Le nord du Mali replonge dans le terrorisme

Profitant sans doute de frontières poreuses et de la faible couverture sécuritaire dont bénéficie le nord du Mali, les groupes terroristes semblent s’être implantés de nouveau dans cette région, où les attaques contre les forces locales et internationales sont devenues fréquentes.

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C’est ainsi que cinq militaires maliens ont été tués et plusieurs autres portés disparus lors d’une attaque hier contre un camp de l’armée malienne. Selon des témoins, l’attaque menée par un «groupe armé» contre le camp militaire de la localité de Bintagoungou (80 km de Tombouctou) s’est produite vers 5h. Les assaillants ont détruit tout le matériel militaire du camp. L’attaque du camp, confirmée à la presse par une source militaire malienne, survient après la mort, jeudi, de cinq soldats maliens dans l’explosion d’une mine au passage de leur véhicule, entre Macina et Diafarabé, dans le centre du Mali.

Les 10 000 Casques bleus de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) et les commandos du dispositif antiterroriste Barkhane, qui mobilise quelque 4000 militaires français dans cinq pays de la région depuis 2014, paraissent pour le moment avoir du mal à empêcher la reconstitution de groupes terroristes dans la région. La tâche est rendue difficile par le fait que des zones entières du pays échappent à leur contrôle et la persistance de la crise libyenne.

Fin de la période transitoire

Le représentant spécial du secrétaire général de l’Onu pour le Mali, Mahamat Saleh Annadif, a expliqué vendredi au Conseil de sécurité que près de deux ans après la signature de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali, censé isoler définitivement les groupes terroristes, et alors que la période transitoire touche à sa fin, en juin, le Mali se trouve de nouveau à un tournant. M. Annadif, qui est également chef de la Minusma, a averti que les progrès notables accomplis dans la mise en œuvre des mesures provisoires prévues dans l’accord en matière de politique et de sécurité ne sont pas encore irréversibles, car l’insécurité se propage dans le pays et au-delà de ses frontières. M. Annadif a soutenu que ces évolutions positives qui s’ajoutent aux réformes institutionnelles et politiques qui sont à mettre au crédit du gouvernement risquent aussi d’être annihilées par la tension qui existe depuis un certain temps entre la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) et la Plateforme, qui s’est transformée en un conflit communautaire.

D’après lui, «une mise en garde sévère mérite d’être adressée aux responsables militaires et politiques de ces deux mouvements pour mettre une fois pour toutes un terme aux tueries des populations innocentes et désarmées». La Minusma, a-t-il précisé, seule présence dans ces régions, fait tout son possible pour protéger ces populations, tout en usant de ses bons offices pour arrêter le conflit.

Force de réaction rapide

Mahamat Saleh Annadif a expliqué encore que «ces pratiques font malheureusement le lit des terroristes et autres extrémistes qui se renforcent tant au niveau de leur mode opératoire qu’au niveau de la sophistication du matériel utilisé». «Plus grave, ils étendent leurs zones d’action et leur influence», a-t-il ajouté. La Mission ambitionne donc, a-t-il annoncé, de renforcer sa présence dans la région du centre dans le cadre d’une approche intégrée et multidimensionnelle en partenariat avec d’autres acteurs, tels que l’Union européenne. Le déploiement prévu prochainement de la force de réaction rapide fait partie de ce dispositif.

M. Annadif a expliqué en outre que «grâce au mandat robuste que le Conseil de sécurité a donné à la Minusma par la résolution 2295 (2016), il a réajusté les règles d’engagement», indiquant que la Minusma avait pu intensifier ses patrouilles et anticiper certaines menaces en menant des opérations proactives et préventives pour la protection des populations civiles et de son personnel. L’autre innovation de cette résolution, a-t-il relevé, c’est le soutien que la Minusma doit apporter aux Forces de défense et de sécurité maliennes (FDSM), qu’il faut maintenant concrétiser.

De plus, il a perçu le renforcement de la sécurité passive et active des installations de la Minusma et des opérations sur le terrain «comme une condition sine qua non pour permettre à la Mission d’assumer ses responsabilités». Le fait qu’il manque un bataillon d’escorte de convois et le déficit en hélicoptères d’attaque et de transport constituent des handicaps majeurs, selon lui.
De son côté, le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, au nom des pays du G5 Sahel, a pressé vendredi le Conseil de sécurité de l’ONU d’adopter rapidement une résolution soutenant la création d’une force africaine antiterroriste dans le Sahel. Le Mali, qui préside actuellement le G5 Sahel, est membre de cette organisation avec la Mauritanie, le Niger, le Tchad et le Burkina Faso. Ces pays ont accepté en mars de constituer cette force antiterroriste de 5000 hommes. Les Etats-Unis s’opposent, pour le moment, à l’idée que l’ONU finance cette force.Z

Zine Cherfaoui

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