Le ministre des Mines, Boubou Cissé, à propos de l’Affaire Kobada : « Force restera à la loi… »Le ministre des Mines, Boubou Cissé, à propos de l’Affaire Kobada : « Force restera à la loi… »

La question des orpailleurs traditionnels constitue un véritable goulot d’étranglement pour les autorités maliennes. La tournure prise par les récents événements de Kobada entre des exploitants artisanaux et les forces de l’ordre, aura été la petite goutte qui a fait déborder le vase. D’où l’occasion pour le ministre des Mines, Boubou Cissé de briser le silence, à travers une conférence de presse, organisée le mercredi dans la salle de conférence de son département.

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La mine serrée et le ton pesant, le patron du département des mines, Boubou Cissé, n’entendait pas faire de cette sortie une séance de conte. Mais plutôt, un compte-rendu détaillé et officiel des tenants et aboutissants de l’incident de Kobada, arrondissement de Kangaba du jeudi 03 juillet dernier, ayant entrainé des morts d’hommes, dont un gendarme, l’adjudant Sékou N’Daw.

L’occasion fut opportune pour le ministre Cissé d’égrener le long chapelet des efforts, concessions et mesures engagés par les autorités maliennes, afin d’assainir le milieu d’affaires du secteur des mines dans notre pays.

« Le Gouvernement veut faire du secteur minier un moteur de développement socio-économique pour créer des emplois et réduire la pauvreté », dira d’emblée le ministre. Avant de rappeler, à titre d’exemple, qu’en 2012 l’or a représenté 80% des recettes d’exportation du Mali et a contribué à hauteur de 8% du PIB. Et d’ajouter qu’avec une production moyenne de 50 tonnes d’or par an, le secteur emploie près de douze mille travailleurs. Pour cela, que la stratégie du gouvernement malien a consisté à attirer les investisseurs miniers privés, cibler les exploitations minières industrielles, semi-mécanisées et l’orpaillage.

Cependant, que la cohabitation entre les mines industrielles et l’orpaillage constitue de nos jours une source de conflits dans les zones minières. «  Les orpailleurs mènent  leur activité sur des titres miniers attribués régulièrement à des compagnies minières », déplore Boubou Cissé. Avant  de s’insurger devant l’état de fait que l’orpaillage qui est supposé avoir un impact direct sur les économies des zones minières se développe de manière informelle et anarchique malgré les dispositions pertinentes prévues par le code minier de 2012.

L’orpaillage, une mine dans les mines !

Que si autrefois les règles d’organisation de cette activité et de vie sur les sites étaient assurées par des institutions de suivi et contrôlées par les dépositaires du droit coutumier (Tombolomas). De nos jours, il s’agit des associations et  groupements qui échappent  aux contrôles des anciennes  bonnes  pratiques. Or, l’exploitation artisanale des substances minérales est régie par les dispositions de la loi N°2012/015 du 27 février 2012 portant Code Minier en République du Mali, lesquelles prévoient essentiellement trois (03) modes d’exploitation des ressources minières: l’exploitation artisanale (traditionnelle ou mécanisée), l’exploitation en petite mine et l’exploitation industrielle.

Aux termes de   cette loi, l’exploitation artisanale traditionnelle des substances minérales est exercée par les détenteurs d’une autorisation d’exploitation artisanale, délivrée par les autorités des Collectivités territoriales suivant l’avis technique de l’Administration chargée des Mines pour une durée n’excédant pas trois (03) ans renouvelable pour des périodes n’excédant pas trois (03) ans jusqu’à l’épuisement des réserves. Que cette autorisation peut être annulée à tout moment. Contrairement à celle portant sur l’exploitation artisanale mécanisée de substances minérales, qui est autorisée par Arrêté du Ministre chargé des Mines. « Cette autorisation confère à son titulaire, dans les limites de son périmètre et jusqu’à une profondeur de quinze (15) mètres, le droit exclusif d’exploiter, selon des méthodes et procédés artisanaux ou mécanisés, les substances pour lesquelles elle est délivrée.  L’exploitant est tenu, cependant, de réhabiliter les sites d’exploitation et de réparer les dommages causés aux tiers », a précisé le ministre des Mines.

