Intervention de Choguel Kokala Maïga lors de la journée de réflexion du MPR

Au cours de la journée de réflexion organisée par le Mouvement patriotique pour le renouveau, dans le cadre de la célébration de son 20ème anniversaire, le Président du parti, Dr. Choguel Maïga, non moins ministre de l’Economie numérique, de l’Information et de la Communication, a prononcé un important discours. Il a salué la décision du Président de la République de consacrer 14% du budget 2015 au monde rural. Il s’est également prononcé sur la crise du Nord et les négociations en cours à Alger et a proposé un réexamen de notre processus de décentralisation et l’adaptation de notre système éducatif à nos besoins. Nous vous proposons l’intégralité de cette allocution.

Choguel Kokala Maiga president autorite regulation telecommunication tic mp crt amrtp

Mmes et MM les membres d’honneur du MPR, Mmes et MM les membres du Bureau Exécutif Central, Mmes et MM les membres du Conseil Consultatif National, Mmes et MM les membres du Comité de Conciliation et d’Arbitrage,

Mmes les membres du Bureau Exécutif National des Femmes MPR, Mmes, Mlles et MM les membres du Bureau Exécutif National des Jeunes MPR, Mmes et MM les Députés, Mmes et MM les Conseillers Nationaux,

Mmes et MM les Présidents des Sections MPR des Cercles et des Communes du District de Bamako, Mmes les Présidentes des Sections de Femmes MPR des Cercles et des Communes du District de Bamako, Mmes et MM les Présidents des Sections de Jeunes MPR des Cercles et des Communes du District de Bamako,

Mmes et MM les responsables des Sections du District de Bamako, MM les Maires MPR, Mmes et MM les Conseillers de Cercles et Conseillers Régionaux,

Mmes et MM les Conseillers MPR des Communes du District de Bamako, Chers participants, Honorables invités, Mesdames et Messieurs,

1995 – 2015, le Mouvement Patriotique et le Renouveau (MPR) a 20 ans. En effet, le 9 Janvier 1995, après  la longue «Bataille du sigle», le MPR était porté sur les fonts baptismaux.

Cette longue et rude étape que les initiateurs du Parti, n’ont ni voulu ni attendu, donnait déjà le ton de ce qui allait être le reste du parcours d’un parti, considéré comme atypique, mais résolument décidé à occuper la place qui est la sienne sur l’échiquier politique national.

Mesdames et Messieurs, s’il faut résumer les 20 ans, du MPR,  nous dirons qu’il y a eu plusieurs étapes: l’étape de la lutte pour de la reconnaissance et le droit à l’existence légale; l’étape de l’opposition et la de la tentative d’isoler du MPR; l’étape de la participation  aux Gouvernements et aux Institutions.

Mesdames et Messieurs, Chers militantes et militants, la première phase de ce parcours mémorable, à bien d’égards, a vu mobilisés, les militantes et les militants du MPR, non pas pour ressasser  les amertumes, mais pour privilégier l’unité nationale, l’union pour la construction  par la prise en compte de la contribution de tous les fils du pays à l’édification du Mali nouveau.

Si la référence à l’héritage de l’UDPM était un choix à assumer et à expliquer, cette étape a été difficile pour les cadres et les militants du MPR. Pourtant, il ne s’agissait ni de repli sur soi ni de repli sur le passé.

Il s’agissait pour nous d’inscrire l’action politique dans le courant de l’Histoire, car pour le MPR, le multipartisme signifie saine émulation entre forces regroupant les citoyens d’un même pays, et non un reniement pour les militants de l’ancien Parti unique. Et pour cela, il ne fallait jeter l’anathème sur qui que ce soit, sur personne.

Mesdames et Messieurs, permettez-moi d’avoir une pensée pieuse pour certains de nos aînés, militantes et militants infatigables qui ne sont plus parmi nous aujourd’hui pour célébrer nos 20 ans, mais qui, pendant cette période, ont tout donné pour que le MPR existe.

