Forum de Kidal: vaines spéculations

La confirmation de la tenue du Forum de Kidal, du 27 au 30 de ce mois, a fait monter d’un cran la température autour de la présence du Gouvernement, donnant lieu à des erreurs d’appréciation et bourdes monumentales, y compris parmi des officiels du pays, qui nécessitent une relecture des textes et une correction des positions souvent trop loufoques.

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La présence du Premier ministre, des membres du Gouvernement à ce Forum ; le retour des Forces armées et de sécurité à Kidal ; même la présence de l’État à Kidal, sont des sujets qui ont alimenté la polémique au cours de ces derniers jours.
Pour ce qui est de la Présence du Premier ministre, Modibo KEITA, à ce Forum, dont il faut rappeler qu’il ne devrait pas viser un Accord bis, mais marquer le parachèvement du processus d’Anéfis, c’est la Direction de sa communication qui est sortie pour couper court aux supputations et rumeurs plus ou moins motivées. Le PM ne sera pas à Kidal cette fois-ci, et il n’a jamais été question qu’il y aille, a clos le débat, Makan KONE. Idem pour le Gouvernement. Quoiqu’invité, courtoisie oblige, sa présence n’est pas jugée « déterminante » par les Mouvements armés, à savoir la Plateforme et la CMA.
Aussi saugrenue comme idée, le retour des Forces armées et de sécurité n’est pas à l’ordre du jour. En tout cas, ce Forum de Kidal ne servira pas de prétexte à ce retour. Ce, quand bien même un Accord pour la paix et la réconciliation a été signé entre le Gouvernement et les Mouvements armés. Et justement en raison de cet Accord, elles ne peuvent pas se redéployer dans les conditions actuelles.
Ces éléments ci-dessus imposent une relecture de l’Accord qui est le fil conducteur du processus de paix et de réconciliation pour éviter certaines dérives.
Le PM ne sera pas à Kidal, outre les considérations évoquées par son entourage, il y a des facteurs objectifs qui sont évoqués dans le cas du redéploiement des Forces armées reconstituées, à savoir prendre compte de l’environnement, des menaces.
En ce qui est du retour de l’armée à Kidal, l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali est des plus clairs. L’article 5 stipule ‘’un redéploiement progressif des forces armées et de sécurité reconstituées du Mali’’. Cela est tributaire du Cantonnement, intégration et désarmement, démobilisation, et réinsertion (DDR), prévu au Chapitre 8 de l’Accord. Ce qui suppose la mise en place d’une commission nationale pour le DDR (article 18), du Conseil national pour la réforme du secteur de la sécurité (RSS). De même, l’article 21 précise : ‘’les forces armées reconstituées se redéploieront, de manière progressive à compter de la signature de l’Accord, sur l’ensemble des régions du nord. Ce redéploiement s’effectue sous la conduite du Mécanisme Opérationnel de coordination (MOC), avec l’appui de la MINUSMA’’. Ainsi, si les FAMAs, suite à la signature de l’Accord peuvent se redéployer, il y a aussi l’entrave que le MOC n’était pas encore opérationnel. En effet, la réunion du Comité technique de sécurité, tenue dans la capitale les 18 et 19 février, reconnaissait ‘’la nécessité de mettre en œuvre les activités du Mécanisme Opérationnel de Coordination (MOC) pour contribuer à la sécurisation du Nord’’.
En plus, l’article 22 stipule : ‘’les forces redéployées devront inclure un nombre significatif de personnes originaires des régions du nord, y compris dans le commandement, de façon à conforter le retour de la confiance et faciliter la sécurisation progressive de ces régions’’. Le cantonnement n’étant pas encore effectif, a fortiori avoir des forces reconstituées, il serait donc illusoire de parler de redéploiement.
L’État est d’autant plus tenu au respect de ces préalables que l’article 2 de l’Accord dit : ‘’les Parties s’engagent à mettre en œuvre, intégralement et de bonne foi, les dispositions du présent Accord en reconnaissant leur responsabilité première à cet égard’’. Éternel bouc émissaire, le Gouvernement ne devrait pas se laisser prendre au piège des engagements non tenus. Surtout un engagement comme celui-ci, le désastre de la visite de l’ancien PM MARA étant encore vivace dans les esprits.
Mais une des plus grosses aberrations est la sortie d’un officiel qui voulait justifier l’absence du Gouvernement au Forum de Kidal. En soutenant que le Gouvernement n’ira pas à Kidal tant que tout le Mali n’y sera pas, cet officiel qui n’est pas des moindres dans le dispositif de réconciliation a raté une occasion de se taire. Et pour cause, le Gouvernement n’est qu’une partie du Mali qui est un territoire, une population, un pouvoir, une histoire, une géographie. À quoi fait-il exactement référence dans cette longue liste ? Nul ne saurait le dire. Mais s’il faisait référence à l’ensemble des éléments de la liste, il y a de fortes chances que le Gouvernement ne se rende jamais à Kidal.

Par Bertin DAKOUO

 

Source: info-matin

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