ATT : Que cache l’obsession du retour ?

De nouveau, Amadou Toumani Touré, l’ancien président malien était au-devant de l’actualité en fin de semaine dernière. Les parlementaires maliens ayant bouclé leur session ordinaire sans évoquer la question de son éventuel retour, ses partisans sont déçus et lui-même ne sait pas trop à quoi s’en tenir. S’il n’est pas totalement compromis, son retour n’est pas cependant pas encore acquis. Mais au-delà de ces petites péripéties, ce qu’on a du mal à comprendre, c’est ce pourquoi ATT s’obstine à vouloir revenir au Mali ? En dehors d’un boucan politico-médiatique orchestré à dessein, on ne comprend pas ce qui justifie l’urgence de son retour. A priori, il n’est pas à l’étroit au Sénégal. L’incompréhension est telle qu’on a des raisons de penser qu’en réalité lui et ses partisans envisagent un autre destin politique pour lui, au-delà de ses deux mandats. Ce qui serait une grosse erreur.

amadou toumani toure ancien president malien discours

Retour d’ATT, une vicieuse instrumentalisation

On entend çà et là que le retour d’Amadou Toumani Touré serait de nature à conforter la réconciliation nationale. Force est de reconnaître que cet argument-là est un peu tiré par les cheveux. Son absence sur le sol malien n’empêche pas ce pays de vivre. En la matière, le défi du pays se rapporte surtout à la très sensible question du nord-Mali et aux multitudes groupuscules terroristes qui y sèment la terreur. Ce n’est pas comme en Côte d’Ivoire où le transfèrement de Laurent Gbagbo à la Haye reste encore en travers de la gorge de ses partisans. Au Mali, Amadou Toumani Touré a été chassé du pouvoir presqu’en fin de son second mandat. Il n’a donc pas de regrets particuliers à éprouver. De même, ses supposés partisans ne sont pas légion. Il s’agit probablement de quelques fanatiques supporters dont le sort économique a été menacé par la chute de l’ancien président. Il est donc davantage question de lutte pour une survie économique qu’un attachement sincère et authentique au président ATT.

Un retour risqué

La volonté de retour de l’ancien président est d’autant plus incompréhensible qu’en principe, sa famille et lui-même ne sont pas dans le dénuement. Par ailleurs, son retour au Mali peut se révéler gênant pour l’actuel pouvoir. D’autant qu’il ne semble pas vouloir se résigner, comme Alpha Oumar Konaré, à son sort d’ancien président. L’autre facteur qui fait qu’on ne comprend vraiment pas son envie de rentrer, c’est le fait qu’il plane sur lui des risques de poursuites, une fois qu’il foulera le sol malien. Parce qu’au-delà de tout, son nom reste intimement lié à la dégringolade sécuritaire que le Mali connait depuis ces dernières années. Le délitement de l’armée et l’exaspération qui a conduit le MNLA à réclamer l’indépendance des régions septentrionales, sont de sa responsabilité. A ce titre, on pourrait légitimement exiger de lui des comptes.

Quelles ambitions ?

Et si en dépit de toutes ces menaces, il s’obstine à vouloir revenir, c’est qu’il a quelque chose derrière la tête. S’il ne consent pas encore tourner la page, c’est qu’il a des ambitions. Il ne conçoit pas sa mission comme étant terminée. Il se voit encore un rôle dans le Mali d’IBK ou après ce dernier. Autrement, comme le font beaucoup de dirigeants, après avoir miraculeusement échappé à un coup d’Etat dont l’issue aurait pu être plus tragique pour lui, il se serait mis dans la peau d’un président à la retraite. On se serait même attendu à ce que, du Sénégal, il s’envole pour une autre destination, avec la perspective de s’y consacrer à la rédaction de ses mémoires ou à prodiguer des conseils avisés à des dirigeants qui le solliciteraient. Hélas, sans qu’on ne comprenne pourquoi, il continue à faire partie des basses et nauséeuses agitations politico-politiciennes de son pays.

Boubacar Sanso Barry

Source: Ledjely

Vous aimez nos articles, suivez-nous

Articles similaires.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *