Mali : combien de temps la junte peut-elle tenir sous les sanctions de la CEDEAO ?

Il y a de cela un peu plus d’une semaine que le Mali est sous sanction de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le principal bloc régional d’Afrique de l’Ouest.

La junte au pouvoir a condamné ce qu’il a qualifié de sanctions “illégales et illégitimes” mais se dit ouvert au dialogue avec la CEDEAO.

En attendant, le gouvernement a envoyé une importante délégation lundi à Conakry, en Guinée, et une autre mardi à Nouakchott, en Mauritanie, pour discuter des moyens de faciliter la circulation des personnes et des biens entre le Mali et ces deux pays frontaliers.

La Guinée, dirigée elle-même par une junte militaire suspendue des organes de décision de la CEDEAO à la suite d’un coup d’État militaire le 5 septembre 2002, a annoncé qu’elle n’appliquerait pas la fermeture des frontières aériennes et terrestres avec le Mali. De son còté, la Mauritanie n’est pas membre de la Cedeao.

Le gouvernement du colonel malien Assimi Goita, qui a pris le pouvoir lors d’un coup d’État en août 2020 suivi d’un second putsch, a proposé le mois dernier une période de transition de cinq ans, arguant que l’insécurité chronique rendait impossible la tenue d’élections en toute sécurité.

Les élections devaient avoir lieu le mois prochain.

Lourdes sanctions

En réponse, les chefs d’États de l’institution ont adopté de lourdes sanctions contre le pays. Les avoirs du Mali à la banque régionale de la CEDEAO sont gelés et les frontières avec la plupart des pays de la région restent fermées.

La fermeture des frontières entre le Mali et les États membres de l’organisation a fait naître des inquiétudes au sein de la population tandis que dans les zones frontalières, des camions des marchandises ne peuvent pas entrer ni sortir du pays. Le Mali est un pays enclavé dont l’approvisionnement en denrées dépend beaucoup des échanges commerciaux avec ses voisins. Le pays partage des frontières avec l’Algérie, la Guinée, la Mauritanie, le Burkina Faso, le Niger, la Côte d’Ivoire, le Niger et le Sénégal.

Les sanctions de la CEDEAO ont suscité de nombreuses réactions mais plus récemment, un groupe de 13 ONG appelle la communauté internationale à protéger le peuple malien contre sur “l’impact dévastateur que de nouvelles sanctions pourraient avoir sur le peuple malien et sur le besoin impératif d’exemptions humanitaires”.

A l’instar d’Elena Vicario, directrice du Conseil norvégien pour les réfugiés au Mali, les humanitaires évoquent des populations déjà fragilisées. “Les Maliens supportent déjà le poids de la catastrophe humanitaire, ponctuée d’horribles attaques contre les civils. Les sanctions ne doivent pas nous empêcher de fournir une aide essentielle dans un pays où la sécheresse, l’insécurité croissante et les impacts économiques du COVID-19 poussent déjà des millions de Maliens à bout”.

Professeur Malick Sané, enseignant chercheur en sciences économiques et de gestion à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar analyse les perspectives de cette situation. Il répond aux questions de Gaïus Kowene de BBC Afrique.

Combien de temps pensez-vous que le Mali peut tenir dans de pareilles circonstances ?

Très peu de temps parce que les mesures ont été effectivement arrêtées sous cette forme dans la surprise générale donc je ne pense pas que les autorités maliennes aient pris des dispositions pour tenir un certain temps. Il y a très peu de marge de manœuvre pour payer les salaires, pour payer certains approvisionnements, pour faire face à des charges courantes. Je crois que le Mali ne pourra pas tenir au-delà d’un mois.

Quelles sont les alternatives pour le Mali ?

Les deux que je vois présentement à court terme, c’est d’abord la liquidité, ce sont les sommes donc détenues par le Mali au niveau du trésor Malien qui fait office de banque du Mali, c’est également une contribution sous forme d’aide de quelques pays amis, notamment par le biais de la coopération bilatérale parce qu’avec ces mesures de la CEDEAO, les institutions multilatérales sont amenées à observer le blocus décidé par la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest. Donc c’est par le biais de la coopération bilatérale, notamment vis-vis de la Russie, éventuellement de la Chine, qui auront été les deux principaux pays du conseil de sécurité qui ont défendu les positions du Mali.

Éventuellement d’autres partenaires du Mali pourraient se révéler. Les marges de manœuvre sont extrêmement réduites compte tenu de la surprise dans la prise de décision. Ce sont des décisions extrêmement rares.

Si ce processus n’arrive pas à aboutir à un résultat ou à un consensus très rapidement, quels sont les risques pour le Mali en tant que pays mais aussi pour le peuple malien ?

Je considère qu’aucune des deux parties n’a intérêt à ce que cette situation de blocus puisse perdurer aussi bien pour la CEDEAO que pour le Mali, compte tenu bien sûr de la pression notamment de la société civile pour pouvoir atténuer ces mesures. A défaut, ce seront des problèmes d’approvisionnement que le Mali va connaitre. Ça va être la flambée des prix sous forme d’inflation par la demande parce que la demande sera là sans que l’offre soit disponible compte tenu de la fermeture des frontières et des ressources non disponibles pour pouvoir faire face aux importations dont le Mali a besoin. Raison pour laquelle je crois que c’est, d’un côté comme de l’autre, une stratégie de négociation peut-être qui mettrait la barre assez haut en vue de trouver un compromis qui pourrait effectivement aboutir à un accord. Moi je pense plutôt à cette optique-la plutôt que le jusqu’auboutisme dont l’une ou l’autre partie pourrait faire preuve.

Source : Bbc.com

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