Certains d’entre eux ont été rappelés à Dieu: Soungalo Dembélé, Bouillé Siby, Sidiki Diarra, Général Sékou Ly, Général Mamadou Coulibaly, Moulaye Mohamed Haïdara, Samba Sall, Yoro Cissé, Hamadi Bori Dicko, Mamadou Doumbia, Dianké Doumbia, Yaya Maguiraga, Salal Sacko, Yaya Bah, Ami Kouma dite «Maman MPR», Moussa Koureichi, Mohamed Soumaoro dit Hamet, Alpha Diallo, Boussourou Goumane, Mamadou Yattara, Gaoussou Traoré, Modibo Thiero, Sory Samaké, Bassirou Seck. Qu’ils reçoivent notre reconnaissance et nos hommages éternels!

Mesdames et Messieurs, la voie de l’opposition nous a été imposée au moment où notre seul leitmotiv était la réconciliation nationale des fils du Mali. Certes, nous avons connu sept années d’opposition, une situation dignement assumée. Mais rapidement, lorsque les circonstances l’ont permis, nous l’avons dépassée.

Nos militants étaient préparés à vivre cela, car dans les textes fondateurs du MPR, le préambule dispose: «la réconciliation nationale, la démocratie consensuelle, le libéralisme à visage humain  et le droit de chaque Malien à une vie décente sont notre credo pour bâtir au Mali une société solidaire, tolérante, harmonieuse, respectueuse des valeurs universelles de liberté, d’équité et de justice, qui a foi en l’unité africaine et en la coexistence pacifique entre les peuples».

Ainsi, chaque fois que cela s’est révélé nécessaire, nous nous sommes trouvés au coude à coude avec d’autres Partis Politiques, avec l’ensemble des forces vives du pays, pour renforcer et consolider le processus démocratique.

Mesdames et Messieurs, de 1994 à 2013, le MPR s’est retrouvé dans les regroupements comme: – le RFP (entre 1992 et 1996) avec feu Tiéoulé Mamadou Konaté, paix à son âme! – entre 1997 et 2000, au sein du Collectif des Partis Politiques de l’Opposition(COPPO), pour défendre la démocratie; – entre 2001 et 2004, au sein d’Espoir 2002, pour la nécessaire alternance; – en 2007, au sein de l’Alliance pour la Démocratie et le Progrès(ADP), pour assumer notre participation à la gestion du pays; – après les événements de 2012, au sein du Front pour la Défense de la Démocratie et la République (FDR) lorsque la République était menacée.

Enfin, en 2013, à l’issue du premier tour de l’élection présidentielle, à la lumière d’un certain nombre de facteurs objectifs, nous avons choisi d’appeler à voter pour le candidat Ibrahim Boubacar Keita, qui sera largement élu à la tête du Mali, avec près de 77%. Depuis, nous le soutenons, en alliance avec de nombreuses formations politiques.

Le MPR se trouve ainsi dans la Convention pour la Majorité Présidentielle (CMP) et dans l’Alliance Pour le Mali (APM), regroupement qui porte le même nom que celui du Groupe parlementaire auquel appartiennent les Députés MPR à l’Assemblée Nationale. Mesdames et Messieurs, le combat que nous avons mené au sein de ces différents regroupements s’est prolongé par nos différentes contributions à l’édification nationale, soit en tant que Parti membre du Gouvernement, soit en tant que  Parti présent à l’Assemblée Nationale.

Quel est l’état de santé du MPR? Au sortir des dernières consultations électorales, nous nous sommes retrouvés avec des résultats en-deçà de nos attentes. Les chiffres, Mesdames et Messieurs, vous aurez l’occasion de les analyser, afin de mieux préparer les futures élections.

Il n’en reste pas moins que ces consultations ont été un baromètre nous permettant de nous faire une idée de notre implantation sur le terrain. L’examen des résultats nous permet de retenir que nous sommes présents sur l’ensemble du territoire national, même si cette présence ne possède pas la même densité selon les localités.

Ces consultations nous furent utiles à plus d’un titre. Elles nous ont permis d’établir la carte politique de notre Parti, le MPR, en distinguant les localités où nous bénéficions d’une forte implantation, les localités où nous connaissons des percées remarquables et les localités où des efforts d’implantation sont encore à mener.

Chers délégués, chers participants, dans le même  ordre d’idée,  à partir des documents à vous communiqués, vous débattrez de notre stratégie électorale, des enjeux des futures consultations électorales, en vue de formuler des  propositions et suggestions qui nous permettront d’engranger, aux élections communales et régionales, annoncées, des succès conformes à la réalité sociologique de notre Parti.

