Début des pourparlers de paix d’Alger demain : Sur fond de dissonance entre le Haut représentant et le Gouvernement

Le début des négociations pour le règlement du conflit septentrional est annoncé, demain, à Alger où convergent déjà les différents protagonistes de la crise malienne. Des mouvements armés aux représentants des communautés, en passant par les représentants du gouvernement  ainsi que de la communauté internationale. Est également attendu, comme on peut s’en douter, le Haut représentant du président de la République pour le dialogue inclusif inter-malien. Modibo Keïta sera présent dans la capitale algérienne muni d’un précieux viatique : le projet de feuille de route qui servira probablement de modus-opératoire. Même si les partie prenantes, à en croire certaines sources, disposent chacune de leur propre schéma.

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La feuille de route du Haut représentant !

L’ancien Premier ministre a esquissé le contenu de son document, jeudi matin, à la faveur d’un bref entretien avec les partis politiques, en prélude à leur retrouvaille autour du Ministre de l’Intérieur, dans le cadre de la concertation périodique entre la tutelle et les formations politiques. La feuille de route du Haut représentant, qui a longtemps circulé sous les manteaux, s’appuie essentiellement sur  la résolution 2100 du Conseil de Sécurité de l’ONU, l’Accord préliminaire de Ouagadougou, l’Accord de cessez-le-feu ainsi que sur les récents engagements (déclarations et plateformes) des mouvements armés comme document de référence aux pourparlers.  S’y ajoutent également, tel que mentionné dans le projet de feuille de route, «les décisions pertinentes arrêtées par les chefs d’Etat d’Algérie et du Mali».

Selon les propositions du PM Modibo KEITA, les négociations, qui pourront se conclure au Mali après l’Algérie, seront menées par trois catégories principales de protagonistes : les représentants du Gouvernement du Mali, des mouvements armés signataires de l’Accord préliminaire de Ouagadougou et les représentants des communautés du Nord.

Dans le fond, le Haut représentant propose que les débats, au cours des pourparlers, tournent autour des sujets ci-après : l’organisation administrative et institutionnelle du pays avec une probable spécification des régions du Nord (AZAWAD), les stratégies de développement intégré des collectivités territoriales du Mali, la réorganisation des forces de défense et de sécurité. Ce n’est pas tout.  A ces proposition de thèmes s’ajoutent les modalités de désarmement, de démobilisation et de réinsertion socio-économique des groupes armées du septentrion, l’amélioration de la gouvernance, la problématique du  retour des réfugiés et des personnes déplacées ainsi que les modalités de leur réinsertion socio-économique, les mesures de protection et de promotion des droits de l’Homme au Mali, puis la réconciliation nationale en rapport avec la justice.

Dans leur structure, les pourparlers se dérouleront dans le cadre de plénières délibératives et de sous-commissions thématiques encadrées par un collège des médiateurs conduit par l’Algérie et comprenant les Nations Unies, l’UA et la Cédéao, puis un collège de facilitateurs chapeauté par le Haut représentant.

Aux organes thématiques prendront part toutes les trois parties prenantes des négociations, tandis que le processus délibératif n’est ouvert qu’aux seuls représentants du Gouvernement malien et des mouvements armés. Les représentants des communautés, en l’occurrence la société civile ainsi que les personnalités du Nord désignées par élus nationaux ne seront pourvus d’aucune voix délibérative, selon les propositions du Haut représentant du président de la République. «Les communautés du Nord ne participeront pas aux délibérations de la plénière », mentionne –t-il clairement dans son document.

Une guerre de schémas en perspective

Cette option, comme il est loisible de le comprendre, ne saurait aucunement agréer certains protagonistes des pourparlers, qui ont déjà donné le ton de la contestation, ne prélude à l’ouverture des négociations d’Alger. Il s’agit notamment des communautés sédentaires du septentrion, dont certains représentants, approchés  par nos soins, s’accommodent difficilement d’un schéma qui consiste à les associer aux négociations sans les prendre en compte dans le processus de délibération.

Leurs appréhensions sont d’ailleurs largement partagées par les fronts sédentaires d’auto-défense, mais ne le sont naturellement pas, en revanche, du côté des mouvements armés de la rébellion séparatiste. En effet, dans les rangs de ces derniers, l’ouverture des pourparlers d’Alger s’annonce avec des revendications velléitaires en rapport avec une levée préalable d’équivoques et confusions autour du statut des mouvements armés sédentaires (assimilés à des milices pro-gouvernementales) ainsi que  sur la paternité réelle de la médiation. Le Mnla, en particulier, tient à clarifier le choix de l’Algérie en lieu et place de la médiation burkinabé pourtant réaffirmée, lors du dernier sommet de chefs d’Etat de la Cédéao.

Par ricochet, au nombre des réserves pressenties du même côté, il convient donc l’endroit qui sera finalement retenu pour le déroulement des négociations. Les mouvements armés indépendantistes s’inscrivent en effet dans le schéma d’un endroit où les participants ne seront la cible d’aucune pression de la part d’une quelconque autorité, a-t-on confié, de source proche du Quartier Général du Mnla basé à Ouagadougou.

Qu’à cela ne tienne, en cas d’acceptation des propositions du Pm Modibo Keïta, les pourparlers prévoient les épisodes suivants : une cérémonie d’ouverture solennelle marquée par les interventions successives du pays d’accueil  et des partenaires internationaux (Nations Unies, UE, UA), celles des différents groupes armés ainsi que du gouvernement malien. Suivront ensuite les travaux en commission qui vont déboucher sur l’adoption en plénière des résolutions ainsi que de l’Accord de Paix, lequel sera l’objet d’une présentation solennelle à la clôture des négociations. Quant à la signature d’un éventuel Accord de Paix, elle pourrait intervenir à Bamako selon le calendrier des pourparlers qui reste à déterminer.

En attendant, il va falloir davantage clarifier car les contradictions n’apparaissent pas du seul côté des mouvements armés. Entre le facilitateur Modibo Keïta et le Gouvernement malien, ce n’est peut-être pas la mer à boire, mais la cacophonie est évidente. Et pour cause. Lors d’un point de presse, Samedi, à la Cité Administrative, le chef du Gouvernement en campant le décor du rendez-vous d’Alger, s’est illustré avec son intransigeance habituelle quant à la brûlante question du statut de l’Azawad. Il ressort du document en «12 questions» présenté devant les confrères que «ni autonomie ni indépendance ne seront à l’ordre du jour», allusion faite à l’octroi éventuel d’un statut spécifique aux Régions du Nord. Or, il apparait clairement, dans le projet de feuille de route du Haut représentant du chef de l’Etat, que l’organisation administrative du Mali figure bel et bien parmi les sujets à débattre au cours des pourparlers. S’y ajoute que le document présenté à la presse est muette sur des questions essentielles comme les modalités de réinsertion socio-économique des groupes armés, leur désarmement et démobilisation, etc.

A. K.

SOURCE: Le Témoin
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