Gouvernance 2015 : Le « Bourgeois » prépare sa révolution

C’est dans les meilleures dispositions que le président Ibrahim Boubacar Kéïta aborde l’année nouvelle. Qui l’eût cru ? Le « Bourgeois de Sébénicoro » fait souffler le vent de la révolution au gouvernement.

ibrahim boubacar keita rpm ibk SEBENIKORO EPOUSE
Celui que l’on disait exagérément laxiste parce que ne pouvant se départir d’une conception personnelle du pouvoir, vient de révéler par ses consignes fermes pour instaurer l’ordre, la discipline et la cohésion dans l’équipe gouvernementale, que le laisser faire et le laisser aller ne sont désormais plus de saison. Espérons que ce ne sera pas de vain mot.

La critique avait eu sa raison d’être, à cause de l’implication du clan familial dans la composition d’un gouvernement précédent. Il avait été difficile pour IBK de gérer les imbrications d’intérêts familiaux, pas forcement compatibles, avec les rigueurs de la gouvernance d’Etat.

Cette connexion avait été fortement décriée par l’opposition qui y voyait un exercice du pouvoir à des fins personnelles, loin des proclamations tapageuses de « Le Mali d’Abord », ou  « Pour l’honneur et la fierté du Mali ». Sous le Premier ministre Oumar Tatam Ly comme sous Moussa Mara, les effets collatéraux de cette tendance se sont fait sentir dans l’action gouvernementale. Car ces derniers, soumis à toutes sortes d’influences et de pressions, n’ont jamais eu les mains totalement libres pour agir sereinement, dans le sens de l’accomplissement du programme de gouvernement issu du projet de société du président Ibrahim Boubacar Kéïta.

La situation était encore plus compliquée avec l’opposition interne au RPM, le parti présidentiel, qui, frustré d’être dépossédé des rênes de la primature par des intrus successifs, leur rendit volontairement la vie impossible. Poussant le premier à la démission et le second à la sortie en le condamnant à  une incapacité quasi-totale.

Pourquoi IBK n’a donc t-il pas réagi à temps pour mettre le holà aux diverses actions de sabordage de la gouvernance dans son propre camp ? Là-dessus, les supputations sont allées bon train, jusqu’à affirmer que le président de la république était sous influence, en quelque sorte pris en otage. Mais par qui ? Là, se sont arrêtées les supputations des mauvaises langues et les rumeurs.

Le hiatus dans la gouvernance

Le pouvoir démocratique est un long apprentissage et sa gouvernance n’a jamais été, ne sera pas de tout repos. Eu égard sa grande expérience d’homme d’Etat, IBK est payé pour le savoir. Puisqu’il en a eu à souffrir les affres encore plus que les plaisirs, en démontrant son savoir-faire. Cela depuis le premier président élu de la troisième République Alpha Oumar Konaré, dont il a été le Premier ministre en des temps extrêmement durs pour le pouvoir, au régime d’ATT qui a suivi, où il fut le président charismatique de l’Assemblée Nationale pendant le premier mandat et simple député au second.

Il a bénéficié d’un avantage incommensurable en se faisant élire par le peuple à plus de 77% des suffrages exprimés par les Maliens dans les urnes au second tour. Cette confiance devait être maintenue et fructifiées au plus grand bénéfice du pays et des citoyens par de bons résultats engrangés dans le processus de sortie de la crise du Nord, dans le redressement économique comme au plan de la sécurité et dans l’apaisement du climat social.

Mais la plupart de ses bonnes dispositions ont été freinées ou annihilées parle diktat de grandes puissances, certaines décisions défavorables de l’ONU et de la communauté financière internationale. Ainsi, la reconquête du Nord s’est arrêtée à Kidal où les groupes armés jihadistes se sont réinstallés en force; les institutions de Brettons Wood nous ont coupé au moment inopportun de leurs sources précieuses de financement de notre économie exsangue, alors que le déficit sécuritaire s’aggravait de jour en jour, au nord  comme au sud à cause du développement exponentiel du terrorisme et du grand banditisme , avec une faiblesse criarde des moyens de nos forces de défense et de sécurité pour y faire face.

 Rigueur et pédagogie à associer

Le président Ibrahim Boubacar Kéïta aurait gagné, le Mali avec, en instituant au palais de Koulouba, dès le commencement, les résolutions affichées le mercredi 14 janvier dernier lors du premier conseil des ministres du nouveau gouvernement Modibo Kéïta.  Ensuite, au cours de sa gouvernance il aurait dû faire constamment faire preuve de fermeté et pédagogie, la chose apparemment la plus difficile pour lui, qui a un besoin constant, presque viscéral, de clamer haut et fort et de faire sentir son autorité. Pour que tout le monde sache qu’il n’y a qu’un seul commandant à bord, même par gros temps, quand le bateau Mali menaçant de chavirer, avait besoin de l’effort conjugué de tous ses fils valides et patriotes, sans discrimination, sans exclusive.

Le Mandé Mansa n’a jamais été dans de telles dispositions, croyant que faire appel à l’opposition serait un aveu de faiblesse, ou d’incapacité devant le peuple. Cette attitude est conforme à sa conception manichéenne selon laquelle le vrai pouvoir ne se partage pas, il s’exerce au contraire avec une autorité sans partage avec les moyens et le confort qui siéent. S’il a consenti quelques fois à rencontrer l’opposition pour débattre des problèmes de l’heure, c’est à son corps défendant, sous la pression des évènements. Sans atteindre le seuil dangereux du culte de la personnalité,  le président Ibrahim Boubacar Kéïta en est au stade de la personnalisation de la gouvernance démocratique, dont il peut user et abuser à satiété des formidables pouvoirs qu’il détient de facto par un « régime présidentiel fort».

Il peut donc révolutionner la pratique démocratique à son gré, dans le sens d’une gouvernance éclairée et apaisée, ou au contraire la conduire dans la voie peu fructueuse d’un pouvoir personnel, solitaire, qui irait à un échec certain. Il a déjà commencé par un avertissement solennel adressé à l’équipe gouvernementale du Premier ministre Modibo Kéïta contre tout écart, toute fronde visant à saper son autorité. La sanction sans appel serait un renvoi du gouvernement. Quant à tous les hauts cadres de l’Administration d’ Etat, ils n’ont plus qu’à se tenir. Car jamais rien ne sera jamais plus comme avant. Laissons au temps de juger.

Oumar Coulibaly

source : L e Guido

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