Mesdames et Messieurs, chaque fois que l’occasion nous en fut donnée, le MPR a pris la parole pour exprimer son point de vue. Nous nous sommes prononcés sur tous les sujets majeurs intéressant la vie de la Nation.

C’est ainsi qu’avec beaucoup d’attention, nous avons suivi et apprécié les actions entreprises par le Président de la République dès son accession à la magistrature suprême en septembre 2013: qu’il s’agisse des Assises Nationales  sur le Nord, des Etats Généraux de la Décentralisation ou des initiatives pour aboutir à la paix, à travers la signature d’un Accord avec les groupes armés.

Je dois rappeler que, lors de rencontres ou à travers des documents envoyés aux hautes autorités du pays, le MPR a apporté sa contribution en participant aux débats, ou en présentant, par écrit, les réflexions que ces différents forums nous ont inspirées.

Mesdames et Messieurs, chers participants, que la célébration de notre anniversaire me permettre de me prononcer sur ces questions d’une actualité brûlante, et jeter un coup d’œil prospectif sur le devenir du Mali, tel que notre Parti l’envisage.

En effet, l’occasion me paraît opportune pour préciser, à votre intention, la position du MPR  sur les sujets tels que la crise au Nord, la Réconciliation Nationale, le binôme «Sécurité et développement», la Décentralisation, l’Ecole.

La situation que nous vivons actuellement est difficile. Difficile pour tout le Peuple, difficile pour les gouvernants, difficile pour les amis du Mali. Cela est suffisamment connu. Allant au-delà de la simple reconnaissance de ce fait, le MPR se veut constructif avec des propositions pour refaire du Mali un pays avec qui il faut compter, un pays qui compte dans le concert des Nations Africaines.

Pour qu’il en soit ainsi, il faut que nous nous retrouvions autour des idéaux qui fondent toute nation  véritable, que nous donnions forme et densité pérennes au vouloir-vivre ensemble.

Or, de 1963 à ce jour, nous sommes confrontés à une forme d’irrédentisme qui annihile tout effort de développement dans les régions de Gao, Kidal et Tombouctou.  On a souvent parlé de rébellions touarègues. Il y a lieu de nuancer et  parler plutôt de rébellion d’une minorité au sein de la communauté touarègue dont l’épicentre est toujours Kidal.

Mesdames et Messieurs, différentes raisons sont avancées, au gré des circonstances, pour expliquer des velléités séparatistes : la mauvaise gouvernance, la marginalisation, l’inexistence de relations entre le Nord et le Sud de notre pays avant la conquête coloniale, etc. Aucune de ces raisons ne résiste à l’analyse.

Avant la conquête coloniale, Arabes, Touaregs et Négro-africains ont vécu ensemble, au sein des creusets étatiques que furent les empires du Ghana, du Mali, du Songhaï et les royaumes qui leur ont succédé, se tolérant, s’interpénétrant, se métissant.

En 2012, nous avons subi les conséquences de la destruction de l’Etat libyen. Mais, en vérité, avant la crise libyenne, notre Armée a été affaiblie par plusieurs années d’une gestion pour le moins discutable. Séparatistes, Djihadistes, Irrédentistes et Narcotrafiquants mirent à profit le chaos ainsi créé et la faiblesse de notre Armée pour mettre sous coupe réglée plus des ¾ de la superficie du territoire national.

Depuis Kona, ils s’apprêtaient à parachever l’occupation, en déferlant sur le Sud.  L’ «Opération Serval» déclenchée le 11 janvier 2013 ruine leur projet. Gao et Tombouctou sont libérés. Mais Kidal est soustrait de l’autorité centrale. Il nous est imposé de négocier avec les «groupes armés».

Alors se posent deux questions: comment récupérer Kidal et sa région? Comment parvenir à une paix définitive qui garantisse les intérêts supérieurs du Peuple malien? Des négociations sont engagées à Alger afin de trouver la réponse à ces deux questions. La décision finale appartient à l’autorité centrale.

Il n’en demeure pas moins que nous ayons notre point de vue sur la question. Ce point de vue se fonde sur des Accords déjà passés avec «les groupes armés» : l’Accord de Ouagadougou du 18 juin 2012 et la Feuille de route adoptée à Alger le 25 juillet 2014.

