Au Mali, le président IBK lance la lutte contre la corruption

IBRAHIM BOUBACAR KEITA IBK OMVS BARRAGE FELOU GOUINA

Pour le président malien, 2014 est l’année du grand nettoyage. Une façon de rassurer les bailleurs de fonds internationaux venus au chevet du pays, un an après le début de l’opération française «Serval».

2014 à Bamako, c’est l’année du nettoyage. Tel est en tout cas le souhait exprimé dans les vœux de Nouvel An du nouveau président malien Ibrahim Boubacar Keïta, dit IBK, qui a décrété que 2014 serait consacré à la lutte contre la corruption. «Nul ne s’enrichira plus illégalement et impunément sous notre mandat, Inch’Allah», a déclaré le chef de l’État. Il s’est dit toutefois conscient «que les familles souffrent, que les salaires sont dérisoires et que tout ceci ne contribue pas à prévenir la corruption». Le Mali, qui compte parmi les pays les plus pauvres du monde, souffre d’une corruption endémique. Il figure ainsi à la 127e place sur 177 du classement mondial de l’indice de la perception de la corruption, publié par Transparency International.

 

 

En lançant une offensive dans ce domaine sensible, IBK espère rassurer les bailleurs de fonds internationaux qui se sont portés au chevet pour aider à reconstruire l’État malien, un an après le déclenchement de l’opération militaire française «Serval» qui a permis la reconquête de la partie du pays occupée par les djihadistes. Surnommé «Kankeletegui» – «celui qui n’a qu’une parole», le président malien avait déjà ordonné un grand coup de balai en 1999, lorsqu’il était le premier ministre d’Alpha Oumar Konaré. «Tous les PDG des sociétés nationales avaient été interpellés», se souvient Amadou Ousmane Touré qui était à l’époque procureur au pôle économique et financier du parquet de Bamako. Devenu Vérificateur général, autrement dit censeur des comptes de la République, ce dernier a rendu son rapport 2012 qui donne une idée de l’étendue des dégâts. «Nous avons relevé des irrégularités sur des sommes portant sur 50 milliards de francs CFA (environ 75 millions d’euros) dont 12 milliards de vol pur et simple (environ 18 millions d’euros), au détriment du budget de l’État, explique Amadou Ousmane Touré. Ces chiffres sont d’autant plus dommageables que le budget est inférieur au chiffre d’affaires annuel d’une grande société internationale, comme Bolloré, ou que la fortune personnelle de la milliardaire française Liliane Bettencourt».

 

 

Le patron du PMU malien arrêté

De nombreuses malversations portent sur les conditions d’attribution des marchés publics. Le PMU malien, dont le patron a été arrêté, est particulièrement dans le collimateur. Le Vérificateur général a également épinglé le centre d’appareillage orthopédique qui est censé venir en aide aux handicapés, avec le soutien financier de l’ONG Handicap International. «Il est scandaleux de voir détourner l’argent destiné à donner un bras ou une main artificielle», s’indigne le magistrat qui pointe de graves dérives dans le secteur de l’enseignement et de la santé, deux piliers de l’État qui sont en déconfiture depuis des années. Les dossiers vont être transmis à la justice. Interrogé sur les risques d’une chasse aux sorcières orchestrée par IBK pour éliminer ses adversaires, Amadou Ousmane Touré s’en sort par une pirouette: «S’il règle ses comptes, c’est que les comptes des personnes mises en cause étaient mal réglés.»

 

 

Longtemps considérée comme une vitrine de la bonne gouvernance en Afrique, la démocratie malienne était surtout une façade dissimulant des malversations et des détournements de fonds publics. «Nous observons aujourd’hui avec satisfaction des signaux positifs comme la fermeté du ministre de la Justice, mais nous sommes comme saint Thomas et nous restons vigilants», commente le représentant à Bamako d’un grand bailleur européen.

 

Source: lefigaro.fr

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