Mise au point des magistrats : Le président du SAM réplique à l’article de Chahana Takiou

Suite à l’article de Chahana Takiou, Directeur de publication du Journal “22 Septembre” qualifiant leur cahier de doléances comme celui d’un front social et en témoignage de la volonté des magistrats de faire tomber le Président de la République, les magistrats apportent la réplique en répondant aux questions qui suivent. Car pour le Président du Syndicat Autonome de la Magistrature, les syndicats de magistrats, organes de revendications mais aussi de riposte, se doivent de mettre hors d’état de nuire les commanditaires des stratégies ou campagnes d’intoxication dirigées contre le corps des magistrats. Question : Existe-t-il des liens entre les revendications des magistrats contenues dans leur cahier de doléances et des considérations politiques ?

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Réponse : Pour ma part, un journaliste se doit constamment et en toutes circonstances d’être indépendant et objectif dans son devoir d’information du public. Il n’avait nul besoin de se ridiculiser en tentant à plaire à je ne sais quel maître.

Outre que l’article dont il est question soit minable à tout point de vue, le premier constat qui apparaît, est le déphasage total de son auteur avec l’actualité et les grandes tendances sur le traitement des acteurs de la justice. De surcroît, il brille par sa méconnaissance des règles élémentaires qui gouvernent le fonctionnement d’un Etat démocratique. De façon lamentable et surprenante, il cherche plutôt à créer des problèmes là où ils n’ont pas droit de cité.

En effet, comment pourrait on assimiler le dépôt d’un cahier de doléances d’un syndicat à une volonté de faire tomber un président de la République démocratiquement élu par un peuple souverain ? À mon sens, cela relève de la bouffonnerie et de la déraison. La question mérite en ces instants d’être posée sur la conception que l’auteur de l’article, dans ses élans que je me garde de qualifier par respect pour les acteurs de la presse, se fait d’un cahier de doléances.

C’est après avoir tenu compte des différents paramètres et du contexte sous-régional que nous avons déposé un cahier de doléances, document n’ayant autre but que l’amélioration des conditions de vie et de travail, en vue de permettre à la justice de répondre aux nombreuses attentes des populations. Bien entendu que la justice est rendue au nom du peuple et non pas au nom d’un quelconque pouvoir.

Que cela n’en déplaise à l’auteur de l’article, connu pour ses retroussements de manches en fonction des circonstances. Nous ne sommes pas des courtisans, mais des magistrats en dehors de la politique n’ayant pas à juger que le moment soit propice ou non à un pouvoir, pour déposer un cahier de doléances. Cela doit être clair.

Question : Pour Chahana les revendications des magistrats sont une forme de front social pour faire tomber le président IBK ou déstabiliser. Qu’en est-il exactement ? Je ne vois, ni de près, ni de loin, un quelconque lien entre le dépôt d’un cahier de doléances, moyen légal dont dispose un syndicat, et une quelconque volonté de faire tomber un président de la République, ayant lui-même, au vu de la précarité des conditions de vie et de travail des acteurs de la justice, publiquement reconnu la nécessité d’apporter les correctifs nécessaires.

Notre démarche, je ne cesserai de le dire, n’a pas autre but que l’amélioration de nos conditions de vie et de travail ainsi que la défense des intérêts du corps des magistrats, peu importe le pouvoir ou le régime en place. Nous avons toujours agi ainsi et ce n’est pas la première fois de déposer un cahier de doléances pour les magistrats qui, il faut le préciser, n’ont jamais été contre aucun corps de travailleurs, dans ses revendications. Bien au contraire, nous avons toujours, de façon ouverte et en toute responsabilité, apporté notre soutien aux autres syndicats en lutte pour le mieux-être de leurs membres, chaque fois que cela nous a été demandé. Au-delà des passions et de la hargne contre les magistrats, cet article indigeste qui se résume à des diatribes injustifiées pour la plupart contre tout un corps, ne devrait pas être le propre d’un journaliste, de surcroît un Directeur de publication. Dans son article, il dit assez de choses et tient des propos insensés dont il ne semble pas mesurer la portée sur l’équilibre d’un Etat. C’est un analyste sans repère, ni talent, toujours noyé dans les débats publics, qui soutient que le pouvoir va mal ou serait en difficulté. Détiendrait-il des éléments lui permettant d’affirmer que “le moment est le moins propice pour le pouvoir ?”

Je ne vois pas ce que le président de la République a fait de mal ou de bien aux magistrats, pour qu’ils soient méchants ou ingrats à son égard. C’est à Chahana Takiou, ce mauvais serviteur, de répondre de toutes ces insinuations bouleversantes qui n’engagent que lui. Contrairement à lui qui se croit au service d’un pouvoir, les magistrats ne sont qu’au service du peuple.

