Lettre à IBK : ATT devant la haute cour de justice ? Un acte au relent populiste

L’hypothèse d’un éventuel jugement par la Haute Cour de justice de l’ancien président, Amadou Toumani Touré, commande d’un sage de la diaspora malienne, Fousseyni Diarra, une réaction de fond depuis Dakar. En effet, dans sa dernière lettre « A Monsieur le Président de la République », le Pilote Commandant de bord à la retraite, s’insurge contre ce fameux communiqué du gouvernement relatif à la saisine de la Haute Cour de Justice pour juger l’homme du 26 Mars pour haute trahison sur la base d’une dénonciation des faits susceptibles d’être retenus contre lui.

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Selon lui, la méthode utilisée porte atteinte à l’honneur et à la dignité d’un homme et de sa famille. Aussi, cette méthode employée n’honore, ni ne grandit notre Pays.

 

Au préalable, l’auteur de la missive invite IBK à éviter d’être entraîner dans la spirale du populisme, tout en lui rappelant certains faits historiques de notre pays qui devaient le dissuader de poser un tel acte.

 

Je suis Malien de souche, de pensée, de cœur et fier de l’être. Un Malien pour qui la vérité n’a ni frontière, ni culture, parce qu’elle est la culture. Un Malien  qui s’abreuve de la sagesse de Feu le Président Modibo KEITA qui disait à nous jeunes, étudiants et stagiaires maliens en 1962, ceci : « Le destin est dans toute chose et toute chose est dans le destin. Ce n’est pas parce que le mien a fait de moi Président de la République que j’aime le Mali plus que vous ».

 

Halte au populisme !

Dans une de mes multiples contributions, je disais que nous, les vieux, au crépuscule de notre vie, devront mener ce qui peut être considéré comme notre dernière bataille : un pays réconcilié, apaisé, avec la confiance restaurée entre nos fils et petits fils par nos avis et conseils avisés basés sur la vérité ; et offrir ainsi un cadre propice aux nouveaux dirigeants pour entreprendre avec la célérité et la sérénité requises leur tâche de réconciliation et de développement.

 

Monsieur le Président

Je vous disais également qu’une coalition a contribué, peu ou prou, à votre élection à la magistrature suprême et je vous incitais à la vigilance, car un tel scénario sert, le plus souvent, de cadre propice pour ceux qui vous ont soutenu à la recherche de grain à moudre ou de strapontins, pour améliorer leur sort et celui de leur clientèle politique, n’hésitant à vous entraîner dans une spirale de populisme dont les actes posés ne sont pas en adéquation avec les problèmes brûlants de l’heure et sous ce prisme déformant vous détourneront de vos objectifs.

 

 

 

Force est de constater que la politique politicienne prendra progressivement le dessus sur toutes les activités de réconciliation devant concourir à édifier un grand Pays. Un amour pour le Mali doit nous inspirer à ne pas prendre en compte ce jeu de politiciens et qui, peu après, retourneront à leur jeu favori, la jactance, les complots à la petite semaine, les trahisons et les reniements. Vigilance, encore vigilance, car c’est vous le Président élu et c’est vous que le peuple jugera selon les actes posés et le résultat obtenu.

 

 

 

Monsieur le Président,

Je suis de ceux qui sont convaincus que la justice est le socle de la démocratie et doit s’exercer sans complaisance partout et pour tout citoyen dans l’équité et la transparence. Elle n’est l’exclusive d’aucune couche de la société, encore moins d’une personne. Elle est et demeure le paramètre d’évaluation d’un Etat, de sa crédibilité et de sa fiabilité.

 

 

 

Monsieur le Président,

Après la victoire, tout le monde devient héros, mais une défaite est annonciatrice d’une panoplie de critiques (et les dénonciations fusent de partout) où la carence, l’irresponsabilité et l’incompétence avérées ou pas sont mises en exergue, accompagnées de rumeurs avilissantes, savamment distillées, attisant ainsi la haine par laquelle les victimes suscitent le rejet.

 

 

Par rapport au communiqué du gouvernement en date du 27 Décembre 2013, diffusé sur les ondes de l’ORTM et quelques détails préalables interpellent notre conscience à une analyse objective de ce qui semblait être la prémisse de cet acte posé par votre gouvernement.

 

 

Vous avez dit et répété que vous n’avez jamais approuvé, ni cautionné le coup d’Etat alors que celui qui en fut la victime préparait le début de la campagne électorale qui devait commencer sous quinzaine et vous permettre à vous, Monsieur le Président, de rentrer en lice en tant que candidat. Ce qui m’amène à citer un illustre penseur qui disait : « Le mal triomphe face à l’inaction des hommes de bien ».

 

 

 

ATT est une victime entre Moussa et IBK

Lors de votre prestation de serment, vous jugiez républicaine la présence, non loin de vous, de l’auteur de vingt et trois (23) ans de dictature avec son cortège de morts. Présence aussi choquante qu’elle fût, elle ne demeure pas moins compréhensible, parce que le Mali est une terre de pardon et de tolérance. Mais n’avoir pas cité une seule fois celui qui, par acte héroïque du don de soi et au risque de sa vie, nous a permis de humer le doux parfum et l’air vivifiant de la démocratie et qui vous a permis d’être investi si brillamment, m’a semblé un oubli d’obligation de retracer le cheminement combien exaltant de l’histoire de notre Pays.

Dans un Pays voisin, malgré l’adversité politique à outrance qui y sévit, l’actuel Président n’a pas tari d’éloges sur son prédécesseur lors de l’inauguration d’une infrastructure dont ce dernier avait posé la première pierre. Tel ne fut pas le cas à Diamou où celui qui avait posé la première pierre du barrage de Gouina n’a pas bénéficié du même  privilège.

