Mali: L’ETAT DE LA NATION

Notre pays est toujours secoué par une crise des fondements qui met en cause tous les secteurs de la vie et nous met au défi de rendre compte de leur raison d’être. L’année qui s’achève a été ponctuée de conflits sanglants dans le Nord comme le Sud de notre pays. Cette détérioration des relations communautaires entérine bien évidemment l’affaiblissement de notre pays dont la souveraineté est mise à mal de jour en jour à cause des politiques mal réfléchies. La misère continue de côtoyer l’opulence et les inégalités criantes persistent au sein de notre société. Nos institutions nationales n’arrivent toujours pas à inverser la tendance généralisée de l’aggravation de ces conflits et de la détérioration de notre tissu social qui semble irréversible. Bien entendu, l’année 2018 devrait être un rendez-vous électoral de grande importance pour notre pays, et notre plus grand souhait était de voir notre pays se stabiliser en se dotant de leaders élus par le peuple qui feraient sa fierté. Cependant, les élections présidentielles n’ont fait qu’accentuer l’instabilité politique dans notre pays à cause de la mauvaise organisation du scrutin par nos différentes institutions nationales.

Leur projet de concertation régionale autour de l’initiative de redécoupage territoriale reste un enjeu politique dangereux pour l’unité de notre pays. Ce redécoupage inefficace, coercitif, non démocratique, non-adaptable et détaché de toute réalité remet surement en cause la cohésion sociale dans notre pays. De surcroît, compte tenu des difficultés financières actuelles de l’Etat, il sera sûrement une source de charges budgétaires insupportables. Quant au report des législatives au-delà du 31 Décembre, au regard de la Constitution qui fixe à 5 ans le mandat des députés, c’est une mesure anticonstitutionnelle que ces mêmes institutions ont fait passer en force.

Il va sans dire qu’il est dommage de constater qu’en cette veille de la célébration de la nouvelle année, notre peuple qui a beaucoup souffert, continue d’être traumatisé par des attentats perpétrés par les rebelles devant une armée toujours en reconstruction. Il est encore plus indignant de constater que nos condamnations de ces crimes deviennent la règle et la norme. Cependant, nos pensées et nos prières accompagnent toujours les femmes et hommes en uniformes qui risquent chaque jour leur vie au nom de notre nation, à leurs familles qui vivent dans l’anxiété.

Nos institutions nationales qui sont supposées éviter les dérives et surtout protéger nos citoyens sont aujourd’hui plus que jamais embourbées de scandales, de chaos et de corruption ; les politiciens, peut-être encore plus imprudents et sans foi ni loi, ont abandonnés notre pays aux forces de l’anarchie. Pourtant, ce sont ces mêmes politiques qui trouvent toujours la nécessité d’imposer ‘‘l’autorité de l’État’’. Or, il serait assez suffisant d’exiger d’abord le rétablissement d’un environnement sécurisé sur l’ensemble du territoire, la restauration de l’Etat de droit et d’une justice sociale, la consolidation des services de l’Etat, la réconciliation et le renforcement de la cohésion sociale avant de vouloir imposer ‘‘l’autorité de l’État’’ dans un pays ou les institutions nationales ont totalement perdu la confiance des citoyens. En effet, nos institutions politiques, qui peinent à répondre aux besoins et aspirations de notre peuple, sont déjà bien à l’agonie dans notre pays ; et l’état de notre nation est plus inquiétant aujourd’hui que jamais auparavant.

Les politiques de gouvernance mises en place par la classe politique actuelle ont surtout eu pour conséquences l’exacerbation de l’inégalité économique, le chômage et la migration de masse des jeunes, la paupérisation croissante de nos populations et le manque de plus en plus préoccupant de justice sociale. Il est plus que temps que les gouvernants se soucient des conséquences humaines et sociales dramatiques de leurs politiques économiques. La situation socio-économique que vit actuellement le Mali est fort emblématique de cet état de déliquescence du tissu économique et social. Les citoyens maliens ont pourtant le droit d’aspirer à une vie meilleure. Pour remédier à la situation catastrophique que vit notre pays, nous devons faire face à nos responsabilités citoyennes en prenant part à l’écriture de notre destin collectif. Nous devons avoir la force et le courage de reconquérir nos valeurs, et surtout celles qui nous unissent en tant que nation. Nous devons avoir la vision et la volonté de développer notre pays. Nous devons être prêts à prendre notre destin et notre avenir en main d’autant que personne ne le fera à notre place. Le sacrifice doit être le nôtre. Nous devons tous contribuer à bâtir cet avenir dans un esprit de communion et de solidarité, d’unité et de patriotisme. Nous devons surtout regarder l’avenir avec beaucoup d’espoir et d’optimisme. Cependant dans notre quête de développement prospère et durable, nous ne devons jamais nous écarter des valeurs qui nous unissent en tant que nation malienne. C’est-à-dire nos valeurs morales et spirituelles. Ces valeurs et legs que nous tenons de nos ancêtres. Ces valeurs qui nous définissent comme une nation mais qui malheureusement sont de plus en plus érodées par les fléaux sociaux qui nous affligent. C’est pour cette raison que nous devons mettre l’accent sur nos divers programmes d’éducation et de rééducation, d’appréciation culturelle, de réhabilitation et d’apprentissage. Ceux-ci ne doivent jamais perdre leur raison d’être et leur pertinence. Car le développement durable est impossible à réaliser sans une éthique de travail. Il est impossible sans l’unité nationale et l’harmonie sociale. Il ne prospère que dans la responsabilité, la détermination et le travail.

Puissent ces événements passés être l’occasion pour l’ensemble des citoyens de renouveler notre engagement à l’égard de notre nation et de ce que doit être notre mission. Et puissent la classe politique et les institutions de notre pays témoigner de leur bonne foi en donnant immédiatement suite aux engagements pris face à notre Nation. Ainsi, nous vous souhaitons une heureuse et sereine fin d’année et nos vœux de bonheur les plus chaleureux pour le nouveau cycle qui commence. Que Dieu vous bénisse dans vos cheminements.

Cheick Boucadry Traore

L’ETAT DE LA NATIONNotre pays est toujours secoué par une crise des fondements qui met en cause tous les secteurs de…

Publiée par Cheick Boucadry Traore sur Lundi 17 décembre 2018

 

 

Source: Maliactu.info

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