Intox et désintox: le baroudeur et les hâbleur

Chasser le naturel, il revient irrémédiablement au galop. Le ministre français de la Défense, Jean Yves le DRIAN, est écartelé par ce naturel où toutes les occasions sont bonnes pour lui de faire chanter le Mali, par une salve de critiques désobligeantes, à propos de l’application de l’Accord pour la paix et la réconciliation. Tout autant en proie à un conflit intérieur, fruit de ses errements du passé, l’ancien Premier ministre, Moussa MARA, celui-là même qui a livré Kidal aux rebelles, dans un effort de refoulement désespéré et dans snobisme nauséabond s’érige en expert es-sécurité. Face à l’INTOX, nous vous proposons la DÉSINTOX.

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Lisez les succulentes PEPITES de la semaine.

L’acharnement
Intox
Selon le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le DRIAN, lors d’une conférence de presse en marge du Forum de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique, organisé lundi et mardi : « il importe, avec une très grande détermination, de mettre en œuvre ces accords (…) ».

Désintox
Il importe de mettre en œuvre les accords. C’est en tout cas la position salutaire du Gouvernement qui les a arrachés de haute lutte et qui croit fermement qu’ils sont le meilleur moyen de parvenir à la paix et la réconciliation et subséquemment de réaliser l’unité politique, administrative et territoriale du territoire national. De son côté, ce ne sont pas les gages de bonne volonté qui manquent et ils sont visibles de tous ceux qui ne sont pas atteints de cécité intellectuelle et morale.
Ça devrait être le cas pour la Communauté internationale qui a certainement d’autres chats à fouetter ailleurs. Par conséquent, cela ne servirait pas particulièrement ses affaires de garder éternellement le Mali sous perfusion.
Mais c’est un autre son de cloche chez d’autres signataires de l’Accord de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger qui s’accommodent parfaitement de la confusion qui prévaut à Kidal. Et ils ont de bonnes raisons de s’accrocher au statu quo. Parce qu’un retour à la normale, avec la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation, signerait la fin des pouvoirs traditionnels usurpés que beaucoup d’aventuriers de retour mettent déjà sérieusement en mal par une contestation affirmée. Ce serait aussi la fin, ou du moins un amenuisement, d’un empire financier fondé sur un florissant trafic de produits illicites.
Si ces petits potentats et véritables opportunistes ignorent ce qu’ils gagneront des dividendes de la paix, ils savent parfaitement les avantages qu’ils pourraient perdre en termes financiers et d’influence sociale. Il est normal que ces gens ne hâtent pas le pas pour aller à l’application de l’Accord pour la paix et la réconciliation. Le Gouvernement pourrait-il être tenu pour responsable de cela par un Le DRIAN qui s’acharne sur lui ? La vérité triomphera.

L’hypocrisie
Intox
« C’est la seule possibilité de lutter sérieusement et définitivement contre les groupes armés terroristes ».

Désintox
Terroristes ou signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger, les retardataires parlant, ils ont un dénominateur commun. Tous usent de la terreur pour se faire entendre, pour répandre leur idéologie obscurantiste d’un autre temps ; tous ont les mains tachées de sang et doivent rendre compte. Que ce soit ceux qu’on appelle terroristes pour faire une démarcation ou anciens rebelles avec qui les djihadistes ont cheminé et pourraient être encore en contact, c’est bonnet blanc, blanc bonnet.
C’est d’ailleurs une hypocrisie de haut vol que de vouloir coûte que coûte faire un distinguo. En Syrie, les rebelles combattent côte à côte avec les djihadistes. Pourtant, ils bénéficient du soutien de grandes démocraties. Au Mali, on tente de faire passer l’un pour l’ange et l’autre pour le démon, dans le mépris d’une histoire d’amour récente qui a tourné court en raison d’une divergence d’ambitions. Les uns cherchaient l’indépendance de l’Azawad pour le gouverner, selon les principes de la laïcité ; les autres voulaient la même chose, mais pour y appliquer la Charia. Le clash était dès lors imparable. Ce qui devait arriver arriva.

La consubstantialité
Intox
« Je sens bien que le processus de DDR (désarmement, démobilisation, réintégration des combattants) qui est consubstantiel des accords d’Alger traîne encore des réserves ».

