IBK, AN I. : Quelles histoires

Il faut dire que la première année d’IBK à la tête du Mali ne fut pas de tout repos. Le mandat a démarré sur des chapeaux de roues. Entre le dossier de la bande à Sanogo et celui de l’ancien président ATT, entre la résolution de la question du Nord et la problématique de la réconciliation nationale, entre les exigences des partenaires financiers soucieux de la bonne gestion et la pression du parti et des alliés politiques, nous avons souvent connu des embardées au point de frôler la sortie de route. Sans être exhaustif, nous brosserons le tableau des grandes questions qui continuent d’alimenter les débats. Et d’agiter toutes les passions.

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Histoire de Premier ministre

Faut-il croire que le président de la République n’a pas eu la main heureuse dans le choix de ses Premiers ministres ? En tout cas, nous constatons qu’avant même de boucler sa première année, IBK est pressé de toutes parts pour qu’il se débarrasse de son deuxième Premier en la personne de Moussa Mara nommé en avril dernier.

Il est vrai qu’aux yeux du RPM, et pas seulement, l’actuel Premier ministre souffre d’une grande illégitimité politique. Il fut parmi les candidats les plus virulents contre IBK lors de la campagne présidentielle. Il n’a jamais pu avoir grâce aux yeux du parti présidentiel qui avait déjà tres mal digéré la nomination d’Oumar Tatam Ly à la Primature.

Si celui-ci avait été pris comme une couleuvre qu’il fallait avaler en ce début de mandat, Moussa Mara lui, est perçu comme un boa dont le RPM ne veut pas s’accommoder a plus forte raison l’avaler. Le soutien dont Moussa Mara a bénéficié aussi bien lors de la Déclaration de politique générale que lors de la motion de censure déposée contre lui par l’opposition ressemble à s’y méprendre au soutien de la corde au pendu.

Si l’on en juge par la fréquence des assauts dont il est victimes de la part du parti présidentiel, on peut dire que la houle est loin de se calmer pour le Premier ministre. La conséquence, est que cela joue sur la cohésion gouvernementale et donne l’impression que le président de la République ne peut plus grand-chose pour lui.

Histoire de vengeance ?           

S’il y a un dossier qui a été traité avec fermeté et dextérité, c’est celui de la bande à Sanogo. C’est vrai que celui-ci avait un dossier aussi épais que compliqué. L’homme lui-même n’a rien fait pour atténuer les récriminations le concernant. Entre le démantèlement de sa base de Kati, son transfèrement a Bamako et son arrestation, tout est allé tres vite. Le dernier coup de feu qui a retenti dans son entourage avait été interprété comme une tentative de coup de force ou à tout le moins comme une mutinerie. C’était suffisant pour le mettre dans les rangs définitivement.

Dans le sillage des violences de ce jour, des enquêtes ont été ouvertes par la Justice, enquêtes qui ont débouché sur la découverte de charniers. Sanogo et ses camarades ont tous été mis aux arrêts pour assassinats, complicités d’assassinats, tortures, etc. Certains observateurs plutôt proches de l’ex-junte estiment que Sanogo et ses camarades ont été victimes de vengeance de la part de ceux qui n’ont jamais digéré le coup d’Etat. Mais en analysant froidement les faits qui leur sont reprochés, il est loisible de voir qu’ils sont tombées par là où ils ont pêché : la violence et les tueries gratuites.

Concernant ATT aussi, il a été question de vengeance. Pour différentes raisons, certains Maliens estiment que le président de la République et plus encore son ministre de la Justice poursuivent l’ancien président d’une vindicte à l’opposée des priorités des Maliens et dont on ignore les ressorts.

Reconnaissons qu’en annonçant en cette nuit de décembre 2013 que l’ancien président ATT allait être poursuivi pour haute trahison, le pouvoir prenait les Maliens de court sinon, a contre…courant. Au moment où on parlait de réconciliation nationale, de relance du dialogue au Nord, cette « inculpation » tombait comme un cheveu dans la soupe et eut le plus mauvais effet. Pour certains observateurs, c’est la preuve que le nouveau pouvoir manquait cruellement de sens des priorités. 

Histoire d’avions

Pour un avion acheté, trois figurent dans le débat. Et fort malheureusement, le débat n’a pas volé très haut. Comme dirait IBK, par moment c’était au niveau des pâquerettes naines. Tout est parti de l’avion acheté pour le président de la République ou disons des explications qui ont été fournies tant sur la motivation que sur son prix.

Tant sur la motivation que sur le prix, les explications sont pour le moins alambiquées. Et ceux qui les fournissent laissent la fâcheuse impression de gamins surpris la main dans le pot de confiture. Le feu allumé a cette occasion a pris tous les étages et chacun a joué le pompier du mieux qu’il pouvait.

Le président de la République en personne n’a manqué aucune occasion pour parler de « son » avion et de son prix. 20 milliards, selon lui, parce que l’avion dont il a hérité serait un cercueil volant. « Son » Premier ministre lui, a fait fort : 17 milliards pour l’achat et 3 milliards pour les assurances et autres commissions. Tout serait normal, selon lui, dans la mesure où l’opération est adossée sur un prêt bancaire. Lors du vote du budget rectifié, il y a quelques jours, la ministre des Finances a réaffirmé les 20 milliards dont 18,5 milliards déposés au niveau du Trésor.

L’autre avion qui s’est retrouvé dans la polémique concerne l’avion acheté sous ATT. Dans sa tentative de convaincre les Maliens du bien fondé de l’achat du nouvel avion, le Premier ministre a déclaré sans convaincre grand monde que l’avion présidentiel existant n’était pas fiable et ne disposait pas de papier attestant qu’il appartenait au Mali. Pire, en plein vol, il est capable de prendre feu.

Le troisième et dernier avion pour le moment lui, nous est littéralement tombé sur la tête. Il s’agit de l’avion d’Air Algérie qui a été  pulvérisé dans son crash à Gossi faisant plus de 110 morts. 

Histoire de Kidal

A la fin de la Transition, le Mali avait pu prendre pied à Kidal. Laborieusement, pierre après pierre, grâce au soutien de la communauté internationale le gouvernement a pu envoyer un gouverneur et ses préfets. Les accords signés à Ouagadougou étaient certes malmenés mais l’essentiel était sauf.

Et puis voila que le Premier ministre décide de se rendre a Kidal, coute que coute ; advienne que pourra. On connait la suite. 8 agents de l’administration exécutés froidement par les djihadistes qui les avaient faits otages. Le Mali officiel a disparu avec armes et bagages, surtout depuis les affrontements du 21 mai.

Aujourd’hui la ville est entièrement sous la coupe des groupes armés qui tentent de l’administrer. Il est clair que cette situation ne peut que renforcer ceux qui se battent pour l’autonomie et qui se trouvent à Alger. 

Histoire de fâcheries avec les partenaires

A l’élection d’IBK, les relations avec la communauté financière étaient au beau fixe. Celle-ci avait promis près de 3000 milliards de francs CFA pour aider le pays à sortir du gouffre. Malgré les difficultés inhérentes aux situations d’exception, les autorités de la Transition avaient laissé les voyants plutôt au vert. Une année après, tout va de travers.

A cause de l’achat de l’avion et des équipements pour les forces armées jugé peu orthodoxe sur le plan financier, tous les partenaires du Mali ont gelé leur aide : le FMI, la Banque mondiale, l’Union européenne, etc. Le Mali est obligé de se serrer la taille et de vivre sous perfusion. Le FMI est annoncé pour la semaine prochaine. Tout le monde croise les doigts. Et prie.

Damouré Cissé

Source: Nouvelle République

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