Le maire Adama Sangaré au sujet de la gestion du foncier : «Si le ministre des Domaines veut faire les choses de façon légale, qu’il commence par lui-même»

 

adama sangare maire du district bamako

Invité de l’émission «Sans langue de bois» de Chérif-La Télé, le maire du District, Adama Sangaré, a édifié l’opinion publique sur l’assainissement  de la ville de Bamako, notamment l’intervention d’Ozone Mali, les affaires foncières et le projet de Tramway. A l’occasion de cet enregistrement qui a eu lieu le mercredi 16 mars 2016, il a dénoncé le deux poids deux mesures du ministre des Domaines de l’Etat et des Affaires foncières.

Longtemps dénigré par la population au sujet de l’assainissement et de la gestion du foncier, le Maire du District, Adama Sangaré, a profité des micros de Chérif-La Télé pour informer la population du combat qu’il mène pour leur bien-être.

Gestion foncière

Interrogé par les confrères de la télévision sur la démolition des maisons à Souleymanebougou et le déguerpissement des occupants de la zone aéroportuaire, le Maire Sangaré a été on ne peut plus clair: « je pense que le ministre des Domaines et des Affaires foncière devrait d’abord s’atteler à la dévolution des biens. Car la décentralisation va avec la dévolution des biens. Quand la dévolution est faite avec un cadastre bien tenu, tous ces problèmes pourraient être évités. Et quand  on applique la loi, il ne faudrait pas qu’il y ait une loi pour X et une autre pour Y. Les ministres de la République sont autant sujets de droit que les maires. Donc, à ce niveau, il faut faire la lecture       de l’ensemble de la situation. Les questions foncières sont passionnelles. Mais en réalité, ça ne domine pas l’activité au niveau de la ville de Bamako. On peut faire en sorte,  aujourd’hui, que la ville de Bamako,  avec son statut particulier, sorte de la gestion du foncier. Parce que c’est le seul sujet sur lequel le conseil municipal et moi sommes victimes de diffamation et des choses ignobles. Mais, je ne vais pas me rabaisser jusqu’à ce niveau. Concernant la démolition de Souleymanebougou et la zone aéroportuaire, je souhaite que le ministre des Domaines essaie d’appliquer le décret n°99, signé par Alpha Oumar Konaré pour réduire le champ de l’Aéroport. Les personnes qui veulent faire déguerpir les gens doivent être approchés pour savoir  les documents dont ils disposent. En fonction de cela, on saura que le commandant du district de Bamako, en son temps, leur a effectivement délivré les lettres d’attribution pour des champs. Il y a des problèmes, mais il y a une hiérarchisation   au niveau de l’administration qui puisse s’opérer pour que les gens puissent vivre en paix. Mais chaque fois créer  des problèmes au niveau de la ville pour des questions foncières, je ne pense pas que cela soit la ligne de conduite que le Premier ministre a tracée dans sa Déclaration de politique générale. Le ministre des Domaines de l’Etat est un ministre vis-à-vis duquel j’ai beaucoup de respect. Mais je souhaite que s’il veut faire les choses de façon  légale, qu’il commence par lui-même. Le ministre de l’Administration territoriale en son temps l’avait informé que la place du cinquantenaire était gérée  par un décret. Mais cela ne l’a pas empêché de l’attribuer à quelqu’un d’autre par un simple arrêté. Est-ce qu’un décret peut être abrogé par un arrêté ? Jusqu’ici, je ne crois pas. Si la loi est faite pour tout le monde, quelle est la sanction qu’il s’est lui-même infligée ? Est-ce que la loi est faite seulement contre les autorités municipales ? Pour les ministres ? Ou alors, tous les citoyens sont sujets de loi ? Je me pose cette question», a déclaré le Maire du District.

Assainissement

Parlant d’Ozone Mali, le Maire Sangaré admettra que toutes les attentes de la population ne sont pas atteintes. Avant de rappeler que lorsqu’il avait commencé la gestion quotidienne de la ville de Bamako en 2007, au niveau de la Direction  des services urbains de voiries et d’assainissement, il n’y avait pas plus de 6 camions pour l’évacuation des ordures. « Nous avions tenté de faire en sorte que la voirie puisse être restructurée. Mais nous n’avons pas été entendus. Donc, explique-t-il, nous avons démarché les partenaires des villes de Lyon, Bordeau, Paris, d’Anger…, afin de trouver des vieux camions pour débarrasser les dépôts de transit. On a fait ce qu’on a pu. A l’occasion du cinquantenaire, on a pensé que  la solution était trouvée. Qu’on allait avoir les moyens pour faire de la Voirie l’outil dont nous avons besoin pour débarrasser la ville de ses ordures. Il y avait une entreprise américaine, « Vika Technologie », qui avait fait des études pour que les déchets puissent être revalorisés en gaz, en énergie, entre autres. Malheureusement, le projet n’a pas pu voir le jour », a-t-il précisé.

