Mali : Débattre du retour de ATT pour ne pas parler du reste

La polémique du moment porte sur le retour de Amadou Toumani Touré, ancien chef de l’Etat déchu et « exilé » au Sénégal.

amadou toumani toure ancien president malien

Une partie du débat public a été occupé par ce sujet, les uns attaquant, les autres défendant, avec des grands mots comme « ATT Yafama »  ou « On regrette ATT». Je ne prends plus partie dans ce débat. Je ne vois pas l’utilité du retour ou Non d’ATT au Mali actuel. Tout cela est extrêmement secondaire à mes yeux. Ce sont des détails au regard des problèmes que rencontre le pays, dont l’économie ne va pas bien, la société complètement bloquée et le ministère des finances vient de revoir les prévisions des recettes de l’Etat à la baisse.

Malgré l’ampleur des sujets, on passe notre temps à s’écharper sur des détails qui relèvent du symbolique et du passé. Je suis d’accord pour dire que parfois, les symboles, c’est important, mais à condition que ce ne soit pas “le symbole pour le symbole”. Derrière un symbole, il faut toujours du réel, sinon, le symbole est vidé de tout sens. Or, qu’est ce qu’on trouve derrière le symbole du retour d’ATT, sinon la trouille d’une partie de la population, qui sent que les choses lui filent entre les mains.

Combien de débats qui tournent autour du pot sur le livre sur l’ancien dictateur Moussa Traoré, où le vrai fond du message, c’est l’échec du « mouvement démocratique» à instaurer un Etat de droit, démocratique et Laïc.

Derrière cet échec, il y a un déclassement du Mali. Il est économique, mais aussi moral et intellectuel. Le Mali n’est plus un exemple de réussite de la mise en œuvre d’un Etat démocratique en Afrique. Il déchantera le jour où les taux d’intérêts vont remonter et où il  sera étranglé par sa dette.

Ce jour là, il y aura un traitement de cheval à la Somalienne, qui sera administré à notre pays, qui devra sacrifier les derniers éléments de sa “puissance” à savoir son armée, son économie, sa diplomatie. Tous, confusément, nous ressentons que notre pays va vers le précipice, et que nos “élites” ne font rien pour changer la trajectoire, voire appuient sur l’accélérateur, tout en lançant les écrans de fumées des “débats de personnes”.

Le pire, c’est que nous nous laissons berner. Nous marchons à fond dans le panneau, et nous jetons avec délices dans des querelles futiles, autour du retour d’ATT. C’est le degré zéro du débat démocratique.

C’est à nous, si nous voulons être responsables, de refuser ces débats “sur les personnages du passé” qui ne sont que l’expression d’un renfermement sur soi et d’une résignation au recul du pays, où toute initiative est critiquée.

La vraie solution, c’est de reconstruire la Nation, c’est à dire le “vivre ensemble”, pour que les gens puisse se raccrocher à quelque chose de positif, plutôt que de regarder avec suspicion dans la marmite de son voisin, en se disant qu’il ne mérite pas ce qu’il a (surtout quand il semble avoir plus que vous).

La classe politique en place, celle qui refuse de partir, malgré les pires turpitudes, porte une lourde responsabilité. S’il n’y a plus assez de collectif et de positif au Mali, c’est en partie à cause de leur immobilisme et de leur renoncement.

Ils ne font rien d’autre que gérer le déclin, sans proposer le moindre projet de société qui puisse remobiliser un pays qui, finalement, ne demande que ça mais à qui on ne propose rien de crédible.

Les vieilles lunes que nous propose la majorité Présidentielle ne seront pas à la base du Mali de demain, pas plus que l’immobilisme d’une opposition radicale.

La Nation devra se reconstruire seule, ses “élites” ayant démissionné.

C’est le sens que je vois au mouvement de la jeunesse en construction. Il proposera, de manière certes un peu brouillonne, une nouvelle manière de “faire société”, sur la base de valeurs qui “parlent” aux générations qui montent, comme l’horizontalité de l’organisation, la “démocratie délégative”, le partage, la sobriété (et je ne cite pas tout).

On en est au tout début, et le chemin est encore long, mais jusqu’ici, les choses avancent bien, le mouvement tiendra le choc, malgré les obstacles, comme les tentatives derécupération, ou de démolition, des « élites » en place.

C’est là que l’avenir du pays se joue, dans ce qui va se construire le 22 juillet au stade du 26 mars de Yirimadio, bien plus que dans les polémiques stériles qui sont le lot commun des médias et de « l’élite ». En espérant qu’il ne soit pas trop tard…

 

Séga DIARRAH

Diarrah.com

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