Imam Mahmoud Dicko : le dernier Calife d’une révolution ratée

Les années 2010, un vent de révolution commence à souffler au Mali. Sa manifestation spontanée et le portrait-robot de ses leaders dénotaient à suffisamment qu’il était question de plier le temps des acteurs de la démocratie ; eux qui, lorsqu’ils déposaient le Général Moussa Traoré dans les années 90, avaient promis le paradis terrestre au peuple du Mali. Les Maliens, sortis d’un joug infernal entretenu par un dictateur pendant plus de 20 ans, voyaient, eux aussi, l’ère nouvelle arrachée au prix du sang comme un nouvel envol à leur bénéfice. Mais, la déception fût grande !

Les attentes n’ont jamais été au rendez-vous. Au contraire, tout se disloque au Mali même les secteurs considérés comme les poutres d’une Nation : Éducation,          armée… le tout sanctionné par la corruption et le favoritisme.

Ce périple subi par le peuple pris en otage par des politiques insensibles, s’effondre en 2012 avec la mutinerie de Amadou Aya Sanogo et ses hommes se soldant par la démission d’ATT, suivie de son exil forcé à Dakar. Cette révolution malgré qu’elle soit anti-constitutionnelle avait bénéficié de l’adhésion d’une écrasante majorité du peuple malien sevré de tout et maintenu dans un système sans avenir. Ces militaires, ne tarderont pas à décevoir de par leur gestion des affaires courantes de l’État. Le gout du luxe, de la belle vie que leur donnaient les avantages du pouvoir va conduire le capitaine et son cercle restreint à perdre la tête. Motos en mauvaise forme et la chasse quotidienne de la popote laissèrent place aux grosses voitures, des déplacements sécurisés par des escortes, et des buffets. Ces militaires surpris par ce changement brusque de leur destin s’emploient dans des pratiques pires que celles des acteurs de la démocratie.

IBK ou un grand espoir déçu !

Malgré les manifestations de citoyens et les pressions de la communauté internationale, l’union africaine pour dire y en a marre… les putschistes maintiennent le cap jusqu’à l’élection présidentielle de 2013 qui plébiscite IBK. Leur forte implication pour imposer ce choix avait permis aux militaires de se racheter aux yeux du peuple car IBK était qualifié d’espoir du pays ; un messie qui pouvait avec une baguette magique résoudre tous les problèmes du Mali particulièrement la rébellion au nord dont les animateurs étaient considérés comme des enfants gâtés entretenus par ATT.

Cette arrivée d’IBK au pouvoir était aussi considérée comme un nouveau départ. Soutenu par presque la majorité des sensibilités, il avait pour mission principale : redresser le système, laver l’honneur du Mali entaché par des rebellions récurrentes, le laisser aller… Quelques années après, l’espoir a déçu. Le système instauré par un cercle fermé a tout mis à terre. La gouvernance du messie s’est avérée plus catastrophique que celle des acteurs de 91 et les militaires putschistes de 2012. Plus rien ne reste du Mali.

L’ère d’une nouvelle révolution pilotée par le peuple

C’est ainsi que des cendres de la mauvaise gouvernance, le système engendrera d’autres révolutions dont la plus prééminente fût le combat contre la révision constitutionnelle mené par la plateforme ANTE A BANA. Cette plateforme regorgeait toutes les sensibilités du Mali et n’avait qu’un seul objectif : faire barrage à l’entêtement du chef de l’État de modifier la constitution pour des raisons injustifiées. La partition du pays étant sentie dans les postures du Président, alors des milliers de Maliens à Bamako comme dans les capitales régionales, par moment, prenaient les rues. La résistance étant sentie comme une réelle menace pour le pouvoir, IBK cède à la pression et sursoit à l’idée qui n’arrangeait que lui-même et les rebelles signataires de l’accord d’Alger. Cette victoire inachevée, puisque le projet a été seulement sursis, devait être une raison valable pour le mouvement de rester intact et se consolider pour les prochains combats. Quelques semaines après la décision du Président, le pouvoir casse complètement la plateforme, pas avec la force mais des postes et d’autres avantages proposés à certains leaders du mouvement qui n’ont pas tardé à changer leurs toges de révolutionnaires et patriotes à celles d’arrivistes, d’opportunistes prêts à sauter sur les premières offres.

Comment l’Imam s’est retrouvé à la tête du combat

Des mois et des mois après, au moment où on jugeait la révolution complètement enterrée car   on n’y voyait personne capable de mobiliser, un Imam crée la surprise. Président du Haut Conseil Islamique au début de ses grandes mobilisations, il avait adopté la posture de l’unique homme capable de dresser au tant de foule et faire trembler le pouvoir. Ces sorties historiques contre le projet de l’enseignement de l’éducation sexuelle ; l’insécurité ; l’exigence du départ de l’ex PM, Soumeylou Boubeye Maiga… ont permis au peuple de le croire et le soutenir les yeux fermés. L’ultime sacrifice a payé plusieurs fois et la dernière illustration fût l’annonce d’une grande manifestation, un vendredi, faite au palais de la culture qui sera suivie de la convocation de l’Imam au tribunal de la commune IV et peu après l’annulation de ladite sortie grandiose programmée pour plusieurs raisons. Des propos déplacés de l’imam   favorisaient des départages et allaient laisser place à l’irréparable ce jour qualifié certains de vendredi noir.

Cette démarche ratée dès le départ impacta sur l’aura de l’Imam. Beaucoup de ses soutiens commencèrent à douter et se poser la question si réellement Mahmoud Dicko n’a pas un agenda autre que celui de la défense tout court de la patrie.

A cette maladresse s’ajoute le message véhiculé lors de sa dernière sortie imposée par ses fidèles qui voulaient savoir sa position sur les nouvelles mesures prises par les autorités dans le cadre de la lutte contre le COVID 19. Les Maliens sont restés sur leurs fins. L’Imam a fait hors-jeu. En attendant une annonce forte de sa part, il s’aventura dans des réponses dépourvues de sens :  Fermeture ou pas des mosquées ou lieux de culte en un mot ; maintien des élections législatives… l’Imam avance qu’il est mal placé pour dire certaines vérités et que les décisions relèvent de la responsabilité de l’État. Mon Dieu ! Est-ce que c’est le même Imam qui n’a jamais, avant ce jour, laissé la responsabilité aux gouvernants lorsque leurs décisions étaient considérées comme une menace grave pour le Mali ? Au-delà des sorties musclées justifiées ci-haut, qui ne se rappelle pas du combat farouche engagé par l’Imam contre le code de la famille au temps d’ATT ?  Alors pourquoi cette flexibilité spontanée au moment où le peuple a besoin d’un bon guide ? Pouvons-nous parler désormais de deal entre l’Imam et le pouvoir ? L’hypothèse ouvre le débat. Nous sommes tentés de dire que nous vivons les dernières heures d’une révolution ratée. Il n’y a plus lieu d’espérer. En tout cas pas avec la race de leaders au trône de nos jours.

Boubacar Yalkoué

Source : LE PAYS

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