de prise pour faire entendre sa voix par les moyens pacifique et démocratiques. Or, avec les élections, nous avons senti un appétit de démocratie et de bonne gouvernance. Cette envie qui émerge et dont la jeunesse est porteuse, doit être conservé et trouver son répondant dans un schéma clair : le vote ne doit pas être acheté, volé…

 

Les Echos : Le manifeste de votre parti politique ressemble à une charte de bonne conduite : ne pensez-vous pas exclure des gens ?

Justement ! Est-ce qu’il n’est pas temps que les partis cessent d’être des fourre-tout ! Il faut des couleurs ! Ce n’est pas seulement un ensemble de valeurs à partager, c’est aussi une vision du pays, de la politique, des priorités. Ces choix, il faut les partager et les assumés.

Nous sommes peut être le seul parti à avoir exigé l’exemplarité et la redevabilité de tout responsable politique et d’avoir admis des courants de pensée au sein du parti. Les partis politiques maliens se sont multipliés par scissiparité car, construit autour de personnes et non des idées.

Nous avons des sections qui ont exigé jusqu’à la signature de lettre d’engagement individuel pour être militant du parti qu’il seront porteur du manifeste et se battrons à l’intérieur pour leurs idées.

Les Echos : Que valent Les FARE, votre parti aujourd’hui, sur le terrain ?

Nous avons tenu notre congrès il y a à peine deux ans ! Nous avons déposé des listes dans un grand npmbre de circonscription ou , soit en alliance ou au nom des Fare. Nous voulons un parti de militants. Nous voulons être une force politique solide qui ne convainc pas par la force de l’argent, mais par le poids des arguments. Une force politique qui tient ses engagements et qui sait résister aux tentations des postes politiques et qui est présente partout au Mali. Nous travaillons aussi, à l’émergence d’un nouveau pole politique pour le renouveau, avec d’autres !

 

Les Echos : Vous arrive-t-il de faire le Mali profond, le Mali réel ?

Cette question me fait rire ! On a tout entendu ! Il ne peut pas faire le terrain ! Il ne peut pas supporter la poussière ! Pour revenir en arrière, j’ai été ministre de la Santé de la solidarité et des personnes âgées, aujourd’hui un département éclaté en 3 ! J’ai été partout ! Je faisais 18 à 20 jours d’affiler à l’intérieur du Mali. J’ai vu à Tessalit une dame âgée ans pleurer, car, elle voyait pour la première fois un ministre de la santé !

Vous ne pouviez pas me parler d’un centre de santé de cercle et me tromper ! Nous avons été partout pour parler de politique de santé, de politique de solidarité et de politique des personnes âgées et dans des conditions qui étaient moins commodes qu’aujourd’hui !

Je n’ai pas mesuré ce que les autres ont fait, mais, je suis parmi ceux qui ont le plus fait le terrain de 2011 à ce jour. Il vous souvient que j’avais dit que je ne répondrais pas aux sollicitations pour ma candidature sans faire le tour du Mali. J’ai fait toutes les régions avant de me décider, après avoir discuté avec les notabilités, les sociétés civiles.

Faire la politique, c’est sentir le pays, c’est être avec les gens. Nous allons à la rencontre des groupes de jeunes. Nous partons à leur demande, dans les grins, discuter avec les groupes de jeunes. Nous ne sommes pas là pour les périodes électorales. Nous travaillons à partager et approfondir la politique, la vision à long terme des Fare avec notre projet, Mali Horizon 2030.

 

Les Echos : Que pensez-vous de l’accord de paix ?

Les Fare ont déjà dit que l’accord ne pouvait pas résoudre dans la durée le problème du nord. Nous avons dit que l’accord ne porte pas de projet, qu’il n’a pas reçu de légitimation. Il y a une absence de cap, de lisibilité du gouvernement que nous ne comprenons pas. Nous avons simplement demandé qu’on nous dise où ils veulent nous conduire, quel paysage institutionnel ils veulent. Ils sont même souvent contradictoires.