Ces documents préconisent d’aller vers une paix définitive au terme d’un Accord qui respecte les dispositions de la Constitution, différentes résolutions, déclarations et décisions du Conseil de Sécurité des Nations Unies, de l’Union Africaine, de la CEDEAO et de l’OCI.

Des négociations menées à Alger sont sortis deux documents que le Gouvernement a pris soin de soumettre à l’appréciation des forces vives de la Nation.

Nous en avons pris connaissance et, tout en ne perdant pas de vue notre qualité de membre de la majorité présidentielle, nous avons formulé une forte recommandation en préconisant «que l’Etat s’assume».

Cela signifie, d’une part, que tout ce qui porte atteinte à l’unité du Peuple Malien, à l’intégrité de son territoire, à l’égalité entre citoyens du même pays, soit exclu et, d’autre part, que nous dotions notre Armée Nationale de moyens lui permettant d’assurer la sécurité des populations, tant à l’intérieur qu’aux frontières du territoire national.

Cependant, nous tenons à affirmer qu’Alger ne sera pas un succès si, par-delà les dispositions du document final qui sera signé, nous ne réussissions pas la Réconciliation Nationale.

Mesdames et Messieurs, de 1958 à ce jour, des ruptures brutales sont intervenues dans le déroulement de notre Histoire, dans l’Histoire du Mali moderne. Elles ont engendré des frustrations difficilement contenues, péniblement refoulées.

Dès la reprise de nos activités avec la création du MPR en 1995, nous avons retenu le thème de la Réconciliation Nationale comme notre credo. Nous l’avons proposé aux différentes composantes du pays: Partis politiques, organisations de la Société Civile, aux syndicats, en un mot, à toutes les forces vives de la Nation.

Mais, à l’époque nous n’avons rencontré qu’un accueil, sinon sceptique, du moins très mitigé. Le MPR avait-il tort pour avoir eu raison trop tôt? Car, aujourd’hui plus qu’hier, plus que jamais, le thème de la Réconciliation Nationale reste d’actualité. Une commission «Vérité et Réconciliation» a été créée sous la Transition, en 2013. Elle demande à être effective par la traduction en actes des missions qui lui ont été assignées. Donc, nécessité de se réconcilier, tant il est vrai que «la Nation divisée contre elle-même, si grande soit-elle, est promise à être ruines». Nécessité de se réconcilier, au nom de la vision que le MPR a de l’avenir du Mali.

Mesdames et Messieurs, au premier plan de notre vision figure le binôme «Sécurité et développement». Il s’impose de manière plus qu’aiguë à la conscience. Dans un climat d’insécurité, toute action humaine est vouée à l’échec. Nous ne nous prononcerons pas sur l’état de nos Forces Armées et de Sécurité. Nous l’avons fait largement pendant la campagne électorale lors les consultations de juillet-août 2013 et novembre 2013.

Depuis, beaucoup a été fait par le Gouvernement pour que l’Armée Nationale  puisse s’acquitter de ses obligations régaliennes, celles qui consistent à sécuriser notre pays à l’intérieur de ses frontières reconnues par la communauté internationale. L’Armée possède ses spécificités qui en font un domaine des spécialistes, et nous n’en sommes pas. Il n’empêche que nous ayons notre point de vue sur son existence.

En la matière, nous apprécions favorablement le concours de la Communauté internationale,  qui, face au risque de désintégration de notre pays, est venu à son secours à travers la MINUSMA et l’Opération SERVAL.

De même, nous apprécions  hautement et soutenons avec force le choix du Président de la République de faire adopter une Loi de programmation militaire et d’en financer l’exécution, en retenant qu’aucun sacrifice, en ce qui concerne la Défense, ne saurait être excessif quand il est question de la sécurité des populations et de leurs biens, d’autant plus que la sécurité sert de socle au développement.

Sans pour autant être spécialistes des questions de défense, nous avons notre idée sur ce que doit être une Armée moderne, adaptée au contexte qui est le nôtre: il s’agit d’une Armée dont l’équipement, l’intendance et la logistique autorisent des capacités d’intervention très rapides sous le commandement d’officiers en qui la troupe se reconnaît. Seule une telle Armée peut être garante de la défense et de la sécurité de notre pays.

Mesdames et Messieurs, Chers participants, s’agissant de développement  économique et social, nous ne saurions ignorer que tous les pays sont fortement impliqués dans ce courant connu sous le nom de mondialisation.

