CORRUPTION ET DELINQUANCE FINANCIERE : Place aux poursuites judiciaires !

Le procureur de la République, Mamoudou Kassogué, en charge du Pôle économique et financier de Bamako, est revenu à la charge dans le dossier de l’affaire dite des « avions cloués au sol », en lançant « un appel à témoins.». « Pour permettre l’évolution rapide et efficiente desdites enquêtes, relève le communiqué, le Procureur invite toutes les personnes dépositaires d’informations ou de documents relatifs à l’affaire de les mettre à sa disposition ». Cette sulfureuse affaire n’est pas la seule qui a défrayé la chronique durant les mandats de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keira. De l’achat de l’avion présidentiel à l’acquisition des équipements militaires pour l’armée malienne en passant par les affaires non moins sulfureuses d’engrais frelatés… le régime d’Ibrahim Boubacar Keita s’est abonné aux scandales financiers sur fond de dilapidation des ressources de l’Etat. Des scandales qui ont mis la République au fond d’un gouffre financier sans précédent dans l’histoire de notre pays. Retour sur ces gros scandales qui ont ébranlé le Mali sous le mandat d’IBK. L’Aube ouvre le dossier.

Le régime IBK présente un tableau peu réjouissant à matière de gouvernance les scandales financiers se sont multipliés et sont restés impunis. Cela en dépit des promesses du président IBK de mener une lutte implacable contre la corruption et la délinquance financière.

Aussi, l’achat de 2 hélicos Puma, en 2017, a donné lieu à un vaste scandale, après que le président de la République IBK ait confirmé dans un entretien à Jeune Afrique que les avions achetés sous son magistère sont cloués au sol « faute de maintenance appropriée ». Puis, ce fut au tour du président de la commission défense de l’Assemblée nationale de l’époque, Karim Keïta, le fils du président de la République, de déclarer, lors d’un colloque à Paris : «Les hélicoptères que nous avons achetés ne peuvent plus voler, ça marchait au début mais, vraisemblablement, on a un problème d’entretien depuis l’achat, je me demande si on n’a pas été floué à l’achat »…

Cette déclaration du président de la commission défense de l’Assemblée nationale vient réveiller les forts soupçons de surfacturation et les malversations portant sur les ressources financières destinées à acquérir des équipements pour l’armée.

Déjà, à l’achat de ces hélicoptères, un officier supérieur de l’armée malienne a déclaré dans Bloomberg news (parution du 13 juillet 2017) : « Nous avons deux hélicoptères cloués au sol et qui ne servent à rien». Avant de préciser : « Les appareils sont cloués au sol parce que l’armée ne peut pas obtenir les pièces de rechange».

Scandales en répétitions

Cet énième scandale rappelle une longue liste de magouilles et de surfacturations qui ont entaché le mandat d’IBK ces dernières années. En effet, le régime s’est singularisé par sa propension à susciter plusieurs scandales…

Les affaires sombres les plus emblématiques restent celles liées à l’achat de l’avion présidentiel, acquis à la suite d’un montage financier opaque mêlant sociétés-écrans et hommes d’affaires douteux. Hors, de toute inscription budgétaire, 20 milliards de francs CFA ont été sortis des caisses de l’Etat pour acquérir un Boeing 737 non encore immatriculé au nom du Mali, alors même que le pays dispose d’un avion présidentiel (Boeing 727) en bon état et dont l’assurance contractée auprès de l’assureur londonien, Allianz, avait été renouvelée jusqu’en 2015. Le FMI (Fonds monétaire international) et la Banque mondiale étaient sortis de leur réserve pour exprimer leur mécontentement. Le Bureau du Vérificateur général a été commis par le Fmi pour auditer cette affaire, ainsi que la section des comptes de la Cour suprême par le gouvernement malien. Les rapports de ces deux structures de contrôle sont accablants : des surfacturations comprises entre 29 milliards et 38 milliards sont décelées. Pis, aujourd’hui encore, nul ne sait si l’avion appartient au Mali.

