Interview exclusive de l’ancien Président de l’Assemblée nationale : -Les réponses du Pr Ali Nouhoum aux « émissaires de Hamadoun Kouffa » -« Nous sommes devenus un marché intérieur algérien »

Dans une interview exclusive qu’il a bien voulu nous accordée, l’ancien Président de l’Assemble nationale du Mali et du Parlement de la CEDEAO, Pr Ali Nouhoum Diallo, un des présidents d’honneur de l’ADEMA/PASJ et une des personnalités emblématiques du Pulaaku, nous livre les réponses qu’il a données aux « émissaires de Hamadoun Kouffa », venus le voir pour tenter de le mettre en contact avec cet influent prêcheur de la région de Mopti et une partie de Ségou. Il aborde également les causes profondes de la crise malienne et commente la décision du Président de la République de surseoir à l’organisation de son référendum. Lisez plutôt.

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 La Lettre du Peuple : Professeur, confirmez –vous que « les émissaires » de Hamadoun Kouffa sont venus voir ici à la maison ?

Pr Ali Nouhoum Diallo : Je ne sais pas si ce sont des gens d’Hamadoun Kouffa mais des jeunes gens sont venus ici dont un j’ai retenu son prénom et son nom. Son nom, c’est Ali Kelly. Les autres je n’ai retenu que les noms de familles. Un Sow, un Bah et un Diallo. Donc, ils étaient quatre. Dans les temps qui courent, avec les problèmes auxquels ils sont confrontés, on a toute sorte de jeunes du Pulaaku, de culture Peul. Même si ethnologiquement, sur le plan anthropologique, ce sont des Bamanans, des Bozos, des Dogons, des Sonrhaï. Tout ce monde, nous le qualifions d’appartenance au Pulaaku, à la culture, à la façon d’être, à la façon de vivre des Peuls. Donc, la situation du monde du Pulaaku aujourd’hui et les terroirs où ils vivent qui ont été occupés amène beaucoup de jeunes gens à vouloir en profiter pour pouvoir trouver un emploi, qui dans l’armée, qui dans la gendarmerie, qui dans le corps des gardes, qui dans la police, qui dans la fonction publique, sans concours. Donc, forcement s’il y a une figure du monde Peul qui leur apparait comme susceptible d’avoir de l’influence et de pouvoir faire leur promotion, ils viennent à cette figure. Ils se présentent comme ils pensent qu’ils pourront intéresser cette figure. C’est comme cela que je perçois beaucoup de visites à la maison ici. Donc, ils sont venus, ces jeunes gens dire : « Professeur, Président, Tonton, Papi, selon le vocabulaire de chacun, nous nous sommes en mesure de vous mettre en accord avec Hamadoun Kouffa. Hamadoun Kouffa serait prêt à discuter avec vous. Mais son problème c’est que même si vous vous mettez d’accord sur un point et que vous arrivez à convaincre même le Chef de l’Etat de ce dont vous avez convenu tant que la France ne sera pas d’accord ce dont vous avez convenu ne pourra pas être exécuté ». C’est pour cela que pour Hamadoun Kouffa, la condition d’ouverture d’un dialogue, c’est que Barkhane et la Minusma ne soient plus au Mali. En ce moment là, il peut être sûr qu’il parle à un homme d’Etat libre, libre de sa parole et ses actions.