La grande question est de savoir comment empêcher que la mondialisation ne devienne globalisation car, si la mondialisation autorise une intégration avec la préservation de la souveraineté nationale, la globalisation, elle, sous-tend une intégration disloquant, à terme, les mécanismes préservant la souveraineté nationale.

A terme, récupérée par la politique, elle  instaure la pensée unique. Nous ne saurions rester en marge de la mondialisation. Il nous incombe de prendre les dispositions pour éviter les effets pervers de la globalisation. D’autre part, il nous appartient d’éviter la confusion entre croissance et développement. La mondialisation favorise la croissance. Elle ne se soucie pas forcément du développement.

Ses manifestations actuelles dans nos pays sont la modernisation de nos capitales avec l’essor des infrastructures et du secteur des services. Cependant, les infrastructures et les services, à eux seuls, ne font pas le développement. Au contraire, souvent, dans des pays comme les nôtres, ils servent de soubassement à des économies extraverties.

Aussi la croissance est-elle souvent un trompe-l’œil. Les préoccupations des populations en matière de services publics, notamment en matière d’éducation et de santé, de nourriture, de logements décents, ne sont pas prises en compte de manière efficace, même si elles ne sont pas négligées.

Mesdames et Messieurs, le vrai développement se mesure au mieux-être des populations. C’est le lieu de rappeler la définition de la politique: l’art de réaliser ce qui est possible. Afin que la majorité des citoyens, si ce n’est la totalité des citoyens, accède au bonheur. Or, les prémisses du bonheur ont pour noms être bien nourri, être bien logé, être bien soigné, être bien formé et bien informé.

Ces prémisses sont des indications pour une politique au service du peuple. Il appartient à l’Etat d’instaurer les conditions de l’épanouissement, tant individuel que collectif, en facilitant l’accès à, à l’alimentation saine et équilibrée, à l’habitat, à la santé, à l’éducation et à l’information.

Mesdames et Messieurs, la mondialisation est incontournable. Il nous revient de faire en sorte qu’elle ne soit la négation de notre identité nationale. Le développement suppose la satisfaction des besoins primaires des populations. Il doit se traduire par la prise en compte de tous les secteurs de notre économie et, particulièrement, du secteur de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche et de l’artisanat, car, il ne faut pas s’y méprendre, à l’heure actuelle, seul l’essor de ces secteurs peut assurer, non seulement l’autosuffisance et la sécurité alimentaires, mais également, le plein emploi pour notre jeunesse.

C’est pourquoi le MPR apprécie hautement la décision politique, d’une grande portée stratégique, prise par le Président de la République de  faire porter la part du secteur du développement rural (agriculture, élevage et pêche) à 14% du Budget National du Mali, alors que dans beaucoup de pays africains, ce chiffre oscille  entre 3 et 5%, en dépit de la recommandation de l’Union Africaine de le porter à 11%.

Mesdames et Messieurs, une telle politique de développement nécessite de gros investissements. Or, un fait est incontestable, depuis la seconde décennie des années 1980, l’Etat-Providence a vécu. Quelle que soit la quantité des ressources mobilisées, l’Etat, à lui seul, ne peut satisfaire les besoins en investissement de tous les secteurs du développement. Il a des missions régaliennes, clairement précisées.

Mais nous en sommes arrivés à une phase où il doit accepter de déléguer et transférer des compétences. Voilà qui justifie que le développement ne puisse qu’aller de pair avec la Décentralisation. Le discours officiel fait débuter la Décentralisation à partir de 1992. En vérité, dans la pratique, la Décentralisation a été un souci constant  des différents gouvernements qui se sont succédé à la tête de notre pays, depuis 1960.

L’ on se souviendra de la vaste campagne en faveur de la Décentralisation, soutenue par des conférences régionales sur la gestion décentralisée, tenues entre 1986 et 1989, et le Séminaire national sur la gestion décentralisée de mai 1990, dont la mise en ouvre des recommandations devrait aboutir, dès 1992, à la création de 10 régions, d’environ 300 communes rurales et 60 communes urbaines.

Ce n’est certainement pas par hasard que la plupart des cadres et animateurs de ces réflexions se sont retrouvés plu tard, à partir de 1993, à la tête de plusieurs organes chargés de la mise en œuvre de la Décentralisation au Mali. Cependant, de manière effective, c’est à partir de 1993 que les premiers jalons pratiques de la Décentralisation ont été posés.

