Enquête au point mort sur l’assassinat des deux journalistes

Ami du Qatar et de Saint-Méen-Le-Grand, la patrie de Louison Bobet, Jean-Yves Le Drian est un amateur du double langage et de cyclisme. Ces compétences vont vivement l’aider quand il lui va avoir falloir expliquer l’enlisement de l’enquête sur le meurtre, à Kidal le 2 novembre dernier, de nos deux confrères de « France 24 », Ghislaine Dupont et Claude Vernon.

Ghislaine Dupont Claude Verlon deux envoyés spéciaux Radio France internationale (RFI) assassinés Kidal

En premier, sa connaissance de la langue usuelle des forums de Doha sera indispensable pour expliquer tout et son contraire. Quant au cyclisme, la métaphore est bien commode puisque, sur piste, c’est la seule discipline qui pratique le « sur place ». Et rien ne bouge au front de l’enquête sur l’assassinat de nos deux amis. Mais rappelons d’abord les propos tenus, dès le 5 novembre, par le ministre de la Guerre: « L’enquête progresse rapidement »… « mais les coupables ne sont pas désignés »… »mais les chemins de leur identification sont ouverts »… » mais nous travaillons bien sur le sujet, l’engagement des services de police et de justice français dépêchés sur place est très fort, et il est accompagné du soutien des Maliens ».

 

Visiblement ses « mais » sont comme des « si » puisque l’investigation coup de poing n’a rien donné. Pour être juste notons quand même que nos plus grands chasseurs de terroristes ont obtenu un résultat : le nom du propriétaire du 4X4 utilisé pour enlever nos confrères. Détail qui figure sur la carte grise du pick-up beige. L’assassin en chef serait donc Baye Ag Bakabo, un Touareg lié à la fois au Mouvement National de Libération de l’Azawad et aux groupes jihadistes.

 

Ce bourreau berbère serait, selon les derniers ragots du désert, un jeune malien, nomade mais néanmoins régulièrement présent à Kidal. La veille de l’enlèvement et du crime, Baye a été vu dans la cité de terre en train de remplir des bidons de diésel : trois jerricans de 40 litres retrouvés à l’arrière du véhicule. Baye Ag Bakabo a été présenté par le procureur de la République de Paris, patron de l’enquête, comme un « trafiquant de stupéfiants, membre d’Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) à qui il a servi de guide. Il serait proche de la katiba Al-Ansar d’Abdelkrim el Targuit qui a revendiqué le 6 novembre dernier le double meurtre des journalistes. Expert en 4X4 et en traversées du désert, Baye Ag Bakabo a connu la prison pour avoir, pour le compte des jihadistes, volé des véhicules de l’administration malienne ». Selon nos confrères de RFI, dont l’enquête va plus vite que celle des fonctionnaires, en avril 2012 Baye est sorti de sa geôle lors d’un échange avec des soldats maliens faits prisonniers par les rebelles. Avant son mortel coup de main Ag Bakabo, pourtant connu pour son implication auprès des jihadistes, vivait tranquillement dans le camp du Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad, en plein centre de Kidal. C’est là qu’il a vu nos deux confrères qui, eux, s’étaient installés dans la cour de la mairie, et aurait décidé d’en faire des otages.

 

 

Morts et enterrés, déjà oubliés puisque le cirque médiatique doit avancer, show must go on, nos amis ont subi un ultime outrage qui mérite d’être signalé. La scène se passe il y a quinze jours lors d’une rencontre organisée par les jeunes de l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale (IHEDN). Face à ces curieux encore verts se trouve un personnage nommé Mathieu Mabin. On me dit que ce grand jeune homme, qui a une certaine ressemblance avec Fernandel, est salarié en tant que journaliste et même « grand reporter », par France 24, la voix extérieure de la France, le même groupe que RFI…

Face à ces stagiaires avides de partager le frisson de ceux qui font la guerre avec des mots, Mabin décrit d’abord ses exploits. Sachez que ce garçon, déguisé en pachtoune, en étrusque, en inuit, en phoque, en navette spatiale ou en mère Teresa a traversé sans encombre les champs de batailles et les zones de conflit les plus exposés du monde. Le tout sans être pris, blessé ou, bien sûr, tué. Expert en survie, ce Houdini de presse donne son expertise : « les journalistes auxquels il arrive quelque chose sont comme des skieurs qui se lancent sur une piste noire sans en avoir la compétence. Ils font une faute de carres ». Philippe Rochot, présent dans la salle, prend le compliment pour lui. Puisque le malheureux a fait, lui, un mauvais dérapage qui l’a conduit à être otage au Liban… La pensée va tout de suite, aussi, en direction des tombes encore chaudes de Ghislaine Dupont et Claude Vernon, autres victimes, non pas d’égorgeurs, mais donc d’une sorte de faute professionnelle. On me dit que, naguère Mabin était fusilier-marin ? La question qui vient aux lèvres, c’est pourquoi ne l’est-il pas resté ? Même un coup de poignard dans le dos de l’âme d’un mort engendre une certaine douleur.

 

I YATTARA

Source: L’Informateur

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