Cent jours à la primature : A reculons…

Le Premier ministre Moussa Mara vient d’avoir 100 jours à la Primature. Depuis le 5 avril qu’il a remplacé Oumar Tatam Ly, démissionnaire dans les conditions qu’on sait, qu’a-t-il apporté à la gestion des affaires publiques, à l’amélioration des conditions de vie des maliens?

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Le 5 avril dernier, le Premier ministre Oumar Tatam Ly démissionnait dans des conditions pas très claires (il reprochait beaucoup de choses à IBK dans sa lettre de démission) ; dans la foulée Moussa Mara, ministre de la Ville dans l’ancien gouvernement, était nommé à sa place. Le nouveau Premier ministre a-t-il apporté un semblant de solution aux difficultés des maliens ? Qu’a t-il fait depuis son arrivée il y a de cela plus de 100 jours ? Nous allons essayer de faire un bilan de manière très objective.

Sur le plan sécuritaire, il faut reconnaître que c’est un recul depuis le 21 mai avec la visite du Premier ministre qui a tenu – coûte que coûte – à s’y rendre, malgré les conseils et les multiples mises en garde. Argument avancé : vérifier l’implantation de l’administration sur toute l’étendue du territoire national. Finalement, la mission a plus desservi qu’elle n’a servi. L’administration, qui devait être implantée, a perdu en crédibilité, en présence après la visite du Premier ministre.

Prenons le simple cas de Kidal. Avant le 21 mai, un gouverneur s’y trouvait, un préfet et des sous-préfets dans tous les cercles de la zone. De nos jours, les responsables de l’administration qui n’ont pas été exécutés, ont fui la région et rien ne représente le Mali à Kidal. C’est le même cas à Ménaka, Anefis, Tessalit, Aguelhok, Djebok et sur l’ensemble de la zone entre Kidal et Gao. Finalement, fallait-il vraiment forcer ce voyage sur Kidal pour ce résultat ? C’est ce que l’ancien Premier ministre a lui dû comprendre pour renoncer à son déplacement. Pour Moussa Marra, c’était un défi personnel. Les uns et les autres pensent d’ailleurs qu’il le faisait pour lui-même et qu’il l’a fait dans le cadre de son agenda personnel et non pour le pays.

En gros, cette visite a remis en cause, jeté à l’eau et anéanti des efforts de plusieurs mois consentis et par la communauté internationale et par l’armée malienne et par les maliens eux-mêmes. En effet, le Mali avait récupéré l’ensemble de son territoire avec l’aide de la France et de son armée, l’EUTM formait des soldats qui dissuadaient les rebelles à avancer (aujourd’hui, ils n’ont plus peur), le drapeau du Mali flottait sur l’ensemble du territoire et on ne voyait plus de drapeau islamiste ou Mnla. Aujourd’hui, le tableau est très sombre, le Mali a perdu, au su et au vu des soldats de la communauté internationale, la moitié de son territoire, l’administration existe à peine au Nord, le drapeau du Mnla flotte sur prés de la moitié du territoire national. Nous avons une armée humiliée, affaiblie et incapable de réagir. Le Mali a perdu tout crédit vis-à-vis de la communauté internationale ; l’image de nos autorités (surtout celle du président) a pris un sacré coup.

Sur le plan politique, le bilan n’est pas non plus élogieux. La majorité et l’opposition s’adressent à peine la parole. On croyait que la rencontre entre le président et l’opposition allait calmer les ardeurs et détendre un peu l’atmosphère, mais c’était peine perdue. Quelques jours après cette réunion, les députés de l’opposition parlementaire déposent une motion de censure contre le Premier ministre qu’ils accusent d’être responsable de tout le chaos que le pays revit. Ils l’accusent d’être responsable de la débâcle de Kidal et de l’humiliation qui s’en est suivie pour tout le peuple malien.

Aujourd’hui, Moussa Marra est décrié au sein même de la majorité parlementaire, au nom de laquelle il siège au bord du Djoliba. Les dernières informations disent que le RPM (parti présidentiel) demande son départ et que ses responsables ont même été reçus par le président de la République au sujet de son départ. Pire, la mouvance est sérieusement divisée depuis un certain temps, compte tenu de beaucoup de choses. D’abord sa boulimique volonté de prendre la tête de cette mouvance avec un seul député, la démission de Soumeylou Boubèye Maïga du gouvernement, dont le parti pourrait claquer la porte de la majorité parlementaire.

La situation économique et financière du pays n’est pas non plus reluisante depuis ces derniers 100 jours. Précisément depuis que le Premier ministre s’est prononcé sur l’achat du nouvel avion présidentiel lors de sa déclaration de politique générale. Dès lors, comme s’il n’attendait que ça, le FMI s’est intéressé au dossier et a gelé ses fonds. Il a été suivi en cela, naturellement, par la Banque mondiale et l’Union européenne.

Ceci pour dire que les perspectives sont loin d’être bonnes, contrairement à ce qu’on veut nous faire croire.

Moussa Touré

SOURCE: Nouvelle Libération
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