Désintox
Ce sont les « amis » de qui ont sait qui prennent en otage le désarmement, démobilisation et réintégration des combattants (DDR), qui prennent l’Accord en otage tout court. Et là, ce ne sont pas des accusations gratuites. Les faits parlent d’eux-mêmes. Pour la fourniture de la liste de leurs combattants, ce sont eux qui se sont fait amicalement tirer les oreilles. Il en a été de même pour la fourniture de la liste de leurs membres devant siéger au sein du Conseil National pour la Réforme du Secteur de la Sécurité (CNRSS), lors de la 12e Session du Comité de Suivi de l’Accord (CSA) ; la mise en place des Autorités intérimaires, le 15 novembre dernier, qui avait pourtant fait l’objet d’un accord entre les Parties. Ce, après que le Gouvernement a pris les décrets de nomination desdites autorités traditionnelles.
En ce qui est des sites de cantonnement, l’Accord situe clairement les responsabilités. Il stipule : ‘’dans les 30 jours suivant la signature de l’accord, la CTS finalisera l’identification et la validation des sites de cantonnement/regroupement et de démobilisation des combattants. La MINUSMA lancera l’aménagement de ces sites qui devront être prêts dans un délai maximum de 120 jours et seront livrés au fur et à mesure qu’ils seront construits’’. Des sites sont effectivement aménagés, même si cela s’est fait avec un certain retard. Pourquoi ne pas les occuper en attendant que les autres soient prêts ? L’option d’une Partie pour l’enlisement est manifeste même si cela se fait au détriment des pauvres combattants qui ne doivent pas se satisfaire de leurs conditions de vie, contrairement à leurs chefs qui passent le plus clair de leur temps dans les hôtels huppés de la capitale aux frais de la princesse.
Pour ce qui est des questions de développement économique, social et culturel, ce qu’on appelle diplomatiquement divergence de vues au niveau du Comité de suivi de l’Accord cache en réalité une rapacité d’une Partie signataire déterminée à faire OPA sur ce qui revient de droit à des populations meurtries dans leur âme et dans leur chair, de par leur ambition démesurée.

L’hécatombe
Intox
L’ancien Premier ministre Moussa MARA, dans une tribune, accuse : « ils indiquent (Ndlr : certains politiciens) qu’il faut séparer ces derniers des « djihadistes étrangers » pour réduire l’insécurité et contribuer à pacifier les endroits du pays qui subissent régulièrement les forfaits des groupes terroristes ».

Désintox
M. le PM, ce n’est pas de gaité de cœur que ces politiciens épinglés font une proposition aussi ahurissante. Au contraire, c’est en désespoir de cause qu’ils le font, quand bien même on était en droit de ne pas attendre d’eux une capitulation et que certains ont des accointances douteuses avec les djihadistes. Ces politiciens font juste d’une pierre deux coups. D’une part ils réussissent à camoufler leur jeu trouble avec les djihadistes dits maliens ; de l’autre, ils font mine de sauver les meubles. En tout cas, ce qui peut encore l’être, d’autant plus qu’on ne peut pas tuer impunément des innocents dont le seul tort est d’être au mauvais endroit au mauvais moment.
C’est un secret de polichinelle que nos Forces de défense et de sécurité ont enregistré d’énormes pertes, en vie humaine comme en matériel. Il en est de même de la Mission onusienne et de BARKHANE dans une moindre mesure. Il n’est du souhait d’aucun Malien d’assister à l’hécatombe sans au moins esquisser une piste de solution qui peut s’avérer un couteau à double tranchant. À moins d’être du cynisme légendaire d’un Moussa MARA qui va livrer des jeunes soldats à la boucherie à Kidal et qui n’éprouve aucun remords. « Si c’était à refaire, je le referais », défie ce PM par qui tous les malheurs sont arrivés à Kidal et qui, au lieu de raser les murs, continue à plastronner ; à s’ériger en expert es-sécurité. S’il était autant balaise en la matière, il aurait dû voir les nuages qui s’amoncelaient dans le ciel de Kidal et de renoncer à son voyage périlleux qui restera dans les annales de l’histoire du Mali comme un des plus insensés et des plus catastrophiques.

Les inepties
Intox
« Son élimination (Ndlr : un djihadiste) doit être une priorité pour limiter les pertes civiles et militaires qu’il nous inflige ou rêve de nous infliger à chaque instant ».