Au même moment, était révélée aux Maliens et au monde entier la nature d’un marché de gré à gré de 69 milliards de F CFA attribué, en violation des règles des marchés publics, à un proche de la famille présidentielle. Avec l’avenant, le marché a finalement porté sur 108 milliards de FCFA. Le fait que le marché soit attribué de gré à gré est un piétinement flagrant des principes élémentaires de passation de marché public. Pire, dans le même contrat, les Maliens apprendront que le ministre des Finances, Mme Fily Bouaré, a couvert ce marché par une garantie de 100 milliards de francs CFA. Des personnalités, l’on se souvient, avaient profité de ces affaires pour se sucrer en se livrant à des surfacturations dont seules les Républiques bananières ont le secret.

Bien d’autres marchés de ce genre existent, surfacturés et couverts par l’impunité. En avril 2016, le gouvernement a remis au MOC (Mécanisme opérationnel de coordination) 42 véhicules destinés aux patrouilles mixtes. La presse a rapporté que lesdits véhicules ont coûté à l’État 2 milliards 300 millions de FCFA, soit plus de 50 millions l’unité. Le Parena a, au mois suivant, publiquement critiqué ce marché et sollicité l’intervention des pouvoirs publics pour sauver l’argent public. En vain!

Après l’affaire de l’avion présidentiel et des équipements militaires surfacturés, le Malien lambda était loin de s’imaginer qu’un autre scandale, portant lui aussi sur des milliards de FCFA, éclaterait. Cet énième scandale portait sur une soixantaine de milliards F CFA destinés à l’achat de l’engrais pour les paysans, sous forme de prêts à rembourser dès la fin des récoltes dans les opérations de développement rural.

C’est une minuscule GIE (Groupement d’intérêt économique) qui était chargé de l’attribution, à travers un avis d’appel fort douteux, de ce gros et juteux marché à des fournisseurs, parfois sans foi ni loi. Il a fallu qu’un concurrent mécontent crache dans la soupe, en soumettant au test de conformité l’engrais d’un rival à un laboratoire de la place, pour que le pot aux roses soit découvert et que la vérité dans toute son horreur commence à être étalée sur la place publique. Le président de la République a promis la fermeté dans ce dossier au cours de la session du Conseil supérieur de l’agriculture qu’il a présidée le 16 mai 2016. L’opinion a longtemps attendu sa réaction. En vain.

Engrais et logements sociaux…

L’impunité encourageant de nouvelles atteintes à la morale publique, une nouvelle affaire dite « des 1000 tracteurs » a été révélée à l’opinion malienne par le Parti pour la renaissance nationale (Parena) qui, après investigations, est parvenu à la conclusion que la passation dudit marché n’a pas respecté les règles régissant le code des marchés publics.

Un autre scandale qui a éclaboussé le mandat d’IBK : l’attribution des 1552 logements sociaux de Tabacoro, dans laquelle il a été orchestré une véritable magouille à ciel ouvert. En plus des ministres de la République et des cadres de l’administration, le ministre en fonction chargé de logements sociaux à l’époque, Dramane Dembélé, a distribué des villas « sociales » à la famille du Premier ministre Modibo Kéïta (2015 – 2016). Ainsi, sous IBK, le Mali est entré dans une nouvelle ère des logements sociaux. Désormais, tous les bénéficiaires doivent avoir un caractère particulier : être militant ou sympathisant d’un parti de la mouvance présidentielle, ou avoir un lien avec un président ou un membre des institutions de la République.

Aussi, le Mali sous IBK tournait au rythme de scandales financiers qui paralysent le fonctionnement de l’Administration, asphyxient l’économie et ternissent l’image du pays. Outre l’achat d’avion de commandement, contrat d’armement, accusation de connexion avec un parrain de la mafia, sanctions des bailleurs de fonds notamment le Fmi, infestation du pouvoir par la famille d’autres scandales, dont entre autres rénovations de résidence privée, surfacturations, l’affaire projet Soundjata (énergie), les rapports du vérificateur général, aéroports du Mali, les marchés de gré à gré de l’office du Niger …  Nous y reviendrons dans nos prochaines parutions.

Mémé Sanogo

Source: Journal l’Aube-Mali

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