Cela s’est traduit par une consultation des populations sur l’étendue du territoire national et, sur la base de ces consultations, par le découpage du territoire en plus de 700 communes. La suite est connue: suivant une périodicité fixe, les populations élisent leurs conseillers municipaux qui, à leur tour, en leur sein, désignent le maire et le maire, avec son écharpe tricolore, nous est devenu familier lors des cérémonies officielles. Tel nous semble le bilan de la politique de Décentralisation, bilan plutôt maigre, compte tenu de ce qui est attendu de cette politique.

Pourtant, un tel bilan semble donner satisfaction aux élus municipaux. Ils l’ont fait savoir lors des Etats Généraux sur la Décentralisation. Pour eux, la Décentralisation est en bonne marche car la communalisation a réussi. Et, partant de ce fait, ils exigent le passage à l’étape suivante, celle de la régionalisation, ainsi que le transfert des ressources.

Cependant, force est de constater l’impasse à laquelle conduit la Décentralisation telle que pratiquée actuellement, et cela, pour un certain nombre de raisons : les populations sensées être les acteurs majeurs et les bénéficiaires de la Décentralisation n’en maîtrisent les contours, les élus locaux sont, dans certains cas, et ce n’est pas rare, des élus sans formation de base et mal préparés à exercer leurs fonctions.

Aucune politique de financement de la Décentralisation n’est clairement définie. En matière de développement, on s’en remet aux ONG et aux partenaires au développement. Le MPR a son idée de la Décentralisation. Elle consiste à corriger les ratés dus à l’enthousiasme et à préciser des préalables, des objectifs et des moyens. Les ratés découlent essentiellement du découpage administratif qui a défini  les contours des communes.

L’on s’est fondé sur le vœu des populations pour procéder à ce découpage. Certes, consulter les populations est un passage obligé pour décentraliser. Mais la consultation à elle seule ne suffit pas. Après cette consultation, d’autres préalables sont à satisfaire  pour déterminer si l’entité décentralisée est viable. Plus que jamais, le découpage doit faire l’objet d’un sérieux et courageux réexamen.

Ce réexamen permettra de déterminer si la commune remplit les conditions nécessaires pour atteindre un certain nombre d’objectifs : la scolarisation, l’accès aux soins de santé, à l’eau potable, le désenclavement, l’assainissement et la préservation de l’environnement, les loisirs, la promotion des activités culturelles.

Au cas où ces conditions seraient remplies, la réussite de la Décentralisation nécessitera également que trois exigences soient satisfaites : que les populations fassent preuve de civisme en acceptant de s’acquitter de leurs impôts, qu’elles sachent ce qui est fait de leurs contributions, impôts et taxes, et que les élus soient astreints à l’obligation de présenter les bilans.

La Décentralisation, de notre point de vue, s’est faite dans la précipitation et cela a conduit au blocage actuellement constaté, blocage dont la solution passe par des remises en cause difficiles, voire douloureuses, mais inévitables: le découpage administratif doit être revu pour ramener la commune à ce qu’elle doit être, c’est-à-dire une entité économiquement viable au sein de laquelle, dûment informées de leurs droits et devoirs, les populations se prennent  en charge, se donnent des responsables par voie de votes, élaborent leurs programmes de développement, en précisent les moyens de financement et l’exécutent au mieux des intérêts de la majorité, sinon de la totalité des citoyens.

Mesdames et messieurs, chers participants, il en est de l’Ecole comme de la Décentralisation. L’Ecole malienne aussi souffre des conséquences d’actions menées à la hâte. Relever le taux de scolarisation, introduire les langues nationales dans l’enseignement, créer l’Université furent des objectifs prioritaires à atteindre.

Le taux de scolarité a été relevé, mais cela s’est accompagné d’une énorme baisse de niveau des apprenants dans tous les ordres d’enseignement. L’Université a été créée, accueille près de vingt (20) ans après sa création, plus de cent mille (100 000) étudiants dont la grande majorité est promise au chômage à cause de l’inadéquation des formations avec le marché de l’emploi.

