Enjeux autour d’Anefis ou l’inexplicable montée de périls

La localité d’Anefis comme celle de Ménaka, jadis, s’invite au débat dans l’horreur, après tant d’efforts consentis par la médiation Algérienne et la Communauté internationale pour nous sortir des fonds ténébreux, où l’impitoyable irrédentisme de certains aigrefins nous a plongés des années durant. Dans ce pays, tout se passe comme si la cruelle chienlit est devenue un principe et le paradigme, l’exception. Mais pour combien de temps allons-nous continuer à vivre, assis sur les cendres des braises ardentes sur lesquelles soufflent épisodiquement des ennemis de la paix tapis dans la rocaille ?

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Le phénomène est si récurrent que le commun des mortels se pose bien la question : allons-nous, un jour, sortir du bourbier ? Au rythme où vont les événements, la réponse est sûrement : non. Bien entendu, je ne suis ni un fataliste, encore moins un pessimiste, mais la redondance et le bégaiement itératif de notre pénible et récente Histoire m’y incitent. Pour autant, nous n’allons pas continuer à croiser les bras en attendant par miracle, une paix à notre convenance alors que notre sort semble se jouer sous d’autres cieux.

L’heure est grave. Et curieusement cela ne semble ou presque émouvoir personne et les Maliens ont fatalement ou presque mis par procuration leur destin entre des mains qui ne s’encombrent point de morale et de bienveillance vis-à-vis de leur mandataire. Et dans tout cela, la réserve qui sied à notre statut nous impose le redoutable et mortel sacrifice de nous taire même quand la patrie est en danger.

A ce pain, nous ne mangerons point, même si la diète doit nous précipiter au fond de nos tombes. Lorsque le poète français Lamartine fut attaqué par l’un de ses brillants contemporains, le poète Barthelemy qui lui reprochait d’avilir sa Muse en sollicitant les suffrages des Libéraux, sa réplique fut non seulement véhémente, mais aussi magnifique tout en lui opposant son idéal de liberté. Et les vers que lui firent inspirer cette épouvante sont de toute beauté :

” Honte à qui peut chanter pendant que Rome brûle

S’il n’a pas l’âme et la lyre de Néron…..

Honte à qui peut chanter pendant que les sicaires

En secouant leur torche aiguisent leurs poignards… ”

Revenons à nos peines et détachons-nous un instant des tumultes politiques français du XIXème siècle. Disons – et c’est bien d’écorcher les non-dits – que le problème d’Anefis tire ses origines d’un contentieux que nos autorités et la Communauté internationale se doivent de résoudre en toute priorité avant qu’il ne prenne d’autres proportions. Il s’agit notamment du récursif conflit opposant la communauté des Ifoghas et alliés et celle des Imghad majoritaires; deux ethnies appelées à cohabiter et à vivre ensemble sur un même espace géographique comme leurs ancêtres l’ont fait durant des millénaires.

Toute cette agitation serait apparemment partie du fait que l’Etat, à la faveur de la signature de l’Accord d’Alger et en prévision aux futures élections communales et régionales, a promis de réhabiliter les services sociaux de base dans la région de Kidal tout en sous-traitant l’aspect sécuritaire à la seule CMA, faisant ainsi de la Coordination des Mouvements de l’Azawad les seuls dépositaires de l’autorité et de la puissance publique dans un espace où vivent plusieurs communautés qui ne sont pas forcément acquises à la CMA.

Les Imghad, quoique suffisamment représentatifs dans cet espace, sont souvent victimes de brimades et bénéficient rarement de l’assistance humanitaire, exclusivement orientée vers les populations acquises aux Ifoghas. Naturellement, ceux qui disposent du pouvoir d’organiser les secours humanitaires auront une mainmise certaine sur une frange importante de l’électorat. Les dés sont pipés, les jeux d’avance faits et la Présidence du Conseil Régional est d’office acquise à un membre très influent de la CMA, avec bien entendu des connivences et dans un milieu où le pouvoir se transmet en lignée directe au mépris des sacro-saints principes du jeu démocratique.

Pour conforter cette situation, le principe de “diviser pour mieux régner” fut bien mis en exergue à Kidal. Et c’est en toute connaissance de cause que l’on a délibérément esquivé la réunion de Niamey prévue le 15 août dernier et qui devait aplanir bien de divergences entre les Imghad et les Ifoghas d’une part et les deux entités arabes belligérantes d’autre part. Au cours de cette rencontre, il était aussi question de réconcilier les Idnan et les Arabes spoliés dans l’affaire dite d’Inkhalil (localité située à la frontière algérienne) à la faveur de certains raids menés par l’Opération Serval.

Le conflit d’Anefis est bien un prétexte à une levée de boucliers qui n’en valait pas la peine si réellement les différents protagonistes étaient de bonne foi pour faire une paix des braves au grand bénéfice de leurs communautés respectives et de la nation tout entière. Mais les enjeux politiques et les intérêts des puissances occultes sont énormes pour qu’on retrouve la sérénité conformément à nos agendas. Et pourtant, en amont, il y avait eu des arrangements sécuritaires entre les différents chefs de troupes de la CMA et de la Plateforme et qui portaient sur une zone de démarcation (vallée de Takalout) située à 45 km au Sud-Est de Kidal. L’arrangement sécuritaire prévoyait que les éléments de la CMA soient cantonnés au Nord et ceux de la Plateforme au Sud. Les zones d’influence ont été clairement délimitées par les anciens belligérants et la marche vers la paix enclenchée lorsque, contre toute attente, les positions de la Plateforme furent attaquées par des éléments de la Coordination, le 15 août 2015 à Touzek, à 80 km au Sud de Kidal, soit une incursion sur plus de 30 km dans la zone contrôlée par la Plateforme. L’espace de la Plateforme, ainsi violé, fut l’objet d’un communiqué de la CMA, le même jour. La reprise des hostilités sera donc une occasion toute trouvée pour boycotter la rencontre de Niamey prévue curieusement à cette même date. Et la MINUSMA, qui ne fait guère mystère de sa partialité, déploie unilatéralement un cordon de sécurité autour de la ville de Kidal pour bloquer toute progression de la Plateforme vers la citadelle qui fait l’objet d’un traitement spécial, contrairement aux autres localités des régions de Gao et Tombouctou en proie à toutes sortes de crimes et de razzias. Au nez et à la barbe de la MINUSMA.

Comme si cela ne suffisait pas et qu’il faille bien en rajouter pour entretenir le chaos, la CMA suspend sa participation aux réunions du Comité de Suivi de l’Accord. Heureusement que ce retrait ne fit pas plier son Président qui ordonna la poursuite des travaux du Comité. “Nous sommes bien habitués à ce genre de volteface, le scénario est bien classique et il ne dérange plus personne. Ils avaient (CMA) refusé le paraphe de l’Accord d’Alger, ils l’ont paraphé quand même. Ils avaient refusé de signer l’Accord paraphé, ils ont signé quand même. Aujourd’hui, ils suspendent leur participation aux réunions du CSA, ils  reviendront à la même table sans se faire prier “, clame un membre de la Plateforme. On en a vu d’autres. En d’autres temps. Et qui sentent bien les fonds de tiroir, suis-je tenté d’écrire.

Par Houday Ag MOHAMED

Direction Régionale Travail Bamako

 

Source: L’Indépendant

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