Le plébiscite d’IBK : Un vote sanction contre la kleptocratie et le laxisme

Selon les résultats complets provisoires proclamés par le ministre de l’Administration Territoriale, de la Décentralisation et de l’Aménagement du Territoire, le désormais Général Moussa Sinko Coulibaly, Ibrahim Boubacar Kéïta allias IBK est arrivé en tête du second tour de la présidentielle en engrangeant 77,61% des voix contre 22,39% pour son challenger, Soumaïla Cissé.siege campagne qg ibrahim boubacar keita ibk affiche murale effigie

Ce dernier ayant décidé de reconnaître sa défaite et de n’introduire aucune requête auprès de la Cour Constitutionnelle, il est quasiment certain que les résultats en question seront ceux qui auront définitivement sanctionné le scrutin présidentiel. Ce qui fait, du coup, d’IBK le cinquième Président de la République du Mali.

 

Dans l’entre-deux tours, il avait demandé aux Maliens de voter massivement pour lui, afin de lui octroyer une majorité claire et nette, une majorité indiscutable, pour lui donner la force de redresser le Mali. Avec le score qu’il vient d’obtenir (77,61%), le voilà servi au-delà même de ses espérances.

C’est d’un véritable plébiscite qu’il s’agit. Un plébiscite qui est, en fait, un vote sanction contre un système, celui de l’ère démocratique ou plutôt de l’ère de la kleptocratie, entendez par ce néologisme le «pouvoir des voleurs», qui a atteint son apogée sous ATT.

Si sous l’autocrate Moussa Traoré on «mangeait» l’argent du contribuable de la seule main droite, avec «nos démocrates convaincus et sincères» l’on a commencé à le manger avec les deux mains, voire avec les coudes, comme le note, non sans humour, un confrère de la place, dont on ne peut, cependant, pas dire qu’il soit l’une des victimes de ce système.

 

C’est une minorité d’opportunistes qui ont profité de cette situation, au grand dam de l’écrasante majorité des Maliens, qui vivait dans l’extrême précarité. Ces «mangeailles» se déroulaient avec la bénédiction du prince du jour. La boulimie de la poignée des «mercenaires du statu quo», les grands bénéficiaires du système, n’avait d’égale que leur incurie quant au sort de la patrie.

L’impunité aidant, le cancer de la corruption a fini par gangrener l’ensemble du corps social. Cette façon de gérer n’a pas peu contribué à plonger le Mali dans le gouffre. Le réveil n’en fut pas moins dur pour les Maliens devant cette situation pourtant prévisible.

 

Dans un sursaut salutaire – l’instinct de conservation diraient certains – les Maliens ont voté pour sanctionner un système qui a mené le pays droit dans le mur. Et leurs suffrages se sont massivement portés sur IBK, qui semble le moins mauvais leader de l’élite malienne à leurs yeux. En effet, ses détracteurs ont beau le traiter de budgétivore, personne ne connait de casserole au torero de Sébénicoro, s’agissant de la délinquance financière, et il semble faire du respect de la loi la torche qui guidera toutes ses actions dans la gestion de l’Etat.

Il est doux et heureux de mourir pour sa patrie

A l’issue du premier tour de l’élection présidentielle de 2002, plus 500 000 voix furent invalidées injustement à son détriment, comme le reconnaitra plus tard un Président de la Cour Constitutionnelle, qui n’avait pas de mots assez durs pour fustiger la corruption de la justice.

En réaction, IBK a affiché une attitude hautement patriotique, en prônant des messages d’apaisement auprès de ses nombreux partisans, qui attendaient le moindre signal de lui pour en découdre. En agissant ainsi, il nous a évité une crise postélectorale aux conséquences dramatiques.

Il avait laissé entendre, à l’époque, qu’il ne voulait pas que le sang d’un seul Malien soit versé pour que lui, IBK, accède au pouvoir. Comme lui, très peu de cadres maliens peuvent dire à bon escient: «Dulce et decorum est pro patria mori». Traduction: «Il est doux et heureux de mourir pour sa patrie » Par ailleurs, n’a-t-il pas prouvé, sous Alpha, qu’il avait l’étoffe d’un homme d’Etat, en redressant d’un vigoureux coup de barre le bateau Mali, qui tanguait dangereusement sur les eaux profondes des troubles sociopolitiques alimentés par la crise scolaire?

 

Alors, IBK, un Messie pour le Mali? Que non. En tant qu’homme, il a ses parts d’ombre et de lumière. Le moindre de ses péchés mignons n’est pas son inclination pour les fastes, le décorum et tous les signes extérieurs du pouvoir. A l’instar de son ancêtre Sunjata Kéïta, ami et protecteur des griots devant l’Eternel, il est loin d’être insensible aux louanges de ses thuriféraires, venus faire ses éloges aux cris de «Lawalé Simbo».

 

Beaucoup ont encore en mémoire le zèle de ses gardes du corps lorsqu’il était le locataire de la Primature. D’autres ont même déploré son inaccessibilité. Le risque est grand pour lui de se laisser enfermer dans une tour d’ivoire et de se couper ainsi du peuple et de ses réalités. Alors que, classique qu’il est, il devrait savoir que tel Antée, qui reprend ses forces au contact de ses pieds avec le sol, c’est au sein de la plèbe que lui, IBK, devrait retrouver sa vigueur.

 

Qu’il ne se trompe donc pas dans le décryptage du message à lui envoyé à l’occasion du vote du 11 août. La déferlante pro-IBK qu’on a vue à cette occasion n’est, en fait, qu’une lame de fond, symptomatique d’une grande soif du peuple malien, qui aspire à un changement profond dans la façon de gérer le pays, qui a une soif de justice sociale, qui veut rompre avec l’amateurisme et le laxisme au sommet de l’Etat et lutter efficacement contre la pieuvre de la corruption, qui est loin d’être étrangère à la crise sécuritaire et politico-institutionnelle dont le Mali a, à peine, commencé de sortir.

Ce vote va donc au-delà de la personne d’IBK et de son parti, le RPM. Si l’on en croit Me Mohamed Ali Bathily, sur les 39,79 % des voix engrangées au premier tour de la présidentielle par Ibrahim Boubacar Kéïta, 32% lui ont été assurés par les associations, clubs et mouvements de soutien dont il était le Coordinateur.

 

IBK Président sera-t-il égal à IBK Premier ministre? Gageons que le torero de Sébénicoro saura tirer leçon du passé, en mettant beaucoup d’eau dans son vin, surtout s’agissant des considérations concernant l’étiquette. Et le peuple malien saura, de son côté, tirer leçon du coup de Jarnac d’ATT, «le champion du kokajè», en faisant du cinquième Président du Mali un Président encadré par la société civile et l’opposition parlementaire.

«Errare humanum est, perserverare diabolicum», autrement dit «l’erreur est humaine mais persévérer est diabolique». En somme, le peuple malien n’entend plus se laisser tromper sur le compte de ses dirigeants. Il préfère désormais prendre les devants.

 

Yaya Sidibé

Source: 22 Septembre

 

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