Les langues nationales sont introduites dans l’enseignement, mais cela s’est traduit par l’apparition d’une école plus discriminatoire que démocratique. Pour atteindre les trois objectifs, trois questions auraient dû être, au préalable, posées: pourquoi le taux de scolarisation est-il bas? Pourquoi l’Université n’a-t-elle pas ouvert ses portes deux décennies après notre accession à l’indépendance? Pourquoi la langue française continue-t-elle d’être le médium de l’enseignement. Les réponses à ces questions auraient servi de guides pour orienter l’action.

Aujourd’hui, l’affectation de plus du tiers (1/3) du budget national à l’éducation et à la formation, se traduit par des rendements, tant internes qu’externes, très faibles.

Mesdames et Messieurs, Chers participants, il est admis que notre Ecole est malade. Différents diagnostics ont été posés, différentes solutions ont été préconisées. La plupart du temps, celles-ci se révèlent pires que le mal. La réalité est que les causes de l’effondrement se situent ailleurs. De notre point de vue, ce qui, comme cause de l’effondrement, n’a pas encore été perçu, est que l’Ecole malienne, plus d’un demi-siècle après notre accession à l’indépendance, est demeurée un prolongement de l’école coloniale.

L’indépendance obtenue en 1960 nous a inspiré la nécessité d’une réorientation du système. Notre pays a élaboré et mis en œuvre la Réforme de 1962. Ses résultats, en matière de performance, sont incontestables. S’il en fut ainsi, c’est que la Réforme a été l’objet d’une périodique évaluation et, sur ce point, des dates sont à rappeler: 1964, 1968, 1979, 1988. Ces évaluations avaient le mérité d’être menées par des nationaux.

Par la suite, ces évaluations ont été abandonnées pour céder le terrain aux expériences inspirées, sinon, imposées de l’extérieur. Ce sont les conséquences de ce fait que nous déplorons actuellement, conséquences ayant, pour noms, entre autres : rupture du contact avec les réalités nationale, bureaucratisation du système, déficience des offres de formation, instruction plus qu’éducation, apprentissage mécanique plus que formation du jugement, accumulation de connaissances plus qu’exercice de l’esprit critique.

L’Ecole a cessé d’être la pépinière où se forme la relève. Il faut la restaurer dans cette vocation. La construction de nouvelles infrastructures, leur équipement, leur dotation en matériels pédagogiques et didactiques, le recrutement d’enseignants peuvent contribuer à cette restauration, ils n’en garantissent pas le succès. Ces actions, pour être efficaces, doivent se fonder sur un indispensable préalable: repenser l’Ecole pour la refonder. Hors de cette solution, il n’en existe nulle autre susceptible de donner satisfaction.

Mesdames et Messieurs, cette proposition d’action me mène à ma conclusion. Nous célébrons le 20ème anniversaire du MPR et pouvons retenir que notre action, durant ces 2 décennies, a comporté 2 phases: 7 ans de lutte dans l’opposition, 13 ans de participation directe et indirecte à la gestion des affaires. Il est indéniable que, durant ces 2 phases, notre action a connu des évolutions.

Mais ce qu’il faut retenir est que nous restons constants à  nos engagements. Nous sommes membres de la majorité présidentielle, nous sommes solidaires des décisions du Gouvernement actuel. A l’Assemblée nationale, nos Députés  apportent leur soutien à l’action gouvernementale.

Cela n’exclut pas que nous sommes un Parti politique autonome et qu’à ce titre, nous avons des contributions à faire sur le devenir de notre pays. Ce sont ces contributions que j’ai tenu à reprendre à votre attention en ce jour anniversaire des (20) vingt années d’existence de notre formation, le MPR.

Notre vision se résume en ceci: sursaut national pour l’Unité et la Défense de la Patrie malienne; sursaut national pour préserver l’unité et l’intégrité du territoire national, promouvoir le développement durable, réussir la Décentralisation en restituant la parole aux populations, créer l’Ecole adaptée à nos réalités, à nos spécificités.

Nous fûmes là pour les proposer et les défendre lors des campagnes électorales de 1997, 2002, 2004, 2009, 2013, nous les avons défendues à toutes les occasions et nous resterons dressés pour les réaliser, avec foi et détermination, avec le soutien de tous. Vive le Mali uni, indivisible, laïc et solidaire et que vive pour toujours le MPR

Pour l’Unité et la Défense de la Patrie Malienne ! Je vous remercie !

Source: Le Reporter

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