Ministère des Affaires religieuses et du Culte: Une autre face cachée derrière la couverture religieuse

« IBK a nommé des ministres. Mais, j’affirme qu’il ne s’est pas trompé en ce qui concerne le choix de Tiorno Oumar Hass Diallo. Partout où il se rend, il s’adapte. Il est le mieux à son poste ». Ce témoignage d’un célèbre prêcheur de  notre pays faisait l’unanimité chez tous les Maliens jusqu’à la publication du rapport individuel du bureau du vérificateur général. Plus de 630 millions évaporés en trois ans.

 

Le pèlerinage constitue le quatrième des cinq piliers de l’islam que le Coran rend obligatoire pour tout musulman qui en a la capacité financière et physique. Il se déroule invariablement aux mêmes dates conformément au calendrier hégirien et constitue un grand moment de ferveur et de mobilisation des musulmans aussi bien au Mali que dans le monde entier. C’est dans la dynamique de maintenir sa main solidaire que l’État jadis à travers  le Ministère de l’Administration territoriale et actuellement par celui des affaires religieuses et du culte, s’est invité dans l’encadrement et alloué un pactole pour la bonne organisation de cet exercice religieux. Mais, malheureusement, un véritable réseau mafieux semble souiller ce beau tableau.

Selon le rapport individuel du bureau du vérificateur général dont votre quotidien, LE COMBAT, possède une copie ; pendant les trois dernières années , le nombre total de pèlerins maliens était de 35 646, dont 4 158 pour la filière gouvernementale. L’organisation et la gestion des opérations du pèlerinage au Mali ont fait  appel à deux structures publiques, le Ministère des Affaires Religieuses et du Culte (MARC) et la Maison du Hadj (MDH) et également des agences de voyages privées. Le Consulat du Mali à Djeddah en Arabie Saoudite a apporté un appui à ces structures. Les fonds relatifs à la prise en charge des membres de la Commission Nationale d’Encadrement (CNE) sont transférés sur le compte bancaire du Consulat du Mali à Djeddah. Les minibus servant de transport sont également achetés par le consulat pour le compte de la Maison du Hadj. Les frais de pèlerinage payés par les pèlerins servent à leur prise en charge concernant le transport aérien, terrestre, leur hébergement et leur restauration. Pendant la période sous revue, les sommes collectées auprès des pèlerins se sont élevées à 10 072 343 925 FCFA et la part du budget d’État pour la prise en charge des membres de la Commission Nationale d’Encadrement à 1 486 610 065 FCFA. Selon l’enquête menée sur les opérations de recettes et de dépenses effectuées qui concerne les exercices 2016, 2017 et 2018, une véritable anarchie administrative et financière a régné au sein des structures impliquées qui œuvrent sous l’autorité du Ministre Diallo.

 

La justice saisie 

 

La vérification de la régularité des recettes et des dépenses des campagnes du pèlerinage a permis de découvrir le laxisme qui entoure la gestion des fonds destinés à l’organisation des campagnes de pèlerinage. Le compte « épargne pèlerinage », créé dans le but de recevoir les paiements successifs des frais des pèlerins qui ne peuvent pas payer l’intégralité à la fois, est devenu pour le Ministère et la Maison du Hadj, une source de financement de leurs activités dans le mépris total des procédures d’exécution des dépenses et des principes de la comptabilité publique faisant évaporer 639 859 502 FCFA. Le procureur de la République a été saisi par le vérificateur général pour :

– l’enregistrement irrégulier gratis au profit des titulaires de marchés pour un montant de 46 716 102 FCFA ;

-non-paiement du droit d’enregistrement pour un montant de 19 571 141 FCFA ;

– non-paiement de la redevance de régulation pour un montant de 12 465 710 FCFA ;

– paiement indu à une agence de voyages pour un montant de 50 000 000 FCFA ;

– l’octroi d’indemnités indues  au personnel du consulat pour un montant de 7 651 814 FCFA ;

-paiement d’Indemnités de mission non justifiées pour un montant de 13 500 000 FCFA ;

– double utilisation de mêmes pièces pour justifier deux dépenses pour un montant de 4 275 000 FCFA ;

– dépenses irrégulières effectuées par l’Agent comptable de la MAD sur le fonds épargne pèlerinage pour un montant de 130 679 737 FCFA ;

– l’émission irrégulière de chèques au nom du régisseur d’avances ordinaire pour des retraits non justifiés sur le compte de la banque BIM s’élevant à un montant de  225 000 000 FCFA ;

– dépenses inéligibles effectuées sur le compte de la banque BIM pour un montant de 130 000 000 FCFA.

En attendant la suite qu’aura réservée la justice à cette affaire, reconnaissons que le temps donne déjà raison à l’ancien Premier Ministre Soumana Sacko qui avait, l’on se rappelle bien, exposé l’inutilité de Ministère dédié aux affaires religieuses.

Synthèse de Seydou Konaté 

LE COMBAT

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