La réplique du groupe vrd a la DGP du PM : » Votre DPG n’apporte pas de solutions véritables et viables aux préoccupations des Maliens

Non convaincu de la pertinence de la DPG du PM à répondre aux aspirations profondes des Maliennes et des Maliens, le Groupe VRD n’est pas passé par quatre chemins. Il en a clairement décrié les incohérences et les insuffisances. Lisez plutôt ladite déclaration.
Déclaration du Groupe VRD sur son explication de vote (Déclaration de Politique Générale de Modibo Keita)

Honorable Mody nDiaye depute assemblee nationale groupe Vigilance Républicaine Démocratique vrdMonsieur le Président
Honorables députés,
Permettez-moi à mon tour, au nom du groupe Vigilance Républicaine et Démocratique (VRD) de vous saluer, M. le Premier Ministre et l’ensemble de votre gouvernement. Nous apprécions votre humilité votre sens élevé de l’Etat et votre qualité d’homme de dialogue.
Mr le Président,
Le mois dernier, la Méditerranée a impitoyablement englouti, une fois de plus, des milliers d’Africains, dont tant de jeunes dans la fleur de l’âge. Parmi eux, des centaines de nos compatriotes maliens qui refusent que la pauvreté soit une fatalité, et que la faim, la misère et les agressions violentes soient leur lot quotidien. Ils ont cru aux promesses d’un avenir meilleur sur d’autres rives parce que notre pays, et plus que jamais son actuel gouvernement, n’ont pu leur offrir la moindre perspective d’un avenir simplement décent.
Cette situation nous interpelle gravement et je vous demande très humblement en leur mémoire et en communion avec toutes nos familles endeuillées, de nous lever et de méditer en silence.
MERCI
Au terme de ces longues heures de débats autour de votre déclaration de politique générale, nous nous interrogeons.
Monsieur le Premier ministre,
Allez-vous consolider nos institutions, garantes de notre Constitution et bâtir une société fondée sur le travail, l’équité et la justice ?
La Réponse est malheureusement NON !
En effet, vous annoncez que le Gouvernement va procéder à la révision constitutionnelle, une question qu’il ne peut pas porter car ne relevant pas de sa compétence selon la loi fondamentale.
La démocratie, c’est d’abord (mais pas seulement) des élections libres et transparentes. Vous n’indiquez aucune mesure pour l’amélioration des consultations électorales dans notre pays. La découverte récente d’environ 900 000 cartes NINA fictives par le BVG est une nouvelle insulte citoyenne et républicaine. Cette coupable révélation indique l’ampleur du chantier d’assainissement du fichier électoral pour lequel vous n’annoncez  aucune réforme.
Votre déclaration ne s’engage nulle part à bâtir une administration moderne, impartiale et proche des citoyens.
La corruption florissante, au contraire de l’emploi qui s’assèche, a atteint des proportions inquiétantes et dans tous les domaines et les atteintes graves au droit du travailleur sont devenues monnaie courante avec des relèves de cadres et d’agents dans tous les secteurs pour seul motif politique. Cette cruelle réalité ne fait malheureusement pas l’objet de dispositions vigoureuses et rigoureuses à mettre en œuvre par le Gouvernement pour éradiquer ce fléau.
Au cours du processus d’Alger, aucun document issu des négociations n’a fait l’objet de discussion et de concertation à l’Assemblée Nationale, empêchant par conséquence l’institution parlementaire d’exercer son contrôle. Vous avez ainsi affaibli le parlement. Les accords sont systématiquement modifiés dès que la CMA ou la médiation l’exigent. Vous avez aussi affaibli notre pays par ce que vous avez échoué à faire examiner par les autres protagonistes vos 12 pages de réserves.
M. Le Premier ministre, dans le contexte actuel d’insécurité généralisée dans le pays, la modernisation de nos forces de défense et de sécurité est d’une urgence extrême ! Que constatons-nous ? Dans votre DPG, vous en êtes au stade d’appel à constitution d’un fonds de soutien à ces forces et à la réflexion sur d’autres sources alternatives.
C’est pourquoi, il est souhaitable, entre autres dépenses somptuaires, de différer la construction du projet de pavillon présidentiel à l’aéroport prévu pour 8 milliards de F CFA et d’affecter ce montant à l’équipement de la  Sécurité.
Monsieur le Premier ministre,
Allez-vous bâtir une société civile responsable et engagée ?
La Réponse est encore malheureusement NON !
Au Mali, la presse est considérée comme le précurseur de la lutte pour la liberté d’expression. Pourtant vous ignorez complètement la presse dans votre DPG. Pas une seule mention sur l’aide publique à la presse dont le montant a été curieusement revu à la baisse (de 200 à moins de 100 millions FCFA).
Les Maliens de l’extérieur doivent avoir un accès plus facile et efficace à nos consulats de proximité et être traités avec respect et reconnaissance dans leur pays d’accueil. Vous n’avez prévu aucune action dans ce sens.
Monsieur le Premier ministre,