Quand j’ai écouté tous les commentaires autour de cette parole centrale, je dis bon, vous vous pouvez voir Hamadoun Kouffa ? Ils disent oui. Je dis, allez lui dire, moi aussi je me pose la question suivante, plus une autre, plus une troisième: je discute avec lui, nous tombons d’accord, j’arrive à convaincre le Chef de l’Etat de ce dont nous avons convenu, est-ce que si Iyad Ag Aghali n’est pas d’accord, cela pourra s’appliquer ? Deuxième question : s’il arrive à faire en sorte que je rencontre Iyad ou moi-même par mes propres moyens, je rencontre Iyad, je me mets d’accord avec lui sur la solution au problème du moment du Mali, je convaincs le Chef de l’Etat que cela est la solution, est-ce que si Moctar Bel Moctar n’est pas d’accord, la décision que nous avons prise ensemble pourra être appliquée ? Est-ce que si la nébuleuse Al Qaïda et Daesh ne sont pas, elle pourra s’appliquer ? Si une puissance comme l’Algérie n’est pas d’accord, est-ce que la décision pourra être appliquée ? Dernière question : le constat que je fais à partir de vos propos est que lui, Hamadoun Kouffa, Iyad Ag Aghali, nous considèrent, nous les intellectuels qui sont ici autour d’IBK, comme les esclaves de l’occident. Dites leur, moi aussi que, je les considère comme les esclaves de l’orient ou d’un certain orient, les esclaves de Moctar Bel Moctar, les esclaves de la nébuleuse Al Qaïda, de Daesh et plus proche de l’Algérie, les protégés de l’Algérie. Dès lors la question la suivante : est-ce que les esclaves maliens de l’occident et de l’orient ne peuvent pas, prenant conscience de leur statut d’esclaves, se réunir et examiner, que faire pour se libérer de leurs différents maitres occidentaux et orientaux ? Se libérant, dans un combat commun, ils vont se connaitre. C’est sûr qu’ils vont apprendre à ce moment là à définir quelle est la meilleure organisation du Mali pour que le vivre ensemble que nous connaissions puisse restaurer. S’il est vrai que vous vous êtes en mesure de rentrer en rapport avec ceux là au nom desquels vous venez parler ici, allez les voir et si vous m’amenez les réponses, en ce moment là, on examinera comment je peux me déplacer pour aller rencontrer toutes les personnalités au nom desquels vous prétendez parler. Ils sont partis, je ne les ai jamais revus.

Entre temps, le Général de police Diagouraga, Haut représentant du Président de la République que je connais pour son patriotisme, pour son immense expérience, pour son expertise, pour sa détermination à trouver des solutions aux problèmes de ce pays, a réuni un certain de cadres du Pulaaku, pendant au moins trois semaines à faire définir des termes de référence d’une rencontre à Mopti pour trouver les voix et moyens de faire cesser de  couler le sang dans cette région et dans les régions plus à l’Est. Tout était vraiment prêt. La liste même des participants avait été déterminée, remise au Général. Peut être même certains responsables du Pulaaku qui ont participé à ces jours de réflexion, s’étaient mêmes rendus à Mopti pour accueillir les hommes et les femmes dont ils avaient donné les noms comme personnes ressources susceptibles de nous faire une destruction exacte de la situation d’une grande partie de la 4e, d’une partie de la 5e région et même une partie de la région de Gao et de Tombouctou. Ils s’étaient rendus sur les lieux, tout d’un coup, on leur dit la rencontre n’aura pas lieu. Nous apprenons que certains ministres dénient au Haut représentant la compétence de faire une réunion de ce genre, d‘entreprendre un tel travail. Alors que pour nous, Haut représentant du Président de la République, il ne répond que devant le Président de la République et pas devant des ministres. Il semblerait que les ministres ont réussi à bloquer. Et ça a été annulé.

Un jour j’ai vu arrivé ici une haute personnalité de la Sécurité d’Etat du Mali pour me dire que réellement, après analyse de la situation, eux chargés de la sécurité de l’Etat malien, ils sont arrivés à la conclusion que le report de cette rencontre n’a pas été heureux et qu’il faudrait que nous nous résolvons à reprendre notre bâton de pèlerins, de berger, de pasteur, pour pouvoir se préparer et aller effectivement à Mopti. J’ai dit que moi je n’ai aucun problème. Hier comme aujourd’hui,  honnêtement, à part avoir à manger, avoir où dormir, ne pas marcher nu, je ne cherche pas grande chose dans ce bas monde.  Si vous dites qu’on peut y aller, on va y aller. Nous sommes allés à Mopti. Il y avait au moins 180 participants. La salle de réunion du gouvernorat de Mopti était archi comble. J’ai retenu deux interventions essentielles, qui étaient pratiquement celles faites par les quatre qui disaient être en mesure de me mettre en rapport avec Hamadoun Kouffa. Le premier c’est un certain Ibrahima Cissé de Sofara, qui dit qu’il est même un condisciple de Hamadoun Kouffa. Il commence à faire les éloges de Hamadoun Kouffa, en disant que c’est un homme de droit, intègre, qui aime la vérité, qui n’a pas peur qu’on lui dise la vérité. Selon lui, Hamadoun Kouffa, depuis, peut être Sekou Amadou, il n’y a pas encore quelqu’un qui l’égale, en matière de prêche, de capacité d’expliquer aux hommes ce que c’est le Coran, les hadiths. La salle a bouillonné. Mais on dit : « on n’est pas là pour ça. On n’est pas pour Hamadoun Kouffa ». J’ai eu la chance, je présidais la rencontre à cause de mon âge. Je dis justement, on est là pour ça. On est là pour entendre quels sont les facteurs bloquants du processus vers la paix. Quelles sont les solutions ? Si on est en train de nous parler d’une des personnalités, qui, de l’avis de beaucoup d’entre nous, est celle là qui nous empêche d’aller vers la paix, il n’y a pas de raison qu’on ne puisse écouter quelqu’un qui est en train de nous dire qu’il peut nous parler de cette personne. Et peut être qu’il pourra nous dire que faut-il faire pour rencontrer cette personnalité ?

