Irganda, nouveau mouvement communautaire

Un énième mouvement est né le 21 mai dernier : Irganda, signifie « notre terre » ou « terroir » en songhaï.

Ousmane Issoufi Maiga ancien premier ministre pm mali

Il entend représenter les groupes sociaux et les communautés de culture songhoy, sédentaires, majoritaires dans le septentrion malien (environ 80%), contre la domination des mouvements arabo-touaregs, et œuvrer pour le développement du nord du Mali. Si les motivations générales du mouvement fédèrent, certains redoutent que s’y dissimulent des objectifs plus politiques.

Créé à Gao sous l’impulsion de l’ancien Premier ministre, Ousmane Issoufi Maïga, Irganda a suscité une forte adhésion des communautés songhoy et a réussi a fédéré, rien que pour la cité des Askia, plus de 7 000 membres. « Le mouvement Irganda est composé par les sédentaires. Nous voulons montrer à l’opinion internationale que nous sommes majoritaires au nord et qu’une minorité tente de devenir majoritaire grâce à sa communication et surtout parce qu’ils ont pris les armes », explique Aboubacrine Abdoulaye Maïga, chargé des relations extérieures du mouvement. Visée, sans la mentionner, la main-mise des mouvements arabo-touaregs comme la CMA, qui cherche toujours, depuis la signature de l’accord de paix, à faire reconnaître l’Azawad comme une entité administrative et politique.

Le mouvement peut compter sur le soutien de la communauté songhoy, influente au sein de l’appareil d’État, de cadres et de chefs d’entreprises. Mais même si pour la plupart, les motivations générales du mouvement séduisent, certains s’interrogent sur la création de ce mouvement aujourd’hui et pas avant la signature de l’accord. « On avait compris que l’accord c’était pour nous tous, mais on a vu que dans son application, ce n’est pas le cas. Une communauté est favorisée par rapport à une autre, alors que nous vivons dans le même terroir », justifie Aboubacrine Maïga, qui souhaite que le mouvement soit pris en compte dans l’accord de paix.

Des motivations politiques ? Néanmoins, certains hésitent encore à intégrer Irganda, « ce mouvement parle aussi du développement et de la sécurité dans le Nord, mais ils n’ont rien fait en 2012-2013 pour les réfugiés, alors qu’ils ont des millions en banque. Ces gens-là se cachaient à l’époque. À quelle fin veulent-ils créer le mouvement Irganda ? s’exclame ce commerçant de Gao. D’autres redoutent une récupération à des fins politiques du mouvement en vue des élections. « On se pose la question, parce qu’Ousmane Issoufi Maïga est en train de faire campagne pour Soumaïla Cissé. Il pourrait profiter de ce nouveau mouvement pour avoir un poids considérable lors des élections de 2018. C’est arrivé dans le passé avec Malick Alhousseini Maïga, qui nous avait rassemblé en 2012 pour créer la Coordination des Ressortissants du Nord (COREN), mais à la fin il cherchait tout simplement un poste politique et quand il l’a obtenu, tout le monde a été écarté. Nous connaissions trop nos politiciens et on se méfie. », objecte Oumar Alassane Touré, du réseau des patriotes du Nord.

Une collusion avec le politique fermement battue en brèche par Aboubacrine Maïga. « Irganda est apolitique. Nous ne sommes pas en train de faire campagne pour Soumaïla Cissé, ni pour IBK. Pour créer Irganda, nous avons mis la main à la poche. On n’a rien demandé au gouvernement, ni à un parti politique. On est toujours resté derrière l’État qui n’a jamais joué son rôle. Nous, nous défendons le territoire d’abord », soutient-il. Une affirmation qui ne manquera pas d’être vérifiée par les sceptiques et les détracteurs de ce nouveau mouvement, dans le futur. « Si le mouvement Irganda, fort de son chef et de ses soutiens, veut faire bouger les choses, ils pourra y parvenir s’il n’a pas d’autre agenda », conclut Oumar Alassane Touré.

 

Source: journaldumali

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