Coup de griffe ; Hypocrisie

Pour la troisième fois consécutive, les acteurs politiques ont commémoré le 26 mars dans l’hypocrisie et la mauvaise foi. On se rappelle que le 26 mars 1991, une insurrection populaire s’est terminée par un coup d’Etat militaire qui a renversé le régime totalitaire mais prêt à l’ouverture démocratique du général Moussa Traoré.

ancien president malien general moussa traore

Les intellectuels qui étaient à la tête de cette insurrection ne voulaient plus rien savoir sachant qu’en cas d’ouverture démocratique du régime Udpm, ils n’avaient aucune chance de prendre les commandes du pays. Malgré la promesse du général Moussa Traoré d’organiser rapidement un congrès, conformément à la Constitution alors en vigueur, pour faire sauter le verrou relatif au parti unique et introduire le multipartisme, le mouvement faussement dit démocratique a manipulé le peuple malien, l’a armé, l’a incité à la violence et l’a conduit à affronter les forces de sécurité qui ont été obligées de riposter. Et puisqu’on ne peut pas faire d’omelette sans casser des œufs, le sang a été versé, contraignant l’armée à intervenir et à renverser le pouvoir en place. A la tête des putschistes, un certain Amadou Toumani Touré dit ATT. Depuis, le 26 mars a remplacé le 19 novembre –le 19 novembre 1968 étant la date à laquelle Moussa Traoré a renversé le régime autocratique de Modibo Kéita.

Mais le 22 mars 2012, ATT à son tour a été renversé par une junte militaire dirigée par Amadou Haya Sanogo. Ce coup d’Etat va diviser la classe politique et la société civile en trois catégories : les pro putschistes dont le RPM et MP 22, les anti coup d’Etat dont le FDR et les équilibristes dont la CSM, la Codem et la Cnas. Les premiers ont tout fait, en vain, pour maintenir au pouvoir les putschistes qu’ils entendaient utiliser pour accéder à des postes qu’ils n’auraient jamais eus normalement. Les deuxièmes se sont alignés derrière la communauté internationale, notamment la Cedeao, qui prônait un retour à vie constitutionnelle normale. Les troisièmes, les plus lucides mais aussi les plus calculateurs, voulaient profiter de ce hiatus historique pour refonder l’Etat et la nation. Les premiers et les troisièmes étaient donc dans leur rôle, ils avaient besoin d’une telle situation pour espérer accéder à l’appareil d’Etat manipulé par les deuxièmes depuis 1992. Mais ceux-ci avaient tout faux. Ils exigeaient le retour à une vie constitutionnelle normale en occultant le préalable qui est le retour et la réinstallation du célèbre couple de non-entendants : Amadou et Mariam. Ceux-ci ont fini par être sacrifiés consacrant du coup le coup d’Etat. E c’est là que se manifestent les hypocrisies. Le pouvoir d’ATT n’a jamais été restauré même si les putschistes ont été chassés du pouvoir, mais le 22 mars n’a jamais été consacré une journée chômée et fériée. Et si le pouvoir d’ATT n’a jamais été restauré, c’est parce que le coup d’Etat a été cautionné par la classe politique, la société civile maliennes et la communauté internationale qui n’ont jamais exigé qu’il soit rétabli dans ses fonctions pour achever son mandat. Dans ce cas, pourquoi continuer à fêter le 26 mars quand on ne fête plus le 19novembre ?

Cheick TANDINA

source : Pretoire

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