Les Canadiens sont arrivés au Mali

« Périlleuse », « sans issue », « nouvel Afghanistan »,… la presse canadienne n’a pas mâché ses mots pour décrire la MINUSMA*, à la suite de l’arrivée, le 24 juin à Gao (Mali), des premiers Casques bleus canadiens qui y prendront part jusqu’en juillet 2019. Il s’agit de la première mission de maintien de la paix en Afrique pour les Forces armées canadiennes (FAC) depuis celle réalisée au Rwanda en 1994.

Dirigée par le lieutenant-colonel Tom Murphy, l’équipe de douze soldats devra activer le théâtre opérationnel, une mission consistant « notamment à préparer les sites et à coordonner le transport de l’équipement », déclarait hier un porte-parole du ministère de la défense canadien. Ils ont été rejoints le lendemain par quelques dizaines de soldats supplémentaires.

 

Dés le 1er août, les soldats canadiens prendront le relais des troupes allemandes et belges, dont le mandat s’achèvera samedi prochain. Selon l’ONU, l’intervalle d’un mois devrait être comblé en ayant recours à un hélicoptère civil. Le contingent canadien avait terminé son instruction en mai dernier en vue non seulement de parfaire l’intégration des quatre CH-146 Griffon et deux CH-147 Chinook, mais également « de confirmer la capacité d’évacuation sanitaire avancée et d’accorder l’accréditation à l’équipe du quartier général », précisait alors l’Aviation royale canadienne. A l’instar des NH-90 belges, les Griffon serviront escorter le reste de la flotte, destinée à fournir le transport et l’assistance médicale aux patrouilles à longue distance des soldats néerlandais.

 

Même si elle reste confinée à Camp Castor et au ciel malien, la mission canadienne ne sera en effet pas de tout repos. Ainsi, en l’espace de 18 mois, Allemands et Belges ont escorté non moins de 43 Casques bleus blessés au cours de 16 missions. Si le nombre de vol reste limité, la quantité de patients transportée à chaque fois surpasse largement le niveau constaté en Afghanistan, expliquait le colonel Andreas Schwartz, l’un des deux médecins d’urgence allemands déployés sur NH-90, auprès de Radio Canada. « Les statistiques indiquent qu’au cours des 18 derniers mois, nous avons la moitié moins de missions, mais nous devons nous occuper de deux fois plus de patients. À chaque mission, nous devons transporter le double des patients que nous avions en Afghanistan », ajoutait Schwartz.

 

Des 600 soldats promis à l’été 2017 par le premier ministre Justin Trudeau, le contingent a littéralement « fondu » pour plafonner aujourd’hui à 250 militaires. La raison ? « Plus aucunes troupes au sol », afin d’éviter un nouvel Afghanistan, précise la presse locale. Les FAC avaient alors enregistrés 159 décès et plus de 2000 blessés en 13 années de conflit. Si l’échelle est moindre et le contexte d’engagement différent, le théâtre malien n’en reste pas moins complexe pour les forces onusiennes. Plus de 170 Casques bleus ont ainsi perdu la vie depuis le lancement de la MINUSMA, en 2013. Et l’insécurité qui gangrène le pays pourrait encore croître à l’approche des prochaines élections présidentielles, dont le premier tour est prévu pour le 29 juillet.

 

Alors, manque d’ambition ou frilosité assumée face à un terrain d’opération jugé « dangereux » ? Il est en tout cas certain qu’un gouffre existe désormais entre le discours post-électoral de Trudeau et la réalité. La stratégie canadienne vis-à-vis des opérations de maintien de la paix a à ce point changé qu’elle est aujourd’hui proche du néant. Ainsi, selon les derniers chiffres de l’ONU indiquent que seuls 43 Casques bleus canadiens étaient déployés de par le monde au 1er janvier 2018, un niveau historiquement bas depuis les années 1950.

 

 

* Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali

 

Source: forcesoperations

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