Mopti face à l’insécurité : Le pouvoir Djihadiste de plus en plus ferme et incontestable au centre du Mali

Les djihadistes ont t-ils pris le pouvoir au centre du Mali ? La question est OUI pour des habitants de la 5ème région du pays, aux yeux desquels les localités de Mopti, Djenné, Youwarou, Ténenkou font désormais partie du giron djihadiste.

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Pendant que le monde a les yeux rivés sur le nord du Mali, ce qui s’y passe au centre  risque bien de constituer une cause certaine de l’implosion tant redoutée du pays. En effet, si au nord les groupes armés sont globalement connus et que l’objectif de leur combat est principalement une affaire de leadership ; par contre dans la gestion du terroir, au centre, nous avons à faire à une nébuleuse de groupes armés, formés de petites unités. L’ultime objectif de ces groupes n’est pas cerné. Ils sont très mobiles et leurs actions  traumatisantes pour les populations.

Si au nord on assiste à des affrontements armés conventionnels entre groupes armés, au centre on assiste à de « drôles de combats » où une seule partie est armée.

Si au nord, malgré l’insécurité, les populations vaquent plus ou moins bien à leurs principales activités, au centre, les populations dont les activités vitales sont l’agriculture, l’élevage et la pêche, sont fortement perturbées ; accentuant  ainsi leur paupérisation.

Région la moins scolarisée du Mali, la Région de Mopti, jadis prospère, sera davantage à la traîne si on ne prend pas à bras le corps le problème de l’insécurité qui mine cette partie du pays. Les populations  et autorités régionales en sont conscientes d’où la fréquence de plusieurs rencontres intercommunautaires. La dernière en date a eu lieu à Koro la semaine dernière.

Une semaine avant Koro, soit du 24 au 26 juillet, sur initiative du cadre de concertation, la salle de conférence du Stade Baréma Bocoum de Mopti a abrité des concertations régionales pour débattre des principaux problèmes qui entravent le développement de la région ; notamment le problème sécuritaire.

A l’ouverture des travaux, Madame le Chef du Bureau Régional a affirmé que c’est avec un réel plaisir qu’elle  participe au nom du Représentant Spécial du Secrétaire général et Chef de la MINUSMA à ces consultations sur la situation dans le Centre du Mali. Elle a souligné que la région de Mopti est devenue  un enjeu pour la paix et la stabilité au Mali.

Etaient aussi conviées à cette rencontre neuf personnes ressources locales de diverses sensibilités et trois cadres nationaux dont un du Bureau National de Ginna Dogon, un du Bureau National de TabitalPulaaku, un du Bureau de la Coordination des Associations des Cercles de la Région de Mopti Résidents à Bamako (CAREMB).

Les discussions ont porté sur quatre questions. Elles constituent les essentielles préoccupations des populations de la région en ce moment. Il s’agit de :

– la question foncière, ses manifestations et ses solutions,

– La question de la réinsertion socio-économique et solutions,

– la question du malaise de la population vis-à-vis de l’Etat et solutions,

– la question de l’insécurité et solutions.

La cinquantaine de participants présents ont été répartis en quatre sous-commissions ou groupes de travail.

Pour chaque thème, le groupe de travail a eu à analyser et à déterminer les causes puis à proposer des solutions. Ensuite, les discussions ont continué en plénière en amendant les résultats des travaux de groupes.

Le thème portant sur l’insécurité a provoqué des débats intenses. Il a été remarqué que même Bandiagara situé sur le plateau Dogon, qui était jusqu’à lors épargné, a été atteint par l’insécurité. On assiste notamment dans la ville de Bandiagara à une « invasion » d’individus soi-disant talibés qui n’hésitent pas à agresser des gens dans les moquées ou aux abords des mosquées et même à domicile, si jamais on refuse de leur donner l’aumône qu’ils sollicitent. Il est à noter que ces « talibés » d’un nouveau genre ne sont pas seulement que de nationalité malienne.

Dans le cercle de Koro, on signale l’existence d’une Katiba des hommes d’Amadou Kouffa.

Dans le village de Didja, commune de Diougani, des djihadistes ont ordonné la fermeture d’une église et d’un temple. Depuis le lendemain du vendredi saint, le samedi 15 avril 2017, aucun service religieux chrétien n’est officié dans ce village.

Craignant pour leurs vies, les officiants de la religion chrétienne ont évacué les lieux abandonnant malgré eux, leurs ouailles. La mosquée aurait été détruite puis reconstruite en nommant un Imam de leur choix.

Dans le cercle de Mopti, tout près de Konna, à Konsa, des groupes de djihadistes paradent dans le village plusieurs jours dans la semaine, avec un message très clair : « nous ne voulons ni de la France ni de l’Amérique ni d’aucun pouvoir de l’Etat. Nous allons tuer comme un chien celui qui réclamera  un impôt. Nous sommes contre toute autorité gouvernementale etc ».

Comme pour conforter les préoccupations des populations, au cours même des travaux, la nouvelle de l’attaque de Sendégué, un gros village non loin de Konna, a été rapporté.

Aussi, dans les cercles du Delta : Mopti, Djenné, Youwarou, Ténenkou, plusieurs localités sont administrées par des djihadistes.

Ce qui rend difficile la lutte contre l’insécurité dans la région, c’est que désormais les terroristes sont parmi la population. Alors, les forces de sécurité sont amenées à faire l’amalgame malgré elles. Car, il est regrettable de constater que dans la Région de Mopti, la quasi-totalité des terroristes répertoriés ou arrêtés sont des peuls bien que tous les peuls ne soient pas des terroristes.

Un jeune peul de Konsa nous disait que pour eux peuls non djihadistes, d’un côté, s’ils sont armés (pour leur sécurité), les forces de sécurité gouvernementales les assimilent à des terroristes ; de l’autre côté, s’ils ne sont pas armés, les djihadistes seront prêts à les abattre. « Ne sommes-nous pas entre deux feux ? » Nous dit-il. C’est dire que la tâche de nos forces de sécurité n’est pas aisée. La meilleure façon d’éviter ou du moins de minimiser des bavures qui amèneraient les éléments sains de cette communauté à rallier la cause djihadistes par dépit, c’est à notre sens, de mettre beaucoup d’accent sur le renseignement.

Aujourd’hui, avec tout ce qui passe dans cette région, on peut hélas, sans risque de se tromper, dire  que Mopti est la région vedette de l’insécurité au Mali.

Pour revenir au Cadre de Concertation, disons que c’est une structure régionale, composée de légitimités régionales dont  le HCI (Haut Conseil Islamique), l’AMUPI, le Ginna Dogon, TabitalPulaaku, les Eglises Chrétiennes (Catholique et Protestante), la CAFO et la Coordination des Chefs de quartiers.

Outre les membres du  Cadre de Concertation, cette rencontre de Mopti  a regroupé des participants en provenance des huit cercles de la région de Mopti,  quatre par cercle dont un représentant de la chefferie traditionnelle, un leader religieux, un représentant du Ginna Dogon un représentant  de TabitalPulaaku, un agriculteur ou un éleveur selon les réalités du milieu.

Notons que cette rencontre a été  organisée avec l’appui de la MINUSMA qui ne cesse d’apporter sa contribution au rétablissement de la paix au Mali.

 

Hamidou Ongoïba de retour de Mopti.

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