Comme tous les maliens, nous voulons la paix et la réconciliation. Il ne s’agit pas de dire seulement que nous sommes uns, mais, de croire aussi que nous ne pouvons et nous ne devons que nous développer ensemble.

. Il s’agit également de prendre conscience de notre géographie et donc de définir   une politique globale forte et cohérente de notre géographie. Nous somme un verrou en Afrique de l’ouest . cela nous impose des responsabilités, à nous en tant que maliens et à notre Etat. Nous devons donc rebâtir et reconstruire notre Etat pour lui permettre de faire face à ses obligations régaliennes, y compris tous ses engagements internationaux.

L’accord amène un chamboulement institutionnel, sans l’accompagnement d’une adhésion et d’une perspective tracée par le gouvernement. Nous avons peur que sans projet, sans légitimation, que l’accord ne réponde aux attentes légitimes de notre peuple.

L’économie criminelle n’est pas traitée dans l’accord. Il faut amener les groupes armés à se démarquer du narcotrafic et du terrorisme. Il n’y a qu’un catalogue de programmes à court, moyen et long terme mais, il n’y a rien qui soit porteur d’une vision d’ensemble de développement de notre pays. On parle de Tombouctou ! Mais, Tombouctou, c’est l’autre office du Niger, un pôle de croissance et de développement ! Avec la route en construction, voilà un motif d’espérance. C’est ce genre de vision qui nous fait défaut.

Nous soutenons tout ce qui peut aller vers la stabilisation, cantonnement, désarmement …

La République, c’est « le ciment de toutes les communautés, » c’est l’anse la plus solide pour réconcilier, bâtir notre futur commun.

 

Les Echos : Les Fare étaient parmi ceux qui ont demandé le report des élections ? Pourquoi ?

Si vous lisez attentivement la lettre que nous avons adressée au ministre de l’administration territoriale, nous avons demandé de la cohésion et de la cohérence dans l’action gouvernementale. Vous ne pouvez pas signer un accord, jurer urbi et orbi que vous allez tenir tous les engagements, parmi lesquels, à tenir des élections dans 18 mois après avoir pris un certain nombre de dispositions législatives et réglementaires voir constitutionnelles et en même temps vouloir faire des élections dans 3 mois sur la base des textes actuels qui régissent les collectivités ! Il n’y a pas de cohérence !

De notre côté, avec l’accord, nous allons vers un nouveau paysage institutionnel ! Ce paysage institutionnel doit être pensé et voulu par les Maliens ! Il ne peut pas apparaître d’un claquement de doigts ! et cependant le gouvernement encore une fois nous parle dans la déclaration de politique générale, d’une révision de la constitution sans aucune indication .Ce manque de cohérence se retrouve même dans la composition du gouvernement : vous avez-vu les multiples changements au niveau de la tutelle de la décentralisation. Plus que tout : allez vers quoi, dans quoi et comment ? Voilà des réponses qui manquent ! Nous avons des cadres extrêmement compétents en matière électorale qui sont même experts dans d’autres pays. Il ne s’agit donc pas d’une question technique, mais bien d’une question politique. Il faut la traiter comme telle et nous ne voyons pas le gouvernement le faire.

 

Les Echos : Quelle est, au-delà des slogans, la place que vous faite à la jeunesse au niveau des Fare et dans votre programme ?

La jeunesse n’est pas un slogan pour nous. Elle constitue l’ossature des Fare. C’est elle qui s’est mobilisé pour notre candidature. Nous avons réfléchi avec eux pour savoir quel Mali nous et eux devrons laisser aux générations futures.

Notre honneur à nous c’est de pouvoir leur assurer une dignité demain. La jeunesse n’est pas une bombe, c’est une opportunité.

Les Fare travaillent à faire que les jeunes et la jeunesse émergent. Les jeunes des Fare savent qu’ils sont dans un parti qui est bien le leur et les considère.

Propos recueillis par

Alexis Kalambry

source :Les Echos

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