Allez-vous travailler à la croissance d’une économie compétitive et d’un développement durable et juste ?
La Réponse est toujours malheureusement NON !
Vous souhaitez améliorer les conditions de vie et d’existence des populations, ce qui est fort louable, mais n’est-ce pas votre mission première ? Cependant il faut une croissance économique d’au moins 7% par an pour espérer faire face, dans un climat social apaisé, aux charges découlant de l’évolution démographique. Avec une croissance économique moyenne de 5%, comme vous le préconisez et un taux de croissance démographique de 3%, il faudra 40 ans pour parvenir à un doublement du PIB réel par tête ! Sombre et désespérante perspective pour notre peuple.
L’économie malienne a des atouts : le coton, l’élevage, l’or, le riz, le tourisme, etc. La Déclaration n’évoque aucune stratégie sur la filière coton textile que vous ignorez superbement. Notre économie a besoin de  soutien pour son secteur secondaire.
Concernant les finances publiques, le Gouvernement ne mesure apparemment pas l’urgence de la mise en œuvre du processus devant aboutir à la mise en place de la budgétisation par programmes, indispensable pour améliorer la transparence et l’efficacité budgétaire.
Dans le domaine de la modernisation de l’Agriculture, la promesse présidentielle d’affecter 15% à ce secteur n’est pas encore effective et la Déclaration ne fait aucune évocation des 1 000 tracteurs subventionnés promis par le Président de la République aux paysans.
Les projets annoncés dans la Déclaration sont au stade de la recherche de financement et aucun délai prévisionnel n’est indiqué.
Pour un pays enclavé et vaste comme le notre, aucune mesure de renforcement des capacités des transporteurs et de promotion du transport aérien domestique n’a été prévue.
Monsieur le Premier ministre,
Allez-vous fournir aux populations des services sociaux à la mesure de leurs attentes et de leurs besoins ?
La Réponse est désespérément NON !
Concernant l’éducation, aucune reforme n’est  annoncée pour l’amélioration de la qualité dans chacun des ordres  d’enseignement et pas un mot sur les écoles communautaires dont la transformation en école publique doit être effective et sans délai.
Aucune assurance n’a été donnée sur la tenue de la promesse présidentielle des 50.000 logements sociaux d’ici 2018 au regard du rythme de lancement à ce jour de 6000 logements.
En ce qui concerne l’accès des populations à l’eau potable et pour respecter les objectifs de réduction de la pauvreté de moitié, il faudrait 4500 points d’eau modernes par an contre les 500 que vous préconisez à l’horizon 2018.
Monsieur le Premier ministre,
Allez-vous faire de la jeunesse et des femmes de véritables atouts pour l’avenir ?
La Réponse est encore et toujours désespérément NON !
La politique de promotion des femmes telle qu’évoquée ne constitue en réalité que de simples incantations quand on constate que votre gouvernement ne compte que 3 femmes sur 30 ministres.
Le Gouvernement ne fait aucune référence au niveau actuel du chômage et les mesures pour sa réduction, et ne fait aucune proposition concrète sur la relance des secteurs qui créent des emplois permanents à revenus décents.
Monsieur le Premier ministre, vous avez fait le choix de présenter une Déclaration de politique générale s’inscrivant dans la continuité. Cette option frileuse est assurément en déphasage avec l’espoir de changement que les populations espèrent depuis les désillusions des premiers mois du régime actuel.
Aujourd’hui la Nation est meurtrie, la République fragilisée, la démocratie fracturée.
Les Maliens se sentent humiliés, indignement traités et trahis. Ils subissent un quotidien insoutenable.
Votre Déclaration de Politique Générale n’apporte pas de solutions véritables et viables aux préoccupations des Maliens.
Votre Déclaration ne convainc donc pas, ne crée pas l’espoir, ne mobilise pas les énergies et ne fait pas appel au génie créateur de notre peuple, à son histoire et à sa culture.
Elle manque d’ambition, elle manque d’audace, elle manque d’initiatives.
Elle n’ouvre aucune perspective crédible à notre jeunesse, l’avenir de notre nation. Une jeunesse à laquelle nous nous devons de rappeler et faire fructifier ses « racines » (notre culture, notre histoire, nos valeurs) et de donner des « ailes » (l’accès à la technologie et au savoir universel). Le Groupe VRD conclut que la présente DPG n’assure nullement la prise en charge des préoccupations légitimes de nos populations.
Oui, Monsieur le Premier Ministre, nous aimons, chérissons et défendons notre pays.
Vous comprendrez aisément Mr le Premier Ministre que le changement attendu par notre peuple n’est manifestement pas votre priorité pour aujourd’hui ! C’est pourquoi le groupe Vigilance Républicaine et Démocratique n’accordera pas sa confiance à la présente déclaration de politique générale.
Je vous remercie.
Bamako le 11 juin 2015

 

Source: Zénith Balé

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