La diplomatie du désaveu et le crédit de la République

Quand l’ancienne puissance colonisatrice tousse, c’est l’épidémie de grippe en Afrique. Le dernier épisode des relations entre notre pays et la France, devenues épidermiques, les manifestations d’humeur contre la présence militaire française, en est une illustration. Invité au Sénat française avec ses homologues du G5 pour un échange dans la suite logique du sommet de Pau, l’ambassadeur du Mali n’a pas eu le propos heureux, adroite et diplomatique, s’agissant des Légionnaires français. L’incident qui couvait éclate.

 

La sortie malheureuse pour beaucoup de Toumani Djmé DIALLO devient donc du pain béni pour Patrie de la liberté et des droits de l’homme, très allergique, depuis un moment, aux critiques et manifestations contre sa présence en Afrique (liberté d’opinion, d’expression et de manifestation). Le diplomate malien est crucifié en 24 heures. Lynché par les médias français et leurs relais bamakois, l’ambassadeur DIALLO est sommé de rentrer au pays après avoir été copieusement désavoué par les plus hautes autorités. On est même allé jusqu’à le présenter comme un vieux sénile qui ne jouit plus de ses facultés mentales…

La raison d’État ne s’expliquant pas et ne se justifiant pas, faut-il  commenter le rappel de notre ambassadeur ? La décision est souveraine, et engage tous les Maliens. Pour beaucoup de Maliens, c’est moins le message (la décision) que son porteur qui pose problème. Quelle légitimité et quel crédit a, aux yeux d’une grande puissance diplomatique comme la France, un chef de la diplomatique malienne qui sort à peine lui-même d’un cinglant désaveu ?

Qui ne se rappelle pas, en effet, du ton péremptoire avec lequel Tiébilé DRAME s’est permis de recadrer et de désavouer l’ancien Chef d’Etat, Dioncounda TRAORE, HAUT Représentant du Président de la République pour les Régions du Centre qui avait annoncé l’option arrêtée de négocier avec les djihadistes maliens, notamment Iyad Ag Ghaly et Amadou Kouffa ? Moins d’un mois après, l’imprudent chef de la diplomatie malienne sera à son tour recadré, désavoué et mis dans ses petits souliers d’ancien « petit monsieur » par le patron, le Président IBK qui annonce sur France 24 le choix du Mali de nouer le dialogue avec Iyad Ag Ghaly et Amadou Kouffa conformément aux recommandations du Dialogue National Inclusif !

À ceux qui se délectent de l’incident diplomatique et avancent que SE Toumani Djimé DIALLO n’a plus de crédit nécessaire pour représenter le Mali en France, se sont-ils penchés sur celui de Tiébilé DRAME à porter la parole du Mali sur les sujets d’importance majeure ?

À moins qu’option ait été prise pour une diplomatique de désaveu et de zigzag sur ces questions-là, notre pays gagnerait à repenser sa copie quant à ses choix diplomatiques stratégiques et aux hommes et femmes chargés de conduire ses relations avec les grandes puissances dont il dépend toujours dangereusement. Hélas !

PAR BERTIN DAKOUO

INFO-MATIN

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