Question :Chahana accuse les magistrats d’être un corps corrompu pour présenter des revendications maximalistes. Quelle réponse pour le président du SAM ? D’abord, je ne sais pas ce qu’il voudrait dire en parlant de revendications maximalistes. Autant, il a ses appréciations sur les magistrats, autant, ceux-ci, tout en soutenant le renforcement de l’aide publique à la presse et aux médias en tant que pilier de la démocratie, ne voient pas en lui un exemple.

Sait-il qu’il passe dans le milieu de presse comme une calamité, ne jouissant d’aucun crédit ? Fort heureusement, un grand nombre de journalistes se refusant d’être des courtisans ou à la solde de tel ou tel homme en fonction des circonstances, font l’honneur de la délicate et exaltante profession, pour le plus grand intérêt de notre peuple. Ceci dit, la lutte contre la corruption étant aujourd’hui un devoir pour tout citoyen, il lui appartient d’étaler au grand jour les cas de corruption des magistrats dont il a connaissance. À mon sens, faire des affirmations stériles n’ayant autre but que d’amuser la galerie, n’est ni une façon de contribuer à la bonne distribution de l’information, ni une façon de lutter contre la corruption, notamment pour un journaliste de la trempe d’un Directeur de publication.

S’il y a un esprit malveillant et méchant, c’est bien celui de l’auteur de l’article qui se plait à voir les magistrats dans la précarité. Pense-t-il que la situation devrait demeurer ainsi, du seul fait que lui n’est pas magistrat ? Qu’il se détrompe, avec détermination, les magistrats du Mali, debout comme un seul homme, iront au bout de leurs actions en usant, au besoin, des moyens légaux qui leur sont reconnus par les textes nationaux et les instruments internationaux.

Question : Dans l’article, l’auteur fait passer les magistrats d’enfants gâtés de la République. Qu’en dites-vous ? Qu’entend-il par ces termes : “enfants gâtés de la République” ? Si c’est pour dire que les magistrats sont des privilégiés, en employant ces termes impropres, qu’il démontre comment nous le sommes. Tout débat sur ce sujet serait d’ailleurs le bienvenu pour une saine information des citoyens. Si de telles assertions pourraient se justifier ailleurs, elles sont loin d’être une réalité au Mali. Dans le cadre de la séparation des pouvoirs, la comparaison se fait en fonction de critères précis et non pas de façon mécanique. Qu’il nous dise concrètement par rapport à qui et par rapport à quoi les magistrats constituent un corps privilégié au Mali. En tout état de cause, les normes minimales relatives au traitement des acteurs de la justice sont clairement définies et notre pays se doit de les respecter pour y avoir souscrit.

Le Mali reste malheureusement encore à la traîne, en dépit des exigences légitimes de plus en plus grandes des citoyens envers la justice. Assurément Chahana, du seul fait de son hostilité envers les magistrats, souhaiterait voir notre pays évoluer en vase clos ou en marge des grandes tendances. Journaliste d’investigation comme il le prétend, sait-il qu’au plan international, les traitements accordés aux magistrats maliens sont les plus bas et considérés comme étant en violations avec les normes minimales ? À l’heure actuelle, sans parler des autres avantages, il n’y a pas un seul pays dans l’espace UEMOA où le seul salaire du magistrat débutant ne dépasse pas ou ne double même pas celui d’un magistrat en fin de carrière au Mali. Peut-il nous dire que c’est notre pays qui est le dernier en classement au sein de cet espace ? Par ailleurs, les missions parlementaires menées en 2015, largement médiatisées, ont révélé la précarité émouvante des acteurs de la justice sur tous les plans. Où était-il en ce moment ? C’est aussi pour toutes ces raisons que je disais plus haut, que Chahana est en déphasage avec l’actualité. Les syndicats de magistrats, dont un des objectifs est de veiller à la sécurité économique des magistrats, un aspect important de leur l’indépendance, perdraient toute raison d’être en restant des observateurs passifs d’une telle situation.

Question : Peut-on aujourd’hui parler de bras de fer entre le pouvoir et les magistrats ?

Pour l’instant, nous restons attachés à notre cahier de doléances et nous nous réservons le recours aux moyens légaux pour faire aboutir nos revendications qui ne sont que légitimes.

Cheick Mohamed Chérif KONE, Président du Syndicat Autonome de la Magistrature (SAM)

Source: Zénith

 

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