Assemblée nationale : Nouveau centre du pouvoir ou la tour de Babel?

Moussa Timbiné, ci-devant président de l’Assemblée nationale en mal de légitimité, se prend très au sérieux. Ce qui ne signifie point qu’il a une haute idée de la fonction qui est la sienne par effraction. Dans la vertueuse toge de député de la nation, il flotte, provoquant de grands rires chez les gens avertis. 

 

N’empêche, le nouveau Pharaon en sa pyramide s’octroie les premiers rôles de l’État. Les circonstances lui sont favorables dans ce jeu à se duper soi-même. Ibrahim Boubacar Keïta est dans une zone de turbulences et il n’est préoccupé que par le sauvetage de son pouvoir. Le pilote dans son avion ne sait même plus où se trouvent les manettes de l’appareil.

Le Premier ministre, Dr. Boubou Cissé, est certes, quant à lui, reconduit dans la formr à son poste, mais dans les conditions politiques actuelles, non seulement l’Accord politique du 05 mai 2019 n’est plus évocable, mais en plus la simple éventualité d’un gouvernement d’union nationale, même sans autres considérations, ne l’autorise pas à former un nouvel attelage gouvernemental. Il est dans la situation d’un réel chef militaire qui, malheureusement, cherche désespérément, des troupes.

Dans cette aventure quasi inédite au Mali, le centre de gravité du pouvoir s’est bien déplacé à l’Assemblée nationale dont la dissolution est réclamée à  cor et à cri par la communauté internationale comme faisant partie d’un panier de solutions de sortie de crise. Si le M5-RFP, le conseil de la diaspora et des juristes rejettent cette proposition pour des raisons de violation des dispositions constitutionnelles du Mali, Moussa Timbiné, dans une de ses formulations burlesques, va dans le même sens en soutenant qu’un député ne peut démissionner que par sa mort. On est bien servi là !

Ce tacle dur qui fait rouler tout le monde à terre, y compris Ibrahim Boubacar Keïta, lui permet de défendre sa chapelle avec énergie.

L’Assemblée nationale devient quelque chose d’hybride entre le siège du pouvoir et la nouvelle Tour de Babel de la République aux abois. Pour consolider pareil hold-up, il invite tour à tour en son bureau des officiels et grands commis de l’État, des syndicalistes, des diplomates et encore. La raison? Légitimer sa position qui ne peut être tenue que par l’échec de la contestation populaire, donc le maintien du système décrié.

Beaucoup de ses invités se laissent prendre à sa stratégie perfide. L’ambassadeur des États-Unis d’Amérique au Mali, Son Excellence Dennis B. Hankins, a ainsi surpris le monde entier par l’inintelligence de ses avis.

Le diplomate yankee, au grand mépris de la clairvoyance intellectuelle et de la pratique démocratique, a opiné en disant presque qu’il est criminel de destituer un président et que nul n’a le droit de demander la démission des institutions démocratiques. On ne sait pas si c’est à cause d’un égarement passager de sa part ou si c’est à cause de son inexpérience diplomatique qu’il a parlé ainsi.

Il a quand-même mis Moussa Timbiné aux anges, mais malheureusement, il a révélé qu’il ne connaissait rien à l’histoire des institutions et faits sociaux.

Un avocat malien, Me Maliki Ibrahim, en bon sauveur des peuples et en toute pédagogie, lui a administré une généreuse petite leçon, gratuitement en plus, par le rappel succinct des principes constitutionnels : enseignés dans toutes les écoles de droit public et facultés de sciences politiques : “Lorsque les lois de la République sont violées par les gouvernants, l’insurrection ou la désobéissance civile est, pour le peuple et pour chaque fraction du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des biens.

Ce principe est le fondement de toutes les révolutions, celles américaines, françaises de 1789, soviétique de 1917, et malienne de 1991”.

En espérant que Son Excellence Dennis B. Hankins gardera la leçon à son chevet durant tout le reste de sa mission au Mali, il faut lui notifier qu’en seulement trente petites années de démocratie, les Maliens savent bien lire celle vieille de plus de deux ans des USA.

En effet, n’importe quel enfant aux bords des fleuves Niger et Sénégal sait que la démocratie yankee a tué quatre présidents élus dans l’exercice de leur fonction. Mieux, le 08 août 1974 à 21h01, le président Richard Nixon, démocratiquement élu, a démissionné de la présidence. C’est là que, par fair-play, nous accordons à Son Excellence Hankins le bénéfice de la naïveté en ce que le président américain confondu dans l’affaire du Watergate est plus démocrate qu’un président malien coupable de tous les parjures indéniables contre sa propre patrie. Ce n’est pas de l’ironie, ce qui est permis à Jupiter ne l’est pas au Taureau.

Amadou N’Fa Diallo

Le Prétoire

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