Le nouveau président de la France au Mali : Macron sur les traces de Hollande pour préserver les intérêts français au Sahel

Investi le 14 mai 2017 président de la République de France, Emmanuel Macron est attendu au Mali ce week-end selon des sources médiatiques. Mais, ce sera une grave erreur de considérer cette visite aux forces françaises de Barkhane comme un honneur fait à notre pays où une victoire diplomatique du pouvoir. C’est surtout la preuve que rien ne va changer dans la stratégie militaire et diplomatique de la France dans le Sahel où ses intérêts sont énormes et l’emportent sur toutes les autres considérations.

 

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“Nous le savons tous, les terroristes qui attaquent notre propre territoire, qui agissent sur notre propre sol sont liés avec ceux qui sont au Levant, en Irak et en Syrie mais aussi ici, dans la bande sahélo-saharienne… C’est le même combat, c’est le même enjeu” ! C’est la déclaration faite aux soldats de l’opération Barkhane par François Hollande, lorsqu’il leur a rendu visite le 13 janvier 2017 à Gao.

Mais, ce que l’ex-locataire de l’Elysée (depuis le 14 mai 2017) ne dit pas, c’est que “les mines d’uranium nigériennes et les potentielles ressources au nord du Mali représentent un enjeu fondamental pour la France et pour ses entreprises”. Un enjeu qui justifie essentiellement la présence militaire française dans notre pays et dans le Sahel.

Ainsi l’association Survie (qui lutte pour un changement dans la politique de la France en Afrique, basée sur le respect de la souveraineté des peuples) considère que l’intervention de la France est “contestable et inquiétante du fait de son histoire et de sa posture de domination vis-à-vis de ses anciennes colonies, dont le Mali”.

En réalité, pour Survie, la guerre que conduit actuellement la France au Mali, “s’inscrit dans la droite ligne de la politique qu’elle mène en Afrique depuis cinquante ans”. Ce qui, pour cette association est “une ingérence diplomatique, économique et financière et un interventionnisme militaire au service d’intérêts français…”

La présence française au Sahel est donc étroitement liée à la préservation de ses intérêts économiques En affirmant le 16 janvier dernier que la France n’avait aucun intérêt économique au Mali, François Hollande a délibérément masqué certaines clés de compréhension de l’intervention de son pays au Mali.

Depuis la période coloniale, le Sahara a représenté et représente encore un espace à part dans l’Empire français, particulièrement du fait des richesses de son sous-sol. C’est pourquoi la France a cherché à garder la mainmise sur cet espace à haute valeur économique et stratégique.

C’est dans cette perspective qu’elle a créé en 1957 une entité territoriale spécifique, l’Organisation commune des régions sahariennes (OCRS) qui a disparu avec les indépendances et qui s’étendait du Sud de l’Algérie au Tchad en passant par le Niger et le Soudan français (Mali).

Au moment des indépendances, elle est parvenue à garder la main sur ses richesses en signant en 1961 des accords de défense avec le Niger (entre autres anciennes colonies) incluant une clause d’approvisionnement préférentiel pour la France sur les matières premières “stratégiques”.

C’est ce qui lui a permis d’exploiter depuis 1969 l’uranium du sous-sol nigérien à un prix dérisoire. Ce n’est qu’un secret de polichinelle que l’indépendance énergétique de la France et le succès de sa filière nucléaire reposent sur le pillage du Niger.

Depuis le début des années 2000 et l’accélération de la course aux matières premières, le Nord du Mali (encore quasi inexploité) est devenu une cible pour les investisseurs, notamment ceux de l’Union européenne dont la politique est ouvertement guidée par la “sécurisation de l’accès aux matières premières”.

Dans un contexte de forte concurrence, les alliances et tensions sont discrètes ou apparentes, comme pour le pétrole du bassin de Taoudéni, à cheval entre l’Algérie, la Mauritanie et le Mali. Le pétrolier français Total, en lien avec Qatar Petroleum, n’est pas en reste selon Survie.

