A la loupe : Présumé mort

Au cours du week-end dernier, le président de la République a alimenté une rumeur particulièrement malveillante mais surtout macabre. Des esprits animés du malin ont cru bon d’annoncer son décès en Turquie. S’il est vrai qu’Ibrahim Boubacar Kéita a effectivement effectué un voyage médical dans ce pays et qu’il y a été consulté et reçu des soins, preuves qu’il a des soucis de santé, il n’y avait point de rendez-vous avec la grande faucheuse. Mais la rumeur a été si insistante, persistante et pernicieuse que les autorités, pour une fois bien inspirées, ont  cru de leur devoir de la démentir en annonçant le retour du chef de l’Etat avec force détails sur le jour et l’heure. Selon certains, cette rumeur aurait eu pour source la France d’où on l’aurait postée sur l’Internet. Pour d’autres, elle serait née de l’esprit mal tourné de quelques membres de l’opposition qui chérissent l’espoir d’une élection présidentielle avant l’heure.

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Chercher la cause

Dans les deux cas, les autorités ne devraient pas perdre leur temps à rechercher la source d’une telle rumeur et gagneraient beaucoup à en connaitre la cause. Pourquoi une telle rumeur en ce moment précis de l’évolution de la situation sociopolitique et sécuritaire du pays? N’est-ce pas plutôt une sonnette d’alarme ? En effet, si IBK n’est pas mort, son régime, quant à lui, est au point mort depuis le 20 juin, date de la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale par les derniers récalcitrants que sont les composantes essentielles de la Coordination des mouvements armés terroristes de l’Azawad. Alors que tous les espoirs sont fondés sur la mise en œuvre effective de cet Accord, IBK est en train de commettre la même erreur que celle qu’il a commise après son élection à la présidence en 2013 : tergiverser alors qu’il urge plus que jamais de s’attaquer à la vraie menace qu’est le terrorisme. Pourtant, le chef de l’Etat ne peut pas, même avec le plus grand aveuglement, ne pas voir vers quel état de pourrissement la situation est en train d’aller. Actes terroristes sur toute l’étendue du territoire national, interpellations de présumés jihadistes au sud et aux frontières du pays, découvertes de caches de matériel lié au terrorisme, réactivation de cellules dormantes, menaces diverses proférées par des chefs terroristes dont le plus célèbre est Iyad Ag Ghaly, le gourou du mouvement Ansar Eddine. Bref, rien ne manque encore pour animer ici au Mali un tableau de « Mogo haram » à l’image de Boko Haram, ailleurs.

Attentisme et torpeur

Alors que même l’opposition, lasse d’avoir combattu en vain le projet d’accord de paix, l’a laissé tranquille attendant de connaitre sa solution pour les problèmes, le président de la République se complait dans l’attentisme et la torpeur, tout en sachant qu’un accord, même le plus parfait qui satisfait toutes les parties, ne vaut rien s’il n’est pas mis en œuvre. Mais pour cela aussi, le chef de l’Etat sait qu’il ne dispose pas de la meilleure équipe gouvernementale, ni du Premier ministre idéal et disposé pour conduire et gagner la bataille de la stabilisation du pays. De sources sûres, en effet, l’actuel Premier ministre aurait depuis longtemps fait valoir ses droits à une retraite amplement méritée. Etant parvenu à arracher aux rebelles terroristes un accord qui les engage devant la communauté internationale et, surtout, leurs propres commanditaires, objet de sa mission en tant que représentant personnel du chef de l’Etat puis en tant que chef du gouvernement, Modibo Kéita veut se reposer en laissant la place à plus jeune. On prête à son ministre le plus méritant, celui-là même qui a conduit l’équipe gouvernementale de médiation, Abdoulaye Diop, le dessein de lui succéder à la primature. Le plus méritant parce qu’il s’est particulièrement bien approprié du dossier et est parvenu à amener à Bamako les terroristes rebelles pour la signature de l’Accord. Mais ce succès du Premier ministre et du chef de la diplomatie malienne ne doit pas cacher l’incompétence et l’irresponsabilité dont font preuve d’autres ministres depuis leur nomination en janvier 2014.

Un gouvernement gangrené

Le gouvernement actuel est effectivement gangrené par des chefs politiques qui ne roulent que pour leurs partis respectifs, tordant le cou à la solidarité gouvernementale, et des cadres du RPM qui ne sont là que pour des intérêts particuliers et personnels. Ni les uns ni les autres ne se soucient d’assurer à IBK une bonne continuation de son mandat actuel a fortiori une réélection en 2018. Au contraire, et pour en revenir à la source de la rumeur, certains de ces « amis » qu’il garde avec complaisance et imprudence dans le gouvernement, pourraient être à l’origine de l’information sur son décès en Turquie. Mais si, cette fois-ci, l’information s’est avérée n’être qu’une simple rumeur, IBK, en s’acharnant contre toute raison à garder cette équipe gouvernementale telle quelle, pourrait bientôt offrir au peuple malien le spectacle de sa mort politique.

Et cette fois-là, ce n’est pas drapé de boubou blanc qu’il descendra de l’avion mais enveloppé dans un linceul immaculé. Et ces « amis » auraient tous les droits de rire au lieu de pleurer.

Cheick TANDINA     

 

source : Le Prétoire

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