La République fréquemment endeuillée

Les douze derniers mois n’ont pas été seulement ponctués dans notre pays par des conflits communautaires sanglants et de meurtrières attaques terroristes. L’année a aussi été celle du deuil avec la disparition de nombreuses personnalités ; notamment les anciens présidents de la République que sont les Généraux Moussa Traoré «GMT» et Amadou Toumani Touré (ATT) arrachés l’affection de la nation respectivement le 15 septembre et le 10 novembre 2020. Ironie du destin, les présidents Modibo Kéita, Moussa Traoré et ATT reposent tous aujourd’hui au cimetière de Hamdallaye pour l’éternité.

 

Jamais deux sans trois ! C’est avec stupeur que les Maliens ont appris dans la matinée du 25 décembre 2020 le décès du chef de file de l’opposition des suites de Covid-19 à Paris. Libéré le 9 octobre 2020 après six mois  de captivité  entre les mains de ses ravisseurs du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) d’Iyad Ag Ghali, Soumaïla Cissé a été arraché à la nation au moment où il était plus que jamais sur le point de réaliser son ambition politique : président de la République ! L’opposant a été accompagné à sa dernière demeure le vendredi 1er janvier 2021 par une foule de parents, de militants et de sympathisants et citoyens anonymes qui n’ont cessé de lui rendre un émouvant hommage à l’annonce de son décès et lors de ses obsèques le vendredi 1er janvier 2021. L’opposant légendaire repose désormais aux côtés de ses parents au cimetière de Sogoninko.

A ces personnalités il faut ajouter Pierre Buyoya, ancien président du Burundi et Haut représentant de l’Union africaine au Mali et au Sahel depuis 2012 (il avait démissionné deux semaines avant son décès pour se défendre face à la justice de son pays), décédé le 17 décembre 2020 à Paris (France), à l’âge de 71 ans, des suites de Covid-19. Il repose au cimetière chrétien de Bamako-coura depuis le mardi 29 décembre 2020 conformément au souhait de sa famille.

En 2020, le Mali a également perdu, entre autres, Ibrahim Bocar Bah (président de l’Um-Rda), Amadou Toumani Touré dit Vieux (Ambassadeur du Mali à Tripoli), Cheick Kéita (ancien directeur général des douanes), Mme Togola Marie Jacqueline Nana (ancienne ministre et député), Mamadou Bamou Touré (ancien ministre de l’Education), Maki Koureissi Aguibou  El Oumar Tall (diplomate et notabilité), Lazare Tembely (président de la jeunesse Adema-Pasj), Lamine Ben Barka (ancien Directeur général de l’Agetip), Djibril Naman Kéita (une fierté du Mandé suivie une semaine après de son épouse), Niamé Kéita (ancien député et ancien directeur général de la Police), Ifra Oumar N’Diaye (Contrôleur général de la police à la retraite), Belco Ba (ancien député), Douga Sissoko (frère de Babani Sissoko), Bakoré Sylla (PDG des GGB), Oumarou Tamboura (Directeur exécutif du CNOSM), Cheick Amadou Barry (journaliste sportif à l’ORTM), Mamadou Diakité dit «Doudou» (ancienne gloire du foot), Amara Sylla «AMSYL» (artiste-peintre/designer)…

Les pertes ont été énormes dans les rangs des notabilités et des intellectuels, au sein de la classe politique et dans le milieu des affaires en 2020. Et visiblement, cette série noire est résolue à jouer les prolongations en 2021. L’annonce de la mort de l’ancien Premier ministre et Grand Commis de l’Etat,  Modibo Kéita rappelle tristement que la grande faucheuse ne chôme pas. Et visiblement, la grande faucheuse est déterminée à endeuiller la République le 2 janvier dernier elle a encore frappé avec la disparition de l’ancien. Il est décédé à 78 ans au Maroc où il séjournait pour un contrôle médical car sa santé s’était beaucoup dégradée ces dernières années. Ancien ministre des Affaires étrangères en 1987, Modibo Kéita a occupé 2 fois le poste de PM en 2002 (de mars à juin) avec feu Amadou Toumani Touré dit ATT, puis sous Ibrahim Boubacar Kéita dit IBK de 2015 à 2017. Le Mali perd un cadre compétent et exigeant, un commis de l’Etat qui aimait le pays.

Des disparitions qui ont généralement suscité un fabuleux élan de solidarité qui a vu les Maliens rendre hommage aux défunts et les accompagner à leurs dernières demeures dans la totale communion. Malheureusement, comme l’a déploré une jeune intellectuelle du pays, «nous sommes solidaires en tout malheur, mais jamais solidaires pour construire le pays» ! Ce qui est vraiment dommage !

Hamady Tamba

Source : Le Matin

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