Cheick Sidi Diarra à propos de la médiation des Chefs d’Etats: « Ils n’ont pas voulu assumer la responsabilité d’offrir une solution bancale ou injuste et de laisser un pays déchiré derrière eux »

Un adage bien de chez nous dit que quand la case du voisin brûle, aides-le à éteindre l’incendie pour éviter que ta propre case ne prenne feu. Cet adage, les chefs d’Etat de la CEDEAO en ont fait leur.

Dès qu’ils ont compris que les propositions de la précédente mission conduite par M. Goodluck Jonathan n’avaient pas obtenu l’adhésion de l’une des parties, ils ont décidé de s’impliquer personnellement avant que le point de non retour ne soit atteint, s’il ne l’est pas déjà.

Mieux, ils auraient pu tenir leur rencontre en visioconférence comme c’est la mode aujourd’hui. Mais ils ont choisi de venir in situ.

Tout cela est à leur honneur. Les Maliens doivent unanimement leur exprimer leur respect et leur gratitude pour cela.

Quant à la substance du travail, ils ont mis les quelques heures passées à Bamako à profit, pour consulter à tour de bras: PR, Imam Dicko et M5, majorité présidentielle et société civile. Cela est également à saluer.

Mieux, ils semblent avoir entendu le cri de coeur des Maliens et la douleur qui nous affecte.

Ils ne se sont pas précipités pour tirer des conclusions hâtives, contrairement à l’annonce faite par un célèbre journaliste de la place.

Ils ont compris que, face à l’urgence de la situation et au vu de la pronfondeur de la crise, il fallait y aller lentement, prendre le temps de comprendre et trouver une SOLUTION JUSTE ET ÉQUITABLE plutôt que de cautionner un système qu’ils savent non viable et périlleux pour le pays.

Ils n’ont pas voulu assumer la responsabilité d’offrir une solution bancale ou injuste et de laisser un pays déchiré derrière eux.

Pour une fois j’estime que « pas de communiqué vaut mieux qu’un mauvais communiqué ».

Il y a deux pladoyers majeurs qui ont influé sur le processus décissionnel des cinq chefs d’Etat:

  • Le plaidoyer du Ministre Choguel Kokala Maïga. Après une description comparative des réussites dans chacun des pays concernés avec notre « insuccès » au Mali, le Ministre a réussi le tour de magic de donner l’estocade en disant à peu de choses près « nous voulons avoir une gouvernance généreuse comme la vôtre »  » nous voulons d’un pouvoir qui se soucie de son peuple comme vous le faites chez vous. Nous ne demandons pas plus « . Ça c’est un coup de maître. Personne ne résiste à cela, même pas un chef d’Etat!
  • le message fort et puissant de l’Imam Mahmoud Dicko:  » nous ne sommes pas un peuple soumis » « nous sommes un peuple debout et digne » « personne ne viendra nous imposer quoi que ce soit »  » nous avons décidé de prendre notre destin en main ». Ces propos ont resonné comme un coup de semonce en direction des Chefs d’Etat, comme pour dire « attention à ce que vous allez nous proposer. Nous ne sommes pas prêts à sacrifier nos matyrs »

Ces deux messages puissants ont resonné dans la tête de tous ceux qui les ont entendus, moi y compris!

Je pense que le report de la décison est de très bon augure pour ceux qui veulent le changement en profondeur afin que nous ne retombions plus dans les abysses de la malgouvernance.

Il faut simplement espérer que les neuf autres chefs d’Etat, qui n’ont pas fait le voyage, ne viennent faire du syndicalisme de chefs d’Etat. J’en connais au moins deux(2) qui pourraient jouer aux « spoilers »

Ce qui va se passer après avoir touché du doigt notre douleur et notre détresse, c’est que les chefs d’Etat ne peuvent qu’apprécier la situation en toute objectivité et émettre des recommandations puissantes pour résorber durablement la crise de manière à éviter que cela ne s’étende à leur propre case.

Du moins, c’est ce que j’ose espérer et c’est ce qui relève du bon sens. Ne dit-on pas que bon sens est la chose la mieux partagée au monde!

J’ai écrit ceci et je l’offre comme contribution au débat.

Bamako, le 24 juillet 2020.

Cheick Sidi Diarra

Source: Mali24

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