Minusma et lutte contre le terrorisme: une nouvelle force de frappe ?

Pour une fois, il y a bel et bien l’unanimité au Mali : classe politique, société civile et citoyen lambda s’accordent à apprécier le nouveau mandat de la Minusma dont on estime qu’il lui permettra de mieux accomplir sa mission, notamment en protégeant les populations civiles et son personnel contre la poussée des terroristes qui s’intensifie dans plusieurs localités des régions du nord du pays. Au-delà du mandat, l’état d’esprit jusqu’ici dominant au sein de la Minusma peut-il la transformer en une nouvelle force de frappe opérationnelle ?

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Au Mali, depuis le 29 juin dernier, jour de renouvellement du Mandat de la Minusma par le Conseil de sécurité, à l’unanimité de ses membres, tout le monde, y compris les plus sceptiques sur le processus de paix, a exprimé sa satisfaction de voir le mandat de la mission onusienne prolongé, plus renforcé et mieux adapté. En tout cas, depuis belle lurette, c’est ce qu’on attendait au Mali frappé par la multiplication des attaques asymétriques des groupes terroristes, n’épargnant encore plus aucune localité des régions nord du pays. Récemment d’ailleurs, dans la foulée du vote du Conseil de sécurité, concernant la résolution sur le mandat de la Minusma, le Premier ministre, Modibo Keïta, qui n’a pas pour habitude de se frotter à la réalité du terrain, a pourtant enfilé sa tenue de pèlerin pour faire le déplacement de New York, où il a rencontré des responsables onusiens en vue du renforcement du mandat de la Minusma ; cette mission onusienne qui a dû elle-même payer le prix le plus fort d’une guerre asymétrique, désormais plus sophistiquée, tout en se généralisant.
Voilà donc une bonne perspective pour le pays et la Minusma qui a reçu l’assentiment de tous les acteurs, tant nationaux qu’étrangers, impliqués dans le processus de paix et qui ont malheureusement assisté, ces derniers temps, presque en désespoir de cause, à la multiplication des obstacles sur le chemin de la paix, dans le pays, du fait de groupes terroristes, décidément plus enclins à des scènes de tuerie sur les positions de l’armée malienne, les éléments des forces de la Minusma et ceux des forces françaises de l’opération Barkhane. Cela, dans la seule logique de mettre en œuvre leur stratégie du chaos qu’ils planifient sans cesse et dont ils cherchent la perpétuation.
En tout état de cause, avec ce nouveau mandat de la Minusma, plus robuste et plus opérationnel, il est évident que la mission onusienne retrouvera un nouveau souffle. En fait, il faut le reconnaître justement, depuis l’arrivée à sa tête du diplomate tchadien, Mahamat Saleh Annadif, est de plus en plus acceptée par une population malienne, de plus en plus compréhensive, tant la nouvelle approche de la mission onusienne lui paraît conforme à ses attentes. Tout le monde s’accorde à le dire : Mahamat Saleh, le nouveau chef de la mission de l’ONU, a bien changé la perception des choses concernant la mission qu’il mène au Mali. Aussi bien du côté des autorités maliennes qu’au sein des populations maliennes, toutes tendances confondues, ce diplomate, aimant particulièrement le contact avec le terrain, jouit d’une bonne réputation. Ce n’est pas par hasard que le Président IBK n’hésite pas à l’appeler, même en public, « mon frère et ami », en raison justement de sa posture de faire bouger les lignes. C’est lui qui a dit haut et fort qu’il n’a pas besoin « d’un mandat de l’ONU pour combattre le terrorisme ».
Nul n’en doute : il s’agit là d’un nouveau discours pour une nouvelle approche au sein de la Minusma dont l’état d’esprit n’a pas toujours été le même, durant ces quelques années d’intervention, notamment avec les deux précédents chefs de cette mission, où parfois la polémique l’a disputé à l’incompréhension sur les agissements antérieurs de la Minusma. Ce fut le cas en 2015 où brutalement, sans même se référer aux autorités nationales avec lesquelles elle est censée collaborer sur les dossiers sécuritaires sensibles, la Minusma avait décidé d’ériger autour de Kidal une zone de sécurité, distante de près de 20 kilomètres autour de Kidal. Histoire, se justifie-t-elle, de sécuriser les populations, en lançant un ultimatum à l’un des groupes armés belligérants, sommés de ne pas franchir la barrière de sécurité au risque d’essuyer des tirs. En son temps, cette attitude quelque peu cavalière de la Minusma avait suscité la réaction du gouvernement qui, à travers un communiqué officiel, avait rappelé la mission onusienne à son rôle principal de protection de toutes les populations maliennes, en la prévenant des risques réels d’escalade dont elle pouvait être à l’origine.
On est loin de là : aujourd’hui, grâce à l’entregent du nouveau patron de la Minusma, Mahamat Saleh, dont on dit qu’il a réussi même à changer positivement l’ambiance de travail à l’interne, la Minusma se rapproche beaucoup des populations et des autorités maliennes. C’est bien la première fois, depuis le début du mandat de la mission onusienne, qu’un patron de la Minusma, en la personne du diplomate Saleh, accompagne à leur pays d’origine les corps des soldats des Casques bleus, tués au Mali. C’est aussi la première fois que le chef de la Minusma effectue incessamment des visites de terrain auprès de ses troupes et auprès des populations maliennes dans de nombreuses localités du pays. Tous ces facteurs, non négligeables dans la bonne perception des populations locales sur les missions onusiennes, ont considérablement renforcé le climat de confiance avec à la fois le chef de la Minusma au Mali et la mission de stabilisation qu’il y mène. C’est aussi pourquoi beaucoup d’autres observateurs soutiennent, à l’image de son nouveau chef au Mali, que les soldats de la Minusma peuvent bel et bien se défendre quand ils sont attaqués d’autant qu’ils sont armés pour la stabilisation du pays. Tout ce que l’on retient à ce niveau, c’est que les Casques bleus ne vont pas à la rechercher des terroristes pour les traquer ; ce rôle étant dévolu aux forces françaises de l’opération Barkhane.
Voilà, désormais, tout change avec le nouveau mandat de la Minusma. Plus robuste, comme on le souhaitait, et plus adapté à la réalité du terrain, le mandat de la Minusma lui permet donc de traquer les groupes terroristes qui menacent la sécurité des populations et celle de son personnel. Si au Mali la Minusma opère sous le chapitre VII de la Charte des Nations unies, qui permet aux Casques bleus d’aider les autorités à stabiliser le pays, protéger les civils, surveiller la situation des droits de l’homme, favoriser le dialogue politique national et la réconciliation nationale, promouvoir les droits de l’homme et aider au respect du cessez-le-feu entre les belligérants, elle peut également, avec le nouveau contexte de son mandat, aider le pays à se sortir du péril terroriste qui prend aujourd’hui des proportions dangereuses. Cela est d’autant plus consistant qu’avec un nouvel état d’esprit forgé par le chef de la mission onusienne, depuis qu’il est à son poste à Bamako, et qui consiste à ne pas tenir une attitude attentiste face aux obstacles à la paix, d’où qu’ils proviennent.

PAR Sékouba Samaké

 

Source: info-matin

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