Ce qui n’est pas le cas pour les orpailleurs traditionnels, qui aux dires du ministre des mines, ne respectent plus les dispositions réglementaires, défient les autorités et détruisent l’environnement. « Face  au niveau élevé du prix  de l’or, les orpailleurs se focalisent maintenant sur les sites exploités par les sociétés minières avec utilisation des méthodes et des techniques modernes (broyeurs, détecteurs de métaux, minage aux explosifs etc.) et l’usage de produits chimiques toxiques et dangereux (mercure,  cyanure, acides, etc.), sans respect des normes d’hygiène et de sécurité » a renseigné, le ministre Cissé. Avant de s’indigner face au refus catégorique de ceux-ci à s’installer dans les couloirs délimités  par l’Administration minière au prétexte que les dits  couloirs ne contiennent pas beaucoup d’or.

Au-delà, le ministre des Mines a partagé avec les hommes de médias quelques conséquences fâcheuses de ce phénomène. Qui draine non seulement des incidences socio sanitaires (prostitution, SIDA, drogue, alcoolisme…), mais aussi environnementales que juridiques et celles économiques, financières et sécuritaires. Rien que sur le plan sécuritaire, le ministre a rappelé quelques cas d’accidents graves et mortels. Notamment à Bougoudalé (Yanfolila), 4morts ; Loulo (Kénieba), 01 mort et Loulo (Kéniéba), 3morts et 3blessés graves le 25 mai 2012.

Ainsi il ressort de l’analyse de ces accidents que c’est surtout en période hivernale que les effondrements mortels sont les plus fréquents. C’est pour éviter  de telles éventualités funestes que les autorités actuelles ont pris le taureau par les cornes, à travers la mise en œuvre d’un arrêté interministériel N° 2014-1663 MM-MIS-MEEA-MDV du 06 juin 2014 portant l’interdiction de l’Activité de l’Orpaillage pendant l’hivernage. Elle court du 15 mai au 30 octobre de chaque année. Toute chose qui a amené le département des Mines, aux dires de Boubou Cissé, a organisé plusieurs réunions de partage et de sensibilisation avec l’ensemble des parties, dont les organisations de la société civile et les structures faitières.

Que c’est au cours d’une mission de surveillance pour l’applicabilité de cet arrêté, une équipe de patrouille de la gendarmerie a surpris des orpailleurs clandestins, opérant en violation de l’arrêté interministériel à Kobada, arrondissement de kangaba.

« Le Mali ne sera plus le ventre mou pour des révoltes ethniques ! »

Sans faire de tournures, le ministre des Mines lors de cette conférence de presse a fait preuve de désapprobation totale au regard des événements de Kobada.

« Comment pouvez-vous comprendre  que les gendarmes en poste sur le site  soient pris à partie par des individus mal intentionnés qui ont tiré sur eux avec des fusils de chasse, faisant un mort et huit blessés ? », s’est interrogé le ministre Boubou Cissé .

Retraçant le film de l’incident, il dira qu’invités à quitter les lieux, les orpailleurs se sont rebellés contre les agents de la force publique, qui au regard de leur nombre très élevé (un millier) a utilisé des grenades lacrymogènes pour se désengager et rejoindre leur base. Une foule de manifestants hostiles et armés s’est attaquée au détachement composé de 37 gendarmes. Ils ont tiré au fusil de chasse, blessant 9 gendarmes dont un succombera lors de son évacuation sur le centre de santé de Sélingué.

A l’en croire, le bilan matériel est très lourd. En raison du saccage et la destruction des installations de l’unité-pilote, bureaux et stock de combustible de la société d’exploration d’African Gold Group (AGG), entièrement incendiés.

Par la suite, le ministre informera la presse, qu’à l’issue des investigations menées sur le terrain, 56 interpellations ont été faites dont deux pris en flagrant délit d’utilisation de fusil de chasse. Quant aux saisies, elles ont été fructueuses avec 4 motos pompes, 6 manchettes, 2 appareils détecteurs d’or, 20 marteaux et 50 pioches, récupérés.

Contrairement à tout ce qui se dit, le ministre s’est dit serein. Et estime que ces actes de vandalisme ne font que porter un coup fatal au secteur des mines dans notre pays. Décourager les investisseurs et inquiéter les potentiels exploitants étrangers.  «Les échos de cet incident de Kobada sont arrivés jusqu’au niveau de la bourse de Toronto » a indiqué le ministre Cissé. Qui face aux rumeurs et autres menaces véhiculées à travers les médias, dira que : « force restera à la loi ».

Moustapha Diawara

source : tikan

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