PAIX ET RECONCILIATION : Rebelote ou course à l’échalote ?

Le déblocage du processus de paix se heurte à des obstacles que les différents acteurs ne pourraient surmonter qu’en faisant preuve de bonne foi et de patriotisme.

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Des rencontres importantes sur le processus de paix et de réconciliation se sont tenues la semaine dernière à Bamako. Le président de la République a eu une séance de travail samedi dernier à Koulouba avec les chefs des mouvements signataires de l’accord pour la paix et la réconciliation. Le lendemain, les responsables de la Plateforme et ceux de la Coordination des mouvements armés (CMA) se sont retrouvés autour des Forces vives de la nation pour échanger sur le blocage actuel et explorer les pistes susceptibles d’aboutir à la paix et à la réconciliation au Mali.

Redonnant une lueur d’espoir à nos compatriotes troublés par plusieurs années d’incertitudes sociopolitiques et sécuritaires, ces démarches ont été saluées à l’intérieur et à l’extérieur du Mali. Le temps finira par dire si les uns et les autres sont enfin de bonne foi ou si les « ennemis de la paix«  d’hier sont aujourd’hui conscients de la nécessité de resserrer les rangs face aux immenses défis qui se dressent désormais sur le chemin du pays.

Cependant, des constats sautent à l’œil. Et le moins que l’on puisse dire est qu’après plusieurs mois d’inertie, les autorités maliennes semblent vouloir rattraper le temps perdu : en sortant de l’ombre. Cette quête de rachat de nos dirigeants, tout comme le soudain engouement des mouvements sécessionnistes du septentrion pour la paix, ne pourra pas faire oublier la partie immergée de l’iceberg.

Le régime actuel a décidé de faire un saut dans l’inconnu. Investi à la magistrature suprême sur des promesses de paix et de sécurité, Ibrahim Boubacar Kéita a foulé aux pieds certains acquis de la transition politique avant le couronnement de longs mois de négociations par l’accord pour la paix et la réconciliation.

Depuis la signature de ce deal en mai et juin 2015, le Nord-Mali n’a pas connu d’accalmie et les populations locales voient toujours rouge. La situation sécuritaire s’est dégradée au nord comme au sud, avec son corollaire d’attentats, d’enlèvements, d’assassinats… Pendant ce temps, IBK, qui demeure convaincu que le retour de l’accalmie passerait par l’application de l’accord de paix n’a pas daigné lever le petit doigt, à part prêcher la paix lors de ses déplacements à l’étranger, notamment à Addis-Abeba et à Paris.

Zones d’ombre

En décidant de reprendre les choses en main aujourd’hui, le chef de l’Etat souhaiterait « manifester le Mali nouveau«  dans un contexte marqué par le dépassement des « incompréhensions« . Le communiqué conjoint gouvernement-Plateforme-CMA, qui a sanctionné la séance de travail tripartite à Koulouba informe de plusieurs décisions dont un chronogramme de mise en œuvre des mesures sécuritaires ainsi que l’organisation du Forum pour la paix et la réconciliation à Kidal du 27 au 30 mars 2016.

Il reste à savoir comment ces plans seront exécutés et la façon dont les groupes rebelles accueilleront le retour d’autorités politiques maliennes à Kidal après la visite inopportune de l’ex-PM Moussa Mara dans la localité en 2014.

Les mouvements séparatistes du septentrion demeurent attachés à leur fief de Kidal. La zone est l’atout majeur des ex-rebelles, qui l’utilisent pour presser Bamako. Forte de son hégémonie à Kidal, la CMA s’est engagée le week-end dernier devant le chef de l’Etat et les Forces vives de la nation à œuvrer pour le retour rapide de la paix. Un engagement que beaucoup d’observateurs prennent avec des pincettes étant donné que ces gens sont habitués à au dilatoire et au reniement.

Au lendemain de la signature de l’accord pour la paix et la réconciliation, ces mêmes têtes, comptant sur un « partage du pouvoir«  qui se traduirait par leur entrée au gouvernement, s’étaient solennellement dits prêts à fumer le calumet de la paix et à s’aligner derrière le pouvoir central de Bamako.

Cependant, le président IBK n’a pas ouvert aux groupes armés les portes du gouvernement, et l’application de l’accord de paix a été bloquée. Qu’est-ce qui a donc fait fléchir les mouvements armés ? IBK leur a-t-il promis des portefeuilles ministériels dans un futur proche ?

S’il y a des citoyens qui n’ont cessé de mettre en garde le gouvernement contre l’escalade de la situation au nord, c’est bien l’opposition politique. Cette dernière, au même titre que les autres composantes des Forces vives de la nation, a échangé avec les représentants de la CMA et de la Plateforme.

En dépit de son désaccord avec l’accord pour la paix, l’opposition souhaiterait aider le gouvernement à sortir de l’impasse. Une bonne initiative dans la forme mais qui risque de poser problème dans le fond. IBK ne semble pas prêter une oreille attentive aux propositions de ses challengers politiques alors que ces derniers pensent que les méthodes présidentielles ont montré toutes leurs limites.

Si les choses se déroulent comme prévues, le brainstorming et les rencontres des prochaines semaines nous édifieront davantage sur la volonté des hommes politiques à mettre le Mali en avant en dépassant les clivages et en ne prenant en compte que la pertinence des propositions. C’est le minimum qu’ils peuvent faire pour soulager leurs concitoyens et aider à faire plier les ennemis de la paix.

Ogopémo Ouologuem

 

Source: lesechos

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