La salle s’est tue et il a pu continuer son intervention. Quand je me suis rendu compte qu’il est dans la prêche, là, je l’ai arrêté. Je lui ai dit que j’ai entendu et écouté religieusement ce qu’il a dit. Si Hamadoun Kouffa est ce que tu viens de dire, va lui que moi Ali Nouhoum Diallo, je suis prêt à le rencontrer. Parce que, moi aussi, s’il y a une chose que je déteste dans la vie c’est le mensonge. Peut être que nous pourrons nous entendre parlant du Mali. Il y a eu un autre qui a pris la parole, entre autres. Il s’appelle Bamoye Coulibaly. Il a dit je suis de Djenné. Hamadoun Kouffa a fait ses études à Djenné. Il connait une personnalité très âgée de Djenné    aujourd’hui, à qui Hamadoun Kouffa rendait visite. Et que s’il me met en rapport avec cette personnalité, je comprendrais beaucoup de chose de Hamadoun Kouffa. Et il y a des chances que je le rencontre. Il dit pour le reste, il me verra. On va parler concrètement. Tous les deux, ils disent tout haut : si le gouverneur dit ici qu’il gère la 5e région, il l’a dit pour plaire aux ministres, sinon il n’a pas dit la réalité. La 5e région aujourd’hui et une partie de la 4e région sont gérées par Hamadoun Kouffa. Ils l’affirment ici. Advienne que pourra. Voilà exactement ce qui s’est passé. Ibrahima Cissé est venu jusqu’ici. Il s’est assis là où tu es assis en ce moment. Il est revenu sur son intervention à Mopti. Je lui ai si ce que tu dis est vrai, retourne voir Hamadoun Kouffa avec les mêmes questionnements que j’avais faits aux quatre qui sont venus me voir.

Il est parti. Entre temps, j’ai été soigné mes yeux. A mon retour, Ibrahim Cissé est revenu. J’ai dit alors : as-tu vu Hamadoun Kouffa ? Il dit honnêtement non. Mais il m’a fait dire, maintenant, ce n’est plus la peine d’aller le voir, lui. Il vaut mieux aller voir directement Iyad. Je lui ai dit : Ibrahim ce que je craignais commence. C’est toi qui vas, c’est toi qui viens. Tu me dis tantôt tchou, tantôt tcha. Tu me disais que tu pouvais nous mettre en rapport. Tu me dis maintenant d’aller voir directement Iyad. Retournes voir Hamadoun Kouffa et fais en sorte que j’entende cela de sa bouche. Fais en sorte que je le vois et que ce soit lui qui dise que je dépends d’Iyad. Parce que ce n’est pas établis que forcement il y a des liens entre eux. Il faut que je sache quelle est la réalité des choses. Ibrahim est parti. Hier (interview réalisée le dimanche 20 août) pendant que j’étais parti à l’événement organisé par une association dite de la  jeunesse intellectuelle  du Mali, dont l’animateur semble être un certain Moussa Diarra, basé en Algérie et puis  Clément Dembélé. Manifestement, c’est une jeunesse que ces deux là coiffent. Une voix m’appelle au téléphone et me dit je cherche le professeur Ali Nouhoum Diallo. Je sors de la salle, et il me dit qu’il y a un certain Bra Cissé de Kaka, nom traditionnel de Sofara, qui est venu et qui a dit un certain nombre de choses. Nous voulons savoir si effectivement tu connais Bra Cissé de Kaka. Je lui ai dis que j’ai rencontré un certain Ibrahim Cissé à Mopti et qui est venu deux fois chez moi. Et la deuxième fois c’est moi qui lui dit tant qu’il ne me mettrait pas en rapport avec Kouffa, je ne croirais pas. Il me dit, c’est vraiment vous qui l’avez envoyé. Je lui ai di, en tout cas, j’ai envoyé un certains Ibrahima Cissé de Sofara. J’ai dis au monsieur au téléphone que c’est moi qui ai dit Ibrahim Cissé d’aller voir Amadou Koufa. On a bavardé un peu. J’ai du m’absenter de la salle au moins une demie heure. Finalement, il m’a dit qu’il est un talibé.

