PLETHORE D’INSTITUTIONS REPUBLICAINES : Le vice rédhibitoire de la Constitution de février 1992

Calquées sur des modèles d’ailleurs, certaines institutions de la République du Mali se révèlent en déphasage avec les réalités locales et surtout coûteuses pour le budget de l’Etat. Les plus hautes autorités ont tout intérêt à expurger la Constitution de 1992 de certaines de ses impuretés, ne serait-ce que pour préserver des ressources publiques qui peuvent servir à mieux lutter contre la pauvreté.

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Lourdes, budgétivores et quasi-inefficaces… ! Telles sont des caractéristiques de certaines institutions de la République du Mali. Et si ce n’est pas pour une question de prestige, la cohabitation entre des organismes publics comme le Bureau du Vérificateur général (BVG) et la Section des comptes de la Cour suprême (une institution de la République), la Casca et le Contrôle général des services publics relève d’une superposition très coûteuse pour le Trésor public. Cette situation occasionne bien de distorsions.

Chacune des entités citées est censée aider à la bonne utilisation des ressources publiques, à lutter en amont contre l’enrichissement illicite des fonctionnaires, la délinquance financière, l’accaparement des biens publics par une catégorie de citoyens, la concussion, la gabegie, etc.

Cependant, force est de constater que tous ces obstacles au développement se portent bien au Mali. En 2013, le Végal a révélé 80,21 milliards de F CFA de pertes pour le Trésor public au titre de la fraude et de la mauvaise gestion uniquement. Pourquoi donc injecter de l’argent dans la création et le fonctionnement d’institutions au bilan psychologique somme toute mitigé ?

Que dire du Bureau du Médiateur de la République dont les missions ont pour noms la publication d’un rapport annuel sur les griefs des citoyens contre les administrations et l’organisation de l’Espace d’interpellation démocratique (EID), une messe qu’on voulait solennelle, mais qui n’émeut plus grand monde au Mali à cause d’un discours usé ? D’ailleurs, ceux qui ont encore le courage de suivre le rituel d’un bout à l’autre commencent à être étranglés par l’impression de déjà-vu, de déjà-entendu qui s’y dégage.

Au-delà du phénomène de mode à la base de sa création chez nous, le Bureau du Médiateur de la République résume tout simplement l’incapacité du pouvoir judiciaire à veiller à la distribution sereine et équitable de la justice ; la difficulté, pour l’administration publique, de se départir de ses costumes coloniaux pour se mettre résolument au service du développement national et donc du citoyen, etc.

La Haute Cour de justice, quand bien même une institution qui mérite d’être installée, n’a pas encore convaincu le grand public sur son bien-fondé. Toutefois, ses membres perçoivent les avantages liés à leurs charges… allégées, faute de matière à traiter.

 

Dépenses intelligentes

Le Conseil économique, social et culturel (CESC), le Haut conseil des collectivités territoriales (HCCT), et d’autres organismes comme le Comité national de l’égal accès aux médias d’Etat (Cneame), la Délégation générale aux élections… enregistrent également des résultats largement en dessous des efforts financiers consentis pour les maintenir.

En plus de sièges construits à coup de milliards de F CFA, le contribuable entretient à grands frais le personnel. Pour autant, la mauvaise gouvernance ne cesse d’étendre ses tentacules. Les ressources utilisées qu’on peut croire jetées par la fenêtre pouvaient pourtant participer à l’œuvre d’édification nationale.

L’argent injecté dans la construction, l’équipement, les frais d’eau et d’électricité, le carburant ; les salaires et accessoires du personnel des institutions qui poussent comme des champignons sur le sol malien pouvait soulager la misère des couches laborieuses qui n’ont pas accès au minimum comme l’eau potable, l’électricité, l’hygiène, la santé, l’éducation, l’alimentation.

Un pays comme le Mali avec un taux de pauvreté de 43,6 % et un indice de développement humain à 0,344 selon les données du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) en 2012 ne doit pas se payer le luxe d’entretenir des institutions à l’efficacité douteuse. Bref, il s’agit aujourd’hui de promouvoir une politique des dépenses intelligentes.

Au demeurant, la consolidation du processus de paix en cours dans notre pays passe par la résilience des populations en particulier celles du Nord aux chocs à travers la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Toutes choses qui requièrent d’abord l’utilisation judicieuse des ressources publiques, l’aide extérieure n’étant qu’un appoint.

Vivement alors une révision de la Constitution de 1992 qui tienne compte du bien-être des Maliens d’Abord et qui se garde d’ordonner la création tous azimuts d’institutions inopérantes !

Source : Maliactu.info

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