Et de poursuivre : « lorsque, en 2014, l’Etat nous a saisis de cette convention avec cette société marocaine, suite à l’amitié que le Roi du Maroc avait nouée avec le Président Ibrahim Boubacar Keïta, nous avions pensé que c’est une perche tendue qu’il fallait saisir. Pour un départ, le conseil municipal de Bamako a refusé de signer ce partenariat, estimant qu’il fallait restructurer la Voirie. Car la moitié des 9 milliards FCFA du contrat pouvait servir à la restructuration de la Voirie. Mais, par la suite, ces partenaires qui ont une expérience avérée en la matière sont retournés convaincre. C’est ainsi que ce partenariat a été validé». Avant de préciser que c’est une convention qui est cosignée par la ville de Bamako et l’Etat, car la ville n’a pas les moyens de payer 9 milliards à une société en matière d’assainissement. « Nous croulons déjà sous le poids des impayés des GIE qui ont fait en sorte que les Bamakois vivent dans un environnement assaini à un certain moment.

Pour le Maire, Ozone n’a pas encore atteint sa vitesse de croisière. Elle a commencé l’exploitation en février 2015 avec comme premier obstacle le manque de décharge. Il fallait évacuer tous les dépôts de transit qui sont saturés. Dans le cadre du nivellement des voies; ils ont commencé par le nettoyage des grandes artères où il y avait des tonnes de poussière qu’ils ont décantées. Les ordures devraient être déposées à Olympe, en attendant la finition de la décharge de Noumoubougou, prévue dans 6 mois. Mais, ajoute Adama Sangaré, c’est après un an du démarrage des activités de Ozone que ce site est devenu opérationnel. Cela permettra d’évacuer les points noirs (dépôts de transit) avant le sommet Afrique-France. Entre temps, affirme-t-il, «nous avons créé une taxe pour la pré-collecte, afin que les ménages de Bamako contribuent à leur propre assainissement. C’est dans ce cadre qu’on va, ensemble avec l’Etat, parer au paiement des prestations des partenaires marocains ».

Au sujet du choix d’une société marocaine au détriment de celles locales, Adama Sangaré répondra que l’idéale était de confier l’assainissement à une société nationale. Mais, explique-t-il, les Groupements d’intérêt économique, dans le cadre de l’assainissement, ne sont pas assez outillés pour remplacer aujourd’hui Ozone. A titre de rappel, il indique que l’ancien ministre de l’Environnement,  Mohamed Ag Erlaf, avait demandé aux GIE s’ils avaient la capacité de remplacer Ozone. Si oui, il allait résilier le contrat. Pour le Maire, l’assainissement devient une industrie. Lorsque cette société a commencé à travailler, explique-t-il,   pendant près d’un an, son fonctionnement était assuré par les banques marocaines. Il faudrait que nos GIE soient assez outillés et adossés aux banques maliennes pour qu’ils aient la même capacité qu’Ozone. «Si aujourd’hui, il y a une entreprise qui peut faire comme Ozone, il y a de la place pour tout le monde. Car il faut deux sociétés comme Ozone pour que Bamako soit propre comme nous le souhaitons.  Bamako est en chantier, il y a donc de la place pour tout le monde. Ce serait une fierté que des Maliens soient là pour épauler Ozone», a-t-il déclaré. A quoi sert collecter des taxes et les envoyer à l’extérieur, s’interroge-t-il. Il y a des GIE qui, dit-il, travaillent avec le plus grand sérieux. Mais, il y a combien de GIE dont on a résilié le contrat faute de résultats ? Dans la mondialisation, il nous faut plus de professionnalisme.

Revenant sur le travail d’Ozone Mali, Adama Sangaré affirme que, certes, le début de toute chose est difficile, mais  les résultats sont là. « Ensemble, nous devons faire en sorte que cette société puisse atteindre notre objectif : la propreté de la ville.

Plus de 100 milliards FCFA pour la Modernisation de Bamako

A l’issue du Conseil d’administration de l’Agence de développement régionale (ADR), il y a eu des grandes orientations visant à la modernisation de la capitale pour un budget de  100 milliards FCFA. Dans ce cadre, il a été question de doter Bamako d’un Tramway, en partenariat avec le groupe français Alstom. Pour  le maire du District, l’ADR est la volonté du Président de la République afin que les recommandations des états généraux sur la décentralisation soient une réalité. L’objectif est de donner davantage d’autonomie aux collectivités. Et de faire en sorte que la maîtrise d’ouvrage des collectivités soit assurée par elles-mêmes. «Jusqu’ici, nous avons un budget de salaires. Les grands investissements sont faits soit par les investisseurs étrangers ou par l’Etat. Cette agence redonne confiance aux partenaires pour financer la décentralisation. Quand on parle de 100 milliards à l’horizon 2030, on pense que c’est énorme. Mais, dit-il, les projets sont aussi grands. Notamment la mobilité dans la capitale. Une occasion pour lui de saluer le Président IBK pour la mise en œuvre de la régionalisation.

Quid du projet Tramway

Pour lui,  beaucoup de gens pensent que ce projet est un éléphant blanc. Mais le Maire y croit. Car, précise-t-il, après l’échec du projet à la suite des événements de 2012, il est en voie d’être relancé avec le groupe Alstom, mais il reconnait que le projet n’aboutira pas sans le soutien de l’Etat.

Concernant le sommet Afrique-France, il soulignera que nous devons conjuguer nos efforts afin de relever les défis de l’assainissement et de la sécurité.

Oumar KONATE

 

Source : Le Prétoire

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