J’avoue que j’ai douté si je n’étais même pas en train de parler avec Hamadoun KouffaMais il me disait seulement qu’il est Barry. Entre les gens de Guimbala et les gens de Kounari, il y a un cousinage fort. Je lui dis que je ne suis pas de Guimbala. Je suis de Kourarou. Alors, il dit qu’il voulait s’assurer que c’est moi. Le fait qu’il m’a fait parler pendant 30 minutes, j’ai compris qu’il voudrait s’assurer que c’est effectivement ma voix. Maintenant, moi j’attends le retour de cet Ibrahim.

Concernant le Coulibaly, ce dernier aussi m’a appelé à mon retour, le jour où je rentrai de Mopti. C’est quand je suis arrivé au niveau de Djenné qu’il a appelé. J’étais avec Hassane Barry.  Il dit c’est Bamoye Coulibaly. J’ai dit Bamoye, me parler sur téléphone, ce n’est pas toujours prudent. Toute ma vie, j’ai été sur écoute. Même quand j’étais aux affaires. Je préfère qu’on s’assoie et qu’on parle. Il m’incitait à venir à Djenné et à voir le vieux Koné. Une première fois déjà, on n’avait programmé aussi une rencontre similaire à Mopti, mais tenue à Ségou pour cette fois-ci examiner  les rapports entre les peuls et les bamanas, les bozos, dans le Macina géographique. Parce que le Macina géographique prend aussi une partie de Ségou, Diabaly et tout ça. Le Macina historique, c’est le Macina de la dinna qui va jusqu’à Tombouctou, les gabero.  Cette réunion de Ségou à elle aussi été reportée plusieurs fois. Maintenant, on dit qu’elle se tiendra les 7et 8 septembre 2017. Si Bamoye me téléphone, c’est peut être dans ce sens là. Je lui ai fait savoir de dire à la personne âgée dont il parle, qu’on se rencontre à Ségou, on la mettra sur la liste des participants, même si elle doit venir témoigner une fois et puis partir. C’est une chose possible. Dans ce cas, je pourrai le trouver dans son hôtel, on va s’entretenir, définir les conditions. Bamoye m’a dit honnêtement qu’il ne promet pas que ce patriarche va vouloir sortir de chez lui, parce qu’il est très âgé. Je lui ai dis : il a plus de 80 ans ? Moi j’ai 80 ans aussi. Il me dit que ça l’étonnerait  que ce vieux accepte de sortir. Je lui dis que pour le Mali, je vais venir. J’ai dis qu’on va trouver le moyen de venir.

