Otages : le retour de l’islamiste touareg qui narguait Paris

L’ex-chef djihadiste Iyad ag Ghali aurait aidé à la libération des quatre Français, en échange d’une garantie d’impunité.L’évasion avortée de deux prisonniers du désert

 iyad ag ghaly

Le voile se lève lentement sur les négociations qui ont abouti à la libération des quatre otages français. Dans les discussions complexes et longues, un clan touareg et un personnage semblent avoir tenu un rôle clef: les Iforas et Iyad ag Ghaly. Ils sont les grands gagnants du marché qui a permis aux Français de recouvrer la liberté.

Selon l’AFP, Iyad ag Ghaly, figure tutélaire des Iforas et ancien chef d’Ansar Dine, un groupe lié à al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), se seraient vu accorder l’impunité en échange des prisonniers. Une affirmation qui a été contredite par Mohammed Ali Bathily, le ministre de la Justice malien. «Officiellement, cela n’est pas le cas. De toute façon, je ne vois pas comment la France pourrait accorder l’impunité à un homme pour des crimes qui auraient été commis au Mali. Cela me semble difficile», explique-t-il. Seule certitude, certains des mandats d’arrêt émis à la fin 2012 contre des leaders touaregs ont été levés. Parmi les bénéficiaires, on trouve Ahmada ag Bibi, membre éminent de la communauté de Kidal, la «capitale» des Touaregs maliens, mais aussi les frères Mohammed et Alghabass ag Intallah, fils et héritiers de vieil Aménokal, le puissant chef des Iforas de Kidal. Tous trois, députés, ne risquent plus d’être arrêtés. Faut-il voir là une concession offerte contre les captifs? «C’est un mouvement pour que nous allions vers la réconciliation», a juste assuré au FigaroAlghabass ag Intallah, ancien bras droit de Iyad ag Ghaly au sein d’Ansar Dine.

Car la fin des poursuites permet aux trois hommes de se représenter aux élections législatives prévues le 26 novembre et de se replacer dans le jeu politique. Elle leur ouvre aussi la possibilité de peser directement sur les Assises du Nord, le second cycle de négociations avec Bamako, qui s’ouvrent le 1er novembre. Iyad ag Ghaly, lui, ne fait pas partie de la liste et demeure officiellement hors jeu et activement recherché par les Maliens et les Français pour ses activités terroristes. Nul n’y voit une preuve de sa perte d’influence.

Vétéran des rébellions

«Iyad est là et toujours puissant. Il n’a jamais quitté les alentours de Kidal d’où il continue à exercer son influence sur son clan. Rien à Kidal ne peut se faire sans lui», expliquait il y a peu un bon connaisseur de cette question. Un diplomate ne pense pas non plus qu’Iyad ag Ghaly soit oublié. «Il était simplement impossible de le blanchir car il est poursuivi au Mali mais aussi à l’étranger, notamment aux États-Unis où il est classé terroriste. Si impunité il y a, elle ne pourra être qu’informelle.»

Car au fil des années, cet homme d’un peu moins de 60 ans est devenu le symbole de la dérive islamiste et djihadiste d’une frange de l’opposition armée touarègue. Iyad ag Ghaly, vétéran des rébellions des années 1990, ne s’est tourné vers l’islam radical que sur le tard. Sa mue semble s’être terminée en Arabie saoudite où il avait été nommé consul en 2006 à l’occasion d’un accord de paix entre les Touaregs et Bamako. Il sera expulsé par Riyad en 2010 pour ses liens avec al-Qaida. De retour au Mali, il fonde finalement son propre groupe, Ansar Dine, les «Défenseurs de l’Islam». Majoritairement Iforas, ce mouvement se trouve très vite lié à Aqmi et à Abou Zeid, l’émir local et le ravisseur des quatre otages.

L’offensive de l’armée française lancée à la suite d’une progression vers Bamako des hommes d’Ansar Dine va bousculer ce schéma. Abou Zeid est tué en mars 2013 et les otages échouent entre les mains d’Abdelkrim el-Targui. Ce djihadiste touareg est un proche d’Abou Zeid mais aussi d’Iyad ag Ghaly avec lequel il aurait des liens de parenté. Le chef touareg prend-il alors le relais comme négociateur? À Bamako, c’est ce qu’affirme un Malien très au fait des discussions. «Iyad a été l’interlocuteur clé.» À Niamey, Mohammed Akotey, un Touareg Iforas du Niger qui a conduit les négociations, dit tout autre chose. Il assure «n’avoir jamais eu affaire à Iyad ag Ghaly».

Paris a, en tout cas, pris soin de ménager les leaders touaregs. La France a évité de s’en prendre dans ses discours à Iyad ag Ghaly ou même de trop patrouiller dans les environs de Kidal, quitte à parfois agacer ses alliés à Bamako. Cette mansuétude a «évidemment à voir avec les otages», souligne un haut responsable français. Un diplomate refuse cependant cette lecture «étroite» des événements: «Dans l’idée d’encourager le dialogue avec les Touaregs, il y a une volonté de sauver les otages mais aussi l’idée de pousser la paix au Mali, ce qui est impossible sans cette communauté.»


Marion Larribe raconte jeudi, dans un entretien au Midi Libre, comment son père Daniel Larribe, l’un des quatre ex-otages du Niger, a réussi à échapper à ses geôliers pendant 48 heures, au cours de ses trois ans de détention. Une tentative d’évasion qu’il a détaillée «avec beaucoup d’humour», confie la jeune femme dont la mère Françoise Larribe fut elle aussi otage, avec son mari, avant d’être libérée en février 2011.

Et de poursuivre: «Avec Thierry (Dol), ils avaient tout préparé à l’avance. La veille, ils ont fait une fausse piste, en marchant pour laisser leurs empreintes vers un ruisseau à sec, et puis le lendemain, ils ont entouré leurs chaussures avec des chaussettes, pour limiter leurs traces, et ils sont partis dans une autre direction, avec 14 litres d’eau.» «Ils ont marché pendant 48 heures, jusqu’à ce qu’ils croisent un autre groupe de Touaregs, qui sont allés dire à ceux du camp qu’ils les avaient vus. Quand ils ont été repris, ils ont été mis au régime sec, les quelques faveurs qu’ils avaient obtenues leur ont été supprimées», explique Marion Larribe. «Il nous a dit qu’ils ont eu très peur pendant l’intervention française au Mali, que quatre ou cinq fois, ils pensaient que les bombes allaient leur tomber dessus et qu’ils allaient y passer», raconte-t-elle encore.

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