Depuis la diffusion de ce communiqué du gouvernement, des voix s’élèvent déjà en sourdine pour dire que votre cadet ATT est une victime toute désignée entre l’ancien Président Moussa TRAORE qu’il avait déposé pour que triomphent la justice et la démocratie et vous-même.

Quant à moi, je mets ces rumeurs sur le compte de la fiction.

Je ne suis pas un laudateur  avec des propos dolosifs, mais un vieux Malien qui aime son Pays de façon viscérale comme vous, quoique à des stations différentes. Méfions-nous des dénonciations avec leurs faces hideuses qui sont la lie de la société, avec comme corollaire une tendance à la dérive et à l’arbitraire. L’histoire du capitaine Dreyfus en France en est une parfaite illustration.

 

Monsieur le Président

Dans une autre de mes contributions, je disais : « Le monde entier inquiet avant et pendant les élections a découvert une autre facette de ce grand peuple uni par le défi et tolérant dans l’adversité avec comme bouquet final ce grand geste de noblesse du candidat CISSE venu avec toute sa famille vous féliciter pour votre brillante élection et qui a fait couler beaucoup de larmes d’émotion ».

 

 

Ce constat cède aujourd’hui la place à beaucoup de larmes, de déception, d’incompréhension et de stupeur face au communiqué du gouvernement relatif à la saisine de la Haute Cour de Justice pour juger l’homme du 26 Mars pour haute trahison sur la base d’une dénonciation des faits susceptibles d’être retenus contre lui.

Si primauté doit être laissée à l’action judiciaire et au gouvernement, la méthode utilisée a porté atteinte à l’honneur et à la dignité d’un homme et à sa famille.

La méthode employée n’honore, ni ne grandit notre Pays. Il aurait été plus judicieux et plus approprié, me semble-t-il, selon notre culture et notre concept de la dignité, que contact soit pris avec l’homme du 26 mars, eu égard à son rang.

Après qu’un site d’information eût livré l’information, la stupeur s’empara d’une grande partie des Maliens qui s’attendaient au parachèvement de la réconciliation et espérait en guise de cadeau de fin d’année de vous voir annoncer le retour de votre frère cadet qui, faut-il le souligner, n’est ni en exil, ni réfugié. Sa présence à Dakar est une initiative de la CEDEAO.

Je note l’humilité de l’homme du cinquantenaire sur qui on veut jeter l’opprobre par la théâtralisation d’un acte au relent populiste. Cet homme, cher frère Président, aurait répondu sans hésiter à votre appel.

 

 

 

Monsieur le Président,

Notre Pays, sous votre magistère, doit revenir à ses fondamentaux du respect de l’homme et de sa dignité. Et l’acte posé par le communiqué de votre gouvernement me fait penser à Jésus transportant sa croix :« Regardez ce que l’on fait du bois vert, qu’adviendra t-il quand il sera sec ? ». En d’autres termes, si l’acte posé par votre gouvernement concerne un ancien Président qui n’est ni exilé, ni réfugié encore moins un fugitif, qu’en sera-t-il du citoyen lambda ?

 

 

 

Monsieur le Président,

Encore une fois, la débâcle de l’armée libyenne face aux forces coalisés et le malheureux coup d’Etat du 22 mars ont été les éléments déclencheurs de la crise malienne avec les conséquences que l’on sait. Ces deux faits ont permis à des débiles et illuminés de fuir avec des armées sophistiquées dont une partie avait permis au défunt Kadhafi de tenir tête pendant les longs mois à une coalition internationale. Aucune armée africaine ne pouvait être en mesure de faire face à cette armada, encore moins de tenir tête. A preuve, la France n’est pas arrivée à juguler la menace avec la rapidité escomptée, malgré ses puissants moyens logistiques. Pensons avec compassion et respect à ces centaines de nos soldats morts pour la patrie.

 

 

 

Monsieur le Président,

La sagesse que me dicte ma conscience et l’amour pour mon Pays, en vieux Malien imbu des vertus cardinales de notre culture de vérité, de pardon, de dignité et ce legs d’honneur et de tolérance de nos ancêtres, me poussent à vous demander dans le cadre de la dynamique de la réconciliation, sans préjuger des suites, d’envoyer chercher votre cadet à Dakar qui, faut-il le saluer, s’est emmuré dans un silence de dignité afin de ne pas gêner les nouvelles autorités et remercier selon nos traditions séculaires les autorités sénégalaises pour leur hospitalité à son endroit avec tous les égards dus à son rang. Ceci est la voie de la sagesse et me pousse, encore une fois, à réitérer mes propos : « Les grands peuples sont à l’image de leurs chefs et les grands chefs sont à l’image de la grandeur de leur peuple ».

 

 

 

Monsieur le Président,

Je ne saurais terminer sans citer Khalil GIBRAN qui, dans son ouvrage Jardin du Prophète, disait : « Pitié pour la nation où l’on accueille un nouveau souverain aux accents de la trompette pour le renvoyer sous les huées et la médisance et en acclamant un autre aux mêmes accents de trompette que le précédant ».

 

 

Que Dieu protège et bénisse notre grand Pays. Ô Mali de demain.

 

 

 

Fousseyni DIARRA

Pilote Commandant de bord à la retraite

A Fass Mbao – Dakar/Sénégal

Tél : (00221) 33 853 00 48

Cél : (00221 77) 165 27 44

SOURCE: L’Aube
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