Si je résume, jamais, je n’ai reçu une lettre ou un acte qui prouve que c’est des émissaires de Hamadoun Kouffa ou d’Iyad. Ce sont des jeunes gens qui viennent dire qu’ils sont à mesure de me mettre en rapport avec Hamadoun Kouffa ou d’Iyad. Quand je teste, les quatre premiers ont disparu. Je ne les ai plus jamais revus. Les deux autres continuent les contacts. Ibrahim est même venu ici deux fois. Pour moi,  cette histoire de Hamadoun Kouffa selon laquelle il ne  parlera qu’à Ali Nouhoum Diallo, est une invention. Je me demande même si l’invention n’est pas politiquement fabriquée. Hier au débat, pendant que j’étais en train d’expliquer à Abdoulaye Niang, un bon petit-frère de Djoko ni Maaya, ce qui s’est passé à Mopti. À la table au panel, il me dit justement dans le cadre de la décentralisation approfondie, on n’a qu’à  donner la présidence de la région de  Mopti à Hamadoun Kouffa. Je lui dis que je ne parle pas dans cette direction. Cela n’est pas la mienne. Je suis fondamentalement un laïc. Si cela devait arriver, c’est le Peuple souverain de la 5ème région ou de toutes les zones dont on lui confiera la gestion d’en décider.  Je ne suis pas dans ça. Tout à coup, Niang dit que je me contredis. Je lui ai dit qu’on ne plaisante pas avec des choses sérieuses. Je ne suis pas dans les affaires du Mali pour blaguer comme vous qui cherchez des places. Moi, je cherche à résoudre les problèmes du Mali. On ne blague pas avec le fait de confier la gestion de la 5ème région à Kouffa.  Niang a compris et il s’est tu. Je n’ai jamais dis de confier la gestion de la 5ème région à Amadou Koufa. Mais qu’il le contrôle aujourd’hui, ce sont des personnes qui l’ont affirmé solennellement et devant les autorités. La situation étant ça, ce qui m’inquiète le plus, c’est que toutes ces crises identitaires montrent le désarroi des Maliens. Les massacres principalement d’une composante importante du Mali, les peuls, semblent laisser indifférents les acteurs de la vie politiques.  Et ces mêmes acteurs s’étonnent que des cadres émérites du Mali qui ont assumé des hautes fonctions dans ce pays se lèvent un moment pour dire non. Pendant ce temps, on rattrape  ceux qui sont rescapés, on les amène, et on fait  commerce de leur misère. On les exploite au lieu où on les a arrêtés. On les exploite quand ils arrivent à  Sévaré. On les exploite quand il arrive au camp I. On les exploite quand ils sont à la prison centrale. Et pour finir, ils payent beaucoup. Ils ont une  liberté pour des actes  infondés qu’on leur reproche. Cela n’est pas normal. Et je ne vois pas les mouvements de la société civile s’en saisir et dire halte aux massacres qui pourraient ressembler à des nettoyages ethniques ; halte à l’amalgame. Ces faits nous avalisent la situation qu’on connait dans l’Adrar des Iforas et dans tout l’est du Mali. Si nous ne voyons les cadres faire halte, nous allons le faire. Dire aux élus que nous sommes des communautaristes, cela nous fait rire. Nous sommes rentrés à l’école le 1er octobre 1946.  Le RDA est né le 18 octobre 1946. Sur le plan scolaire, nous sommes âgés que l’Union soudanaise RDA de 17 jours. Nous avons grandi avec le RDA avec le mouvement d’émancipation des Peuples africains.  Nous ne pouvons pas être des communautaristes. Cela n’est pas possible. Mais une chose est certaine que nous affirmons dans le memo du pulaaku, les peuls sont le ciment de la nation malienne. C’est ce ciment qui lie les unes aux autres, qui lie entre elles toutes les autres communautés. Nous sommes la communauté qui s’est le plus brassée avec les autres communautés. Rares sont ceux qui n’ont pas leur grand-mère peul ou grand-père peul, etc.

Donc, Pr vous pensez le problème du Mali dépasse Kouffa et Iyad ?

Au delà d’Iyad et de Kouffa, c’est Daesh, c’est Aqmi, c’est l’Algérie. Nous sommes devenus un marché intérieur algérien. Dans tout l’Est du Mali, aujourd’hui, sans frais de douanes, les produits algériens se déversent dans toutes les régions de cette partie du pays. Leur lait, leur jus de fruit, leur fruit, leur pétrole, leur datte, leur tapis, beaucoup de leurs produits industriels, sont vendus chez nous aujourd’hui. Nous sommes un marché intérieur algérien. Objectivement, l’Algérie a quel intérêt à ce que cela cesse. On ne peut même lui en vouloir. Tous les Etats défendent leur intérêt. Et l’Algérie de Ben Bella, l’Algérie Boudiaf, l’Algérie de Ben Breda, l’Algérie d’Aïd Ahmed, cette Algérie est finie. L’Algérie des Colonel Amrouch, cela est fini. Là aussi, il faut se rendre à l’évidence qu’une autre génération est venue. A part le Chef d’Etat, Bouteflika, Mohamed le Malien, qui peut être le seul survivant, combien d’Algériens savent ce que les Maliens ont fait pour l’indépendance de l’Algérie ? Il ne faut pas continuer à rêver. Les Etats ont des intérêts. Ceci dit, leurs intérêts  peuvent être en conflit avec les intérêts  français. Si nous permettons à la France de venir s’installer à ses portes. Si  par hasard, les intérêts des généraux français et des généraux algériens sont les mêmes, cela est une autre chose. Il faut que nous ayons la tête sur les épaules.

