LETTRE OUVERTE : « M. le président, prenez vos responsabilités ! »

Dans une lettre ouverte adressée au président de la République et dont copie a été déposée à notre rédaction, un fidèle lecteur appelle le chef de l’Etat à prendre ses responsabilités face à certaines situations qui sont en train détériorer le climat social. Entre autres, l’opération Ami Kane et la grève des magistrats. Le contenu de la lettre !

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Suite au coup d’Etat de mars 2012, le Mali  a été plongé dans une crise sans précédent. Et il fallait un homme d’Etat  pour que notre pays se relève. C’est ainsi que vous avez été élu avec plus de 77 %. Un score qui met en évidence la grande confiance placée en vous pour redresser le pays. En analysant votre brillante élection, l’on se rend compte que l’électorat est composé de trois catégories. Une première qui vous soutient parce qu’elle pense que vous avez  été victime d’un complot à l’ADEMA en 2000 ; une deuxième catégorie qui, compte tenu de votre passé en tant Premier ministre (1994-2000), pense que vous êtes l’homme de la situation pour redresser la barre malienne. Le troisième est constitué des inconditionnels de votre parti, le RPM. En aucune manière, vous ne devriez décevoir tout ce beau monde.

Certes, vous avez hérité d’une situation peu enviable, liée au coup d’Etat et à l’occupation d’une bonne partie des régions du nord. S’y ajoute la forte demande sociale. De circonstances atténuantes alors. Mais aujourd’hui, la situation du pays est telle que vous devrez accepter de prendre  toutes vos responsabilités.

D’abord au sujet de l’opération de déguerpissement dite Opération Ami Kane. En tant que légaliste, nous ne saurons condamner cette opération qui  a mis en chômage des  milliers de jeunes maliens. Surtout que tous les gardes fous juridiques ont été pris pour donner un cachet aux actions de déguerpissement. Mais au-delà, ne fallait-il pas  prendre des mesures d’accompagnement ? Parce qu’il s’agit des Maliens qui ont souffert dans leur chair et âme ?

La semaine dernière, la devanture de Malitel a été nettoyée, augmentant du coup le nombre de chômeurs, de mécontents et de déguerpis. Ceux-ci avaient décidé de vous empêcher de monter  à Koulouba le mercredi dernier pour le conseil  des ministres ? Mais, ils ont été déconseillés au vu des conséquences d’une telle action. Ils ne désarment pas. En effet, les déguerpis ont décidé de s’organiser au niveau des différentes communes pour  déboucher sur une forte action commune. Quelle action ?

La grève des magistrats est venue s’ajouter à cette tension sociale. Cela fait presque trois semaines qu’ils ont débrayé. Apparemment, nous assistons à un dialogue de sourds entre le gouvernement et les magistrats. Les grévistes ne sont pas dans une logique de lever leur action entamée le 9 janvier, l’Etat soutient qu’il n’a pas les moyens de satisfaire leurs  doléances aux incidences financières faramineuses.

Sur ce point, le ministre de la justice a manqué de pédagogie  pour commenter cette grève. A un certain niveau de responsabilité, les propos qu’on peut tenir au « grin, » ne sont pas permis, au risque de créer des problèmes.

Aujourd’hui le système judiciaire est  bloqué et la situation s’empire de jour en jour. M. le président, face à cette situation, acceptez aujourd’hui de prendre vos responsabilités et toutes vos  responsabilités ! On ne saurait dire que  le ministre de la justice (un avocat de surcroit) a échoué, mais  le dialogue entre lui et les magistrats n’aboutira jamais. Parce qu’ils ne sont pas sur la même longueur d’onde. Cela n’est pas une complaisance ou une capitulation, seulement la justice est sensible. On se rappelle en 2005, quand les négociations de l’UNTM avec les ministres en charge de la Fonction Publique et de l’Emploi ont échoué, aboutissant à une grève, e président ATT a pris le dossier en main, il a reçu  l’UNTM, et le problème a été résolu. Il s’agissait à l’époque  de la transposition des cadres des catégories B1 et B2. Aujourd’hui, qu’est ce qui empêche le chef suprême de la magistrature d’intervenir pour sauver une situation chaotique et honteuse pour le pays ?

Et l’intervention de l’opposition dans cette affaire conclut à votre  dédain face à la  situation. L’opposition a son rôle à jouer dans la construction du pays, ou dans une certaine mesure en cas d’événements malheureux, comme celui de Gao. Mais M. le Président, en donnant l’occasion à votre opposition d’intervenir dans cette affaire des magistrats, vous lui donnez l’occasion d’un angle d’attaque pour critiquer votre régime. Et avec les Soumaïla Cissé Tiébilé Dramé, Modibo Sidibé et autres, les mots ne manqueront sans doute pas pour bien savonner votre premier quinquennat.

Alors, M. le Président ressaisissez-vous, pendant qu’il est encore grand temps !

Amadou Kanté

Enseignant à la retraite

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