#Bagadadji2020 : au Mali, le vote utile « c’est billet de banque contre vote »

Soudoyer des électeurs pour les faire voter est une pratique interdite par la loi électorale. Malgré tout, elle prospère sous plusieurs formes. Dans ce billet, le blogueur Aldjouma Sow nous explique le « vote utile » au Mali où le billet de banque suffit à avoir le vote d’un électeur.

 

«Dans notre jargon, on appelle ça le vote utile», lance Bourama (prénom modifié, NDLR). La trentaine révolue, il milite au sein d’un parti politique depuis une dizaine d’années en commune V du district de Bamako, sur la rive droite du fleuve Niger (Djoliba). Jeune et dynamique, à chaque élection il joue un rôle clé en termes de mobilisation des électeurs pour sa formation politique.

Pour lui, l’achat de conscience est une pratique très courante au Mali à telle enseigne que beaucoup d’électeurs refusent de voter sans «être payés» en retour. «A Bamako, le jour du vote, généralement l’affluence est faible dans les centres de vote. Cela s’explique par le fait que certains électeurs, surtout les femmes et les jeunes, attendent d’être approchés par les mobilisateurs des candidats avec de l’argent pour aller voter», révèle-t-il.

Surenchère

À ses dires, ces pratiques commencent généralement dans l’après-midi et le « montant par électeur varie de 1 000 à 10 000 FCFA ». «Plus l’on s’approche de l’heure de la fermeture des bureaux de vote, plus le prix augmente», ajoute Bourama. Selon certaines indiscrétions, chaque parti s’adonnerait à cette pratique et s’organise en fonction de ses moyens. «Souvent le bureau national du parti donne de l’argent aux sous-sections et comités pour financer ces activités. Mais aussi les candidats eux-mêmes mettent la main à la poche pour faire voter les électeurs», explique cet autre membre d’un parti, qui a exigé qu’on lui garantisse l’anonymat.

Aussi, arrive-t-il que les « électeurs cherchent le plus offrant » : «Si un tel parti propose 2000 francs CFA, ils vont se renseigner pour voir si d’autres partis offrent mieux que ça», explique BouramaAvant de préciser que lorsqu’il s’agit «des vrais militants, le parti ne donne pas d’argent mais met à leur disposition le moyen de transport».

Pratique généralisée

«Toutes les formations politiques s’adonnent à ces pratiques. Notre rôle consiste à les signaler dans nos rapports», explique Ibrahima Sangho, président du Pool d’observation citoyenne du Mali (POCIM). Selon lui, il incombe à la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et au ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation de prendre des dispositions contre l’achat de consciences. «Mais ceux-ci ne jouent pas leur rôle», déplore M. Sangho.

Amary Traoré, 5e vice-président de la CENI et membre de la Commission communication, reconnaît que certains se livrent à l’achat de conscience. Mais pour lui, la grande difficulté est que les auteurs le font dans «la subtilité». «Pour pouvoir sanctionner les personnes impliquées dans ces pratiques, il ne suffit pas de les voir seulement à l’acte. Il faut un constat d’huissier et des preuves matérielles pour que la justice agisse. Ce qui est très difficile», avance-t-il.

Que dit la loi ?

L’article 73 de la loi électorale est formelle. «Les pratiques publicitaires à caractère politique et commercial […], les dons et libéralités en argent ou en nature à des fins de propagandes pour influencer ou tenter d’influencer le vote durant la campagne électorale sont interdits dès la convocation du collège électoral». Dans son article 130, la loi prévoit des sanctions contre les coupables et complices de ce délit. Elles vont «d’un an à cinq ans d’emprisonnement et d’une amende de 100 000 francs à 1 000 000 francs CFA».

Ce dimanche, les Maliens sont conviés aux urnes pour choisir leurs députés. Il est temps que ces pratiques cessent pour avoir des élections saines.

Source : Benbere

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