IBK AN I ou… … La malédiction d’Alpha Oumar Konaré et d’ATT

Le président nouvellement élu s’est évertué à écraser ses prédécesseurs et s’est du coup privé de précieux conseillers dont l’apport aurait certainement été déterminant dans les choix opérés.

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Nul besoin d’être un expert en gouvernance pour savoir que le bilan annuel du président IBK est très peu reluisant (lire encadré). Et il l’a lui-même reconnu à demi-mots dans l’interview-bilan accordée à l’ORTM. A ses dires en effet, ce sont les circonstances qui ont contrarié sa volonté de bien faire. Une volonté qui reste intacte, a-t-il précisé. Il s’agit manifestement d’un aveu. Et pour cause. Un gouvernant est censé anticiper sur les circonstances et non le contraire. Autrement, le gouvernant serait contraint à un pilotage à vue, ce à quoi, nous avions justement assisté durant les 365 jours de gestion.

Mais pouvait-il véritablement prévoir et anticiper ? Bien sûr que oui ! Tout simplement en bénéficiant de conseils de ses prédécesseurs lesquels, nonobstant leurs probables tares, ont quand même acquis de solides expériences en matière de gouvernance pour avoir passé 10 ans à la tête du pays. Leurs conseils ne pouvaient alors qu’être profitables.

Les deux hommes (ATT et AOK) ont chacun joué sur le même registre. Alpha Oumar Konaré n’a jamais manqué d’écouter ATT à sa demande et le consulter à sa propre convenance durant ses deux quinquennats. Et le second, à son tour, considérait son prédécesseur comme son premier conseiller. Mais bien que nantis de cette confiance et privilège, aucun des deux n’a fait ingérence dans les affaires de l’autre.

En somme, bien qu’il fût régulièrement consulté par ATT, Alpha Oumar Konaré n’a en effet, jamais, une seule fois, fait intrusion dans les affaires du président élu, ATT. Tout comme le président de la transition de 1992 s’est abstenu de se prononcer sur le président Alpha Oumar Konaré durant ses 10 années. En clair, mettant leurs probables divergences de côté, les deux hommes, voire les deux complices, se sont mutuellement respectés et consultés pour le bonheur du pays durant ces 20 dernières années. Et ils ont su éviter assez de pièges et d’écueils.

Si, au Mali, la démarche s’avère informelle, dans de nombreux pays, la Constitution accorde un rôle de Conseiller Spécial du président de la République à tous les anciens chefs d’Etat. C’est dire qu’un ancien président a toujours quelque chose à apporter à son successeur et à son pays.

Mais à quoi avions-nous assisté avec IBK ? Ses deux prédécesseurs ont été immédiatement pris pour cible le jour même de son investiture. La haine contenue depuis des années a, comme un volcan, fait irruption et les laves ont tout consumé sur leur passage y compris, les graines d’une éventuelle réconciliation.

A y voir, de très près le défaut d’anticipation et le manque de vision à long terme a commencé ce jour-ci. Sachant qu’il héritait d’un pays menacé jusque dans son existence, le nouveau président élu devrait véritablement faire sien son propre adage : le Mali d’abord. Mais l’ego a pris le dessus sur la patrie.

Et les messages de haine distillés ce jour seront repris par ses proches et affidés pour souiller davantage les prédécesseurs et enterrer définitivement les espoirs d’un rapprochement avec eux.

Bien entendu : les deux anciens présidents s’abstiendront, pour leur part, de poser le moindre acte durant cette première année de gouvernance de leur détracteur. Nullement parce qu’ils n’ont rien à apporter. Mais il s’agit d’une démarche propre au genre malien. Preuve que les deux anciens présidents possèdent encore des ressources, ils sont encore sollicités par des chefs d’Etat en exercice ou des organismes internationaux. Bref, comme le dit l’adage : l’on a toujours quelque chose à apprendre de son prochain, même d’un sot.

En définitive, si IBK a manqué de vision durant cette première année, c’est parce qu’il s’est lui-même aveuglé par sa haine et son opposition stérile à ses prédécesseurs en se donnant l’impression à lui-même et à son peuple d’être l’homme providentiel parce qu’élu avec 78% des suffrages. Et voilà le résultat.

Le véritable courage consiste à revenir sur les pas et non à se complaire dans un complexe de supériorité et de mépris à l’endroit des «aînés ». Le «Mali d’abord » mérite bien ce sacrifice, si sacrifice, il en est question.

Sidiki Magassouba

 

Encadré

Quelques éclaircis quand même

Les négationnistes, très nombreux en ces temps incertains, estimeront que rien, absolument rien n’a été réalisé durant cette première année du règne d’IBK. C’est peut- être trop dire. Si le bilan en question s’avère globalement négatif, il existe quand même quelques nuances.

Le principe démocratique dans son ensemble n’a pas été compromis. Même s’il ne s’agit nullement d’un acquis d’IBK, il a été cependant été préservé. Ce qui n’est pas rien au regard des multiples tentatives de la junte et même des autorités de la transition de remettre en cause certains fondements dont la liberté d’opinion et de la presse.

Nul n’a été inquiété pour ses opinions tout au long de cette première année. Quelques pas en arrière nous permettront certainement d’apprécier cet acquis à sa juste valeur. La presse a été particulièrement malmenée aussi bien par les putschistes que par le pouvoir de transition sous la coupe de la junte. Les cas de nos confrères, Birama Fall, Saouti Haïdara, Abdrahamane Keïta, Boukary Daou, de nos confrères de la Radio Kayira, de la Chaîne de télévision Africable, etc., sont là pour nous le rappeler. Le pouvoir d’IBK s’est bien passé de cette méthode quand bien même la presse et les opinions en général ne lui aient pas été favorables.

Le nouveau président a, par ailleurs, fait un geste fort à l’endroit du monde paysan à travers la réduction sensible des prix de certains intrants agricoles comme l’engrais…

Aussi, les victimes de sinistres (incendies des marchés) ont bénéficié d’un soutien conséquent de l’Etat. La traditionnelle hausse des prix des denrées de première nécessité durant les mois de Ramadan a été presque contenue…

Ce sont, certainement là quelques rares consolations malheureusement étouffées par l’augmentation tarifaire de l’électricité, des hydrocarbures et autres…

S.M

SOURCE: La Sentinelle  du   9 sept 2014.
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