Désintox
Il faut arrêter de seriner des inepties. Est-ce que c’est parce qu’on cherche à être bons copains avec les djihadistes que l’État fournit tant d’efforts pour l’équipement de l’armée, qu’il investit tant en dépense de carburant, en primes des soldats qui risquent chaque jour leur vie ? Entre nous, c’est parce qu’on cherche à éliminer les djihadistes que des patrouilles diurnes et nocturnes sont organisées. Et dans la traque des djihadistes, il peut arriver qu’ils infligent des pertes à l’armée tout comme elle peut leur en infliger. Mais ce n’est pas parce qu’on décrète de l’élimination des djihadistes que les nôtres seront immunisés, comme par miracle, contre leurs balles. Ça ne marche pas comme ça, sur le terrain de la guerre. Tout comme leur offrir le gîte et le couvert ne représente pas une assurance tout-risque. On l’a vu avec le régime des généraux qui croyaient bien faire en s’accommodant d’une logique loufoque : tant qu’ils ne nous attaquent pas, on ne les attaquera pas. L’histoire a prouvé que ces criminels n’ont jamais été, nulle part, des ‘’hôtes’’ fréquentables et recommandables. C’est sur les Maliens qu’ils ont fait descendre l’enfer en pactisant avec des rebelles dont ils ont fini par se débarrasser également.
L’équation djihadiste est une patate chaude pour tout le monde. On ne peut ni la prendre ni la jeter. Alors s’il y a une infime chance de retourner quelques-uns de ces djihadistes, il ne faudrait certainement pas s’en priver, sans céder à l’impunité ou à une justice à deux vitesses. Ce serait au moins ça de gagner.

Les stéréotypes
Intox
« L’initiative algérienne de la loi sur la concorde civile peut aussi être envisagée pour amnistier certains auteurs de délits mineurs et faire bénéficier aux auteurs de crimes de peines atténuées afin de les soustraire de la dynamique jusqu’au-boutiste du terrorisme ».

Désintox
Primo, il faut éviter de perpétuer des stéréotypes qui peuvent s’avérer dangereux et les amalgames. Ce n’est pas parce qu’un modèle a réussi en Algérie que ce serait le cas dans notre pays. Encore qu’il n’est pas établi que l’initiative algérienne soit un modèle de réussite.
Secundo, l’ancien PM étale son inconstance dans toutes ses coutures. Le même qui, dans la même tribune défend l’élimination physique des djihadistes, d’où qu’ils viennent, est le même qui leur aménage une issue plus favorable. Même si en politique, il faut souvent ménager la chèvre et le chou et l’équilibrisme ne sied pas du tout à quelqu’un qui a bâti une réputation d’homme de poigne. À moins que ce ne soit un château de cartes.
Tertio, il n’y a pas de place à la mascarade, à une parodie de procès, parce que ce serait la porte ouverte non pas au compromis, mais à toutes sortes de compromissions avec des vulgaires terroristes salafistes qui ont des précédents fâcheux.
Quarto, il n’existe aucun terrain d’entente possible entre ceux qui ont opté pour la laïcité, à savoir la liberté pour d’autres de pratiquer leur culte et ceux qui pensent que l’application de la Charia est un préalable à toute discussion. Alors, pourquoi s’engager dans une voie sans issue ? No sens.

Le débarras
Intox
« Le processus de paix peut être mis à profit pour les inscrire dans les dynamiques de Désarmement Démobilisation et Réinsertion (DDR) ».

Désintox
En fait, le processus de désarmement, démobilisation et réinsertion n’est pas un fourre-tout, une sorte de débarras. Il est conçu pour accueillir les anciens combattants. À ce qu’on sache, il s’agit de ceux qui ont souscrit à l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger et non d’aventuriers djihadistes dont on n’est pas sûr de ce qu’ils veulent pour eux-mêmes. Décidément, l’éphémère idole des jeunes a encore du chemin à faire pour remuer sept fois la langue dans la bouche avant de faire des propositions absurdes. C’est en tout cas, ce que l’on devrait pouvoir attendre d’un homme d’État comme l’on a tendance à le faire frauduleusement croire dans certains milieux où le déficit d’informations doit être criard.

 

Source: info-matin

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