Les victimes de viol au Mali se font entendre

Pendant presque une année, les populations des régions de Kidal, Tombouctou, Gao et une partie de al région de Mopti ont vécu sous le joug des groupes islamistes armés et de leurs alliés indépendantistes du MNLA qui en avaient pris le contrôle en janvier-février 2012. Pendant ces longs mois, les occupants se sont livrés à de nombreuses exactions, coupant les mains de présumés voleurs, lapidant ou fouettant des personnes coupables selon eux de tel ou tel délit, mais surtout violant des femmes et des jeunes filles. Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a relevé, fin 2013, 2 785 cas de violences sexuelles ou sexistes. Le porte-parole de l’organisme au Mali, Eduardo Cue, estime cependant que les chiffres réels doivent être bien plus élevés. La plupart des cas étaient des viols, d’autres concernaient des mariages forcés et du commerce sexuel.

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Traumatisées et blessées dans leurs corps et leurs âmes, certaines d’entre elles ont décidé d’essayer de faire entendre leur voix afin que justice leur soit rendue. “Nous avons recensé 171 femmes victimes de violences, venant des régions du nord du Mali. Victimes de viol, flagellées, victimes d’enlèvement et de séquestration” rapporte Mme Bintou Bouaré, présidente de l’ONG Wildaf-Mali. Ces femmes témoignent de la brutalité dont elles ont été victimes.

Prendre la parole pour dire la souffrance
Hawa Touré est originaire de Goundam, près de Tombouctou. Elle se souvient de ce jour, début 2012, lorsque des combattants armés ont fait irruption chez elle : “Un vendredi, ils sont venus chez moi. Ils étaient quatre. Ils ont tabassé mon frère, qui a essayé de me sauver. Ils ont mis de la drogue dans un verre, et ils m’ont donné ça. Lorsque je l’ai bu, je n’avais plus tout mon esprit. Ils m’ont droguée et violée. Je connais même le nom de celui qui m’a violée. Et celui des trois autres personnes. C’était des petits, des jeunes, il y en avait même qui avaient 15 ans”.

Aïssata Maïga vient également de Goundam. Elle aussi a été violée collectivement. C’était en juin 2012 :” Ceux qui sont venus chez nous ont tiré avec leur fusil. Ils étaient six. Mon mari a fui mais moi, je n’ai pas réussi à sauter le mur, donc j’ai voulu sortir par la porte et on m’a emmenée là-bas. Pendant quinze jours, ils m’ont violée. On était dans des tentes. Pendant quinze jours, ils emmenaient puis ramenaient des femmes pour les violer. Je me suis battue avec eux pour ne pas qu’ils me violent, j’ai même une cicatrice ici, dans mon dos! Je les frappais et je m’en fichais de de risquer de mourir. Tous les jours, ils me violaient. Même le dire me fait un peu honte”.

Au bout de deux semaines, les tortionnaires libèrent Aïssata. Neuf mois plus tard, elle accouche d’un enfant né de ses multiples viols.

Rfi

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