“Présent dans l’exploration-production en Mauritanie depuis 2005, Total explore, aux côtés de ses partenaires Sipex (filiale de l’algérienne Sonatrach) et Qatar Petroleum International, le bassin de Taoudéni dans les blocs Ta 7 et Ta 8 situés dans le désert mauritanien”. A noter que depuis la fin de crise institutionnelle, Total se sent pousser des ailes au Mali et est en train d’inonder la capitale de nombreux centres urbains de stations-services.

Selon un blog d’actualité financière, la présence de Total ne s’arrête pas là : “En février 2011, la presse algérienne indiquait que le groupe français Total et le groupe énergétique national algérien Sonatrach avaient dans leurs besaces plusieurs projets au Sahel”.

La France a également plus que jamais besoin de sécuriser la zone pour continuer d’alimenter l’industrie nucléaire civile et militaire hexagonale. Au Niger, elle prépare l’ouverture d’une nouvelle mine à Imouraren qui représente un investissement de plus d’un milliard d’euros. Or cette mine ne se trouve qu’à quelques heures de piste de la frontière avec le Nord du Mali, et même avec 600 soldats nigériens affectés à la sécurisation du site d’Areva, la France ne se sent certainement pas sereine.

L’attaque de mouvements armés sur le site gazier algérien d’In-Amenas ne fera sûrement que renforcer ce besoin de protection. “Une chose est claire, les mines d’uranium nigériennes et les ressources potentielles au nord du Mali représentent un enjeu fondamental pour la France et pour ses entreprises”, souligne Survie.

De belles et juteuses opportunités d’affaires pour les sociétés françaises

Sans compter que, poursuit-elle, le maintien des relations commerciales avec le Mali ne peut être considéré comme un enjeu totalement négligeable pour la France qui enregistre des excédents de balance commerciale relativement confortables avec le Mali : près de 300 millions d’euros en 2010 et 2011. Un montant à comparer avec le volume de l’aide publique française distribuée à ce pays, inférieure à 60 millions d’euros annuels.

Lors de sa visite au Mali, du 18 au 20 février 2016, l’ancien Premier ministre Manuel Valls s’était réjoui du développement des relations commerciales entre les deux pays en précisant que les parts du marché des entreprises françaises se sont considérablement augmentées au Mali. Le volume des affaires réalisées par les sociétés françaises au Mali a ainsi atteint en 2015, 500 millions d’euros, soit environ 325 milliards de F CFA.

Si notre pays devait poursuivre sa récession économique (particulièrement perceptible dans les secteurs bancaires, les services marchands, le transport ou la construction), nul doute que les grandes entreprises françaises et leur cinquantaine de filiales, bien positionnées dans le pays et dans les pays voisins, auraient à en pâtir longtemps.

Sans compter qu’une opération militaire de ce type, quel que soit son coût, permet à l’Hexagone de démontrer l’efficacité de son dispositif militaire et des armements utilisés. Soulignons à cet égard, l’utilisation d’avions Rafale équipés de tout-nouveaux armements de combats sur le théâtre des opérations.

Et à l’heure de négocier des contrats d’achat avec les Emirats arabes unis ou avec l’Inde, l’ancien président François Hollande a bien compris l’utilité de mettre en avant les prouesses de cet appareil.

Tout comme cette intervention au Mali permet de légitimer la présence contestée de l’armée française au Sahel. Elle sert par exemple à justifier la poursuite de l’opération Epervier qui permet à la France de maintenir une présence militaire au Tchad depuis 1986. Et cela en dehors de toute légalité internationale.

Ceux qui ont vu en l’élection d’Emmanuel Macron un salut pour les Africains de France, surtout les Maliens en situation irrégulière, doivent maintenant comprendre que la politique étrangère d’une puissance impérialiste et néocolonialiste s’inscrit toujours dans la continuité, quel que soit le pôle politique au pouvoir (droite, gauche ou leurs extrêmes) en France.

Et dès sa prise de fonction (dimanche 14 mai 2017), Emmanuel Macron a été très clair en rappelant que “les pays qui bénéficient de l’assistance de la France doivent accepter de signer les accords de reconduite aux frontières de leurs citoyens en situation irrégulière”. N’est-ce pas le même discours que Nicolas Sarkozy, François Hollande ?

Au moins le général Charles de Gaulle avait eu la sincérité de reconnaître que “la France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts”.

Kader Toé

(Avec l’Association Survie)

Le Reflet

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