 

Quelle réaction par rapport à la décision du Président IBK de surseoir au référendum ?

Je me réjouis et félicite le Président de la République d’avoir su écouter son Peuple et d’avoir compris que son projet référendaire divise plus qu’il ne rassemble les Maliens. Et maintenant, qu’on a mis de côté cette constitution, qu’on s’occupe des vrais problèmes du Mali. Le Mali est divisé. Le Mali est en voie d’implosion. Hier soir encore, Hassane Barry me disait qu’on apprenait qu’il y avait des attaques au niveau de Ouinkoro dans le cercle de Bankass. C’est un poste de douane, semble t-il qui avait été attaqué. Après, il me rappelle pour me dire que c’est plus grave, car le village de Tirelie dans la commune de Sangha, cercle de Bandiagara, la commune de Boumbo et la commune rurale de Madougou, qui risquent aussi de s’affronter. Ces jours-ci, pour la 3ème fois Boni a été occupée par le MAA qui vient avec ses drapeaux et tout. Nos forces armées sont là-bas, ils ne disent rien. Il y a eu les massacres de Sari, de Diougani dernièrement, ceux qui se sont déroulés à Gondo Ougourou. Cette fois-ci, il semble que c’est plutôt les dogons qui ont été massacrés. Tous ces massacres se font alors que nous avons nos militaires là-bas. C’est cela le problème. Malgré tout nos soldats et la Minusma elle-même qui est à Douentza, cette localité fait encore l’objet d’attaque en même temps que Tombouctou. Tout cela doit nous amener à comprendre aujourd’hui que, notre problème c’est de garder au moins le pays uni. Mettons-nous tous à refaire le tronçon Sévaré-Gao. Aujourd’hui, les gens font trois jours sur ce tronçon. Non seulement, physiquement, la route ne vaut rien, mais sur le plan sécuritaire, rien ne bouge. Tous nos forains sont en danger aujourd’hui. Nos forces armées ne sont pas capables de sécuriser nos marchés et les forains qui rentrent avec leurs marchandises Je salue encore une fois, le Président de la République qui a eu l’intelligence et la sagesse de mettre de côté ce qui divise les Maliens. Maintenant qu’il s’attache à les unir autour des problèmes fondamentaux de la nation.  A son tour que la classe politique aussi arrête de ne penser  à le remplacer. C’est cela qui doit intéresser  les maliens. Maintenant IBK doit le savoir derrière qui se mettre d’accord pour construire ce pays. Il doit savoir à qui confier la magistrature suprême, les Assemblées du Peuple, l’Assemblée nationale, la Cour constitutionnelle. Pas des présidentes qui déclarent valide une élection à Ansongo, alors qu’en vérité, à Talataï, la Cour n’a pas pu envoyer ses représentants. Ceux de l’Etat ne sont pas allés. Les urnes n’ont pas pu arriver. Au seul motif que Talataï  fait partie de l’Azawad et non de la nation du Mali. Qui a décrété cela ? Simplement ceux qui ont pris les armes. Si Madame le Président de la Cour constitutionnelle s’amuse elle aussi, aujourd’hui, du haut de sa chair de dire que le pays n’est pas occupé, elle n’a qu’à aller à Kidal.  Il faut dire le droit. Il faut éviter la politique quand on fait le droit. Si tu fais la politique alors que tu devrais dire le droit, les citoyens ont le droit de contester tes décisions et tes arrêts. Cela est évident. Et nous on ne va pas s’incliner parce que la Cour constitutionnelle a dit. Quand la Cour constitutionnelle dit des choses contraires à la réalité des faits, les citoyens ont aussi le droit de contester.

Interview réalisée par Youssouf